XXIX. — INDEPENDENCE DAY
LE 4 juillet 1776 ! Le jour de l'Indépendance américaine ! Le jour où les treize colonies anglaises, établies sur le sol du Nouveau Monde de 1620 a 1733, se séparèrent de la métropole pour affirmer leur existence, leur union, leur liberté ! C'est une grande date dans l'histoire de l'humanité, un événement qui a un sens profond, des conséquences prolongées qui vont aboutir demain, sur le sol sacré de la France en armes, debout, elle aussi, pour le droit et pour la liberté !
Remontez les temps, projetez la lumière de l'Histoire sur les luttes sanglantes où les peuples se cherchent, se rencontrent, se donnent au sacrifice des batailles pour affirmer leur volonté, leur conscience, leur espoir. Là-bas, sur le sol découvert par l'Europe, où les colons affiuent, où l'émigration va mélanger les races, quel est l'ennemi tout d'abord ? C'est la France. C'est contre la France que Washington accomplit sa première mission, c'est contre elle qu'il fait ses premières armes. Les futurs Américains sont alors confondus avec les
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Anglais, et ils sont nos vainqueurs, comme les Anglais, lorsque le traité de Paris, signé en 1768, nous enlève le Canada, détruit notre influence.
Presque immédiatement, l'année suivante, en 176/4, le Parlement de la Grande-Bretagne mécontente les colonies par une loi qui frappe ses productions : sucre, café, soie, etc. Un sentiment de protestation s'éveille. Une nouvelle loi vient frapper d'un timbre toutes les opérations commerciales. La protestation se change en agitation, en refus d'obéir. La voix éloquente de Pitt réclame le retrait de la loi. Le bonhomme Franklin vient plaider devant la Chambre des Communes. La loi est rapportée, mais bientôt remplacée par une autre, qui taxe des produits importés dans les colonies. Nouvelle agitation. Le' gouvernement anglais cède encore devant ses marchandises frappées d'interdiction ; il cède, mais il maintient un droit sur le thé. Cela suffit. 11 n'est plus question de lois, de taxes, de douanes. Les colons veulent être maîtres chez eux, renvoient ou jettent à la mer les cargaisons de thé qui veulent aborder à New-York, à Philadelphie, à Charlestown, à Boston. La violence entre alors en scène, mais se heurte à la résistance. L'attaque va être acharnée, la défense sera invincible.
Le Parlement décide de fermer le port de Boston, de transporter en Angleterre pour y être jugés les fonctionnaires coloniaux qui se refusent à exécuter les lois. La réponse fut la réunion des délégués à Philadelphie et l'affirmation des colonies k se gouverner elles-mêmes. Une rencontre eut lieu à Lexington lo 19 avril 1770, oii les Anglai.>^ furent baltiis. Georges Washington fut nommé général en chef des troupes coloniales, et, le 4 juillet, les treize colonies déclarèrent se constituer en Etats-Unis d'Amérique.
Thomas Jefierson, délégué de Virginie, rédigea la déclaration. Elle parle le langage que parlera, onze ans plus tard, notre Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. On y entend davantage l'accent religieux, la voix puritaine des ancêtres ; mais cette voix et cet accent répondent aussi aux professions de foi de Rousseau, lorsque le rédacteur de la Déclaration réclame pour son peuple « la place séparée et égale à laquelle les Lois de la Nature et du Dieu de la Nature lui donnent droit ». Et ceci : u Nous tenons pour évidentes par elles-Ettêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux; ils sont investis par leur Créateur de certains droits inaliénables : parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu'une forme de gouvernement devient destructive de cet objet, le peuple a le droit de la changer ou de l'abolir et d'établir un gouvernement nouveau en le fondant sur les principes et en l'organisant en la forme qui lui paraîtront le plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur, »
Ainsi, les règles du u Contrat Social » suivent les préceptesde la « Profession de foi du vicaire savoyard »>, publiée dans l'Emile. Jefferson avait lu ces livres, parus en 1762. En 1776, Rousseau et Voltaire étaient encore vivants, leur pensée et la pensée des Encyclopédistes couraient le monde, allaient vers tous les rivages, comme le flux et le reflux de l'Atlantique oscillant entre la France et l'Amérique.
Il ne manquait qu'une sanction de solidarité humaine à la Déclaration de 1776 qui finissait sur ces mots encore resplendissants aujourd'hui : « En foi de cette déclaration, fermement confiants en la protection de la Divine Provi-
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dence, nous engageons mutuellement nos vies, nos fortunes et notre bien sacré, l'Honneur. »
Cette sanction, ce fut La Fayette qui l'apporta, l'an suivant, avec l'épée de la France.
Les Américains ne l'ont pas oublié. L'un de leurs chefs, l'an dernier, au cimetière de Picpus, où sont les restes du héros français de l'Indépendance, a tout dit en trois mots, le plus beau discours de cette guerre : « La Fayette, nous voilà ! » Après un siècle et demi, l'alliance s'affirme indestructible. L'épée de la France, fichée çn terre américaine, y vibre encore et fait lever la moisson d'acier, force du droit opposée à la force de l'iniquité, force de la démocratie qui aura raison de la force impériale et militariste allemande, (^i juillet 191 S.)
SOUVENIRS DES ANNÉES DE LA GUERRE iSg