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XXXV. — QUATRE ANNÉES DE GUERRE

LA cinquième année de guerre est commencée. La mobilisation est du I" août 1914. L'entrée en campagne est du 4 août. Depuis, quatre années pleines de combats éclatants ou obscurs, de grands assauts sanglants, de luttes souterraines, de passages de rivières, de mornes et héroïques séjours aux creux boueux des tranchées. Quatre années d'espoirs et de déceptions, de lassitude fatale et de courage tenace. Quatre années pendant lesquelles il y eut, malgré tout, au profond de l'âme française, sous les fatigues et les anxiétés, la certitude de la victoire finale.

Depuis le mois d'août 1914 jusqu'au mois d'août 1918, de combien d'événements l'histoire de cette guerre est lissée ! Il est seulement possible d'indiquer les dates principales, celles qui marquent en traits noirs ou lumineux les étapes sur la route.

La première année semble précipiter les faits, annoncer, bien à tort, une guerre rapide, L'Allemagne, durement organisée, sauvagement armée, se jette sur les territoires comme un torrent, une coulée de fer et de feu. Pendant

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que nous commençons d'envahir l'Alsace, par Thann, par Mulhouse, elle foudroie la Belgique, crève de son artillerie lourde les forts de Liège, nous met en défaite et en retraite à Charleroi, à Morhange, court à marches forcées sur Paris. A la fin du mois d'août, elle peut croire qu'elle va toucher le premier but, et qui sait, même, peut-être le but suprême, nous obliger à signer la paix. Elle a été, il est vrai, mordue en Prusse orientale par l'avance russe, mais elle a paré le coup par la bataille de Tannenberg, et elle croit avoir la France avec Paris. Le premier avertissement lui vient, le 4 septembre, par le pacte de Londres proclamant, quoi qu'il arrive, qu'il n'y aura pas de paix séparée. Et deux jours après, les soldats de la France se chargent, pour leur compte, de ratifier l'engagement solennel : du 6 au 1 3 septembre, la victoire de la Marne arrête l'invasion barbare, sauve l'Europe, donne le temps au monde civilisé de se ressaisir. C'est une grande date, d'une éternelle commémoration.

La Marne quittée, l'ennemi vaincu cherche une autre issue, se précipite, et nous avec lui, vers le nord. C'est la course à la mer, qui dure un mois, se termine par la bataille d'Ypres, l'arrêt devant l'Yser débordé. Les Allemands ont pris Anvers, comme ils avaient pris Liège, mais nous gardons, avec les Belges et les Anglais, un coin de la terre de Belgique et la côte française. L'année finit par la victoire russe d'Augustovo et par la prise de Kiao-Tchéou, où la force allemande d'Asie cède devant la force japonaise.

L'année 191 5 nous inflige la défaite de Grouy, devant Soissons. nous montre résistants à rilartmannswillerkopf, à Pcrthes, aux Eparges, à Vauquois. La guerre de tranchées s'installe, le front se dessine avec précision. Les Russes

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s'emparent de Przemysl. En Orient, l'offensive contre la Turquie est une faute grave par les Dardanelles, où l'Angleterre qui commande, et la France qui la suit (malgré le contre-projet hardi et sensé du général d'Amade), subissent un grave échec qui sauve Constantinople. Mais les traits de feu de la guerre parcourent maintenant le monde entier. L'Allemagne, qui voudrait parer au blocus par la guerre sous-marine, commet, selon le mot de Talleyrand, plus qu'un crime, une faute, par le torpillage du Lusitania, qui décidera de la volonté de guerre en Amérique.

En mai-juin, l'énergie française s'affirme par la bataille de l'Artois, menée par Pélain, victorieux à Carency. A la fin de mai, l'Italie entre en guerre contre l'Autriche, en attendant la guerre avec l'Allemagne. Les Russes sont défaits à Dunajec-San, et les Allemands entrent à Varsovie. Ici, la bataille de Champagne mesure les ardeurs en présence, affirme la décision française à la ferme de Navarin, à la Main de Massiges, à Tahure. Les Alliés occupent Salonique, la Bulgarie part en guerre, la Serbie bat en retraite, souffre toutes les douleurs de la déroute.

L'année 1916 est l'année de la violente offensive allemande sur Verdun. Cette fois encore, comme en août 1914. le monde est anxieux du sort de la France. La bataille de Verdun qui durera toute l'année, commence par l'offensive allemande victorieuse, qui conquiert le fort de Douaumont, la cote 3o4, le Mort-Homme, le fort de Vaux, mais s'arrête devant la ligne inébranlable que forment, devant Verdun, les poitrines françaises. Une autre terrible bataille, celle de la Somme, livrée par nous à la fin de juin, vient aider les combattants de Verdun, oblige l'ennemi à lâcher prise. A l'automne, les Français reprennent Douaumont et Vaux,

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la bataille de Verdun prend place, dans l'immortalité, auprès de la bataille de la Marne.

Au cours de cette même année, les Russes ont pris Erzeroum et Trébizonde, en Asie ; la flotte anglaise a livré la bataille victorieuse du Jutland; les Russes sont entrés à Czernowitz et les Italiens à Gorizia. La Roumanie a bravement déclaré la guerre aux puissances centrales, a connu en quatre mois la défaite et l'invasion. L'année s'est terminée sur une note du président Wilson définissant la situation, marquant les buts de guerre, annonçant l'intervention de l'Amérique.

L'année 1917 est décisive par l'apparition des Etats-Unis armés et outillés, levant le drapeau étoile sur l'horizon de la guerre, au lendemain de l'abdication du Tsar et de la révolution russe. En France, les Allemands se sont repliés, nous rendant Bapaume, Péronne, Noyon ; les Anglais occupent le plateau de Vimy pendant que nous livrons l'ofl'ensive de l'Aisne et prenons le Chemin des Dames. Le roi de Grèce abdique comme Nicolas II. Mais si la situation s'éclaircit en Grèce, elle s'assombrit en Russie, où l'armée recule et se dissout, malgré Kérensky, malgré Korniloff. La survenue de Lénine et de Trotsky au pouvoir donne le champ libre à l'Allemagne en Russie, mais le ministère Clemenceau affirme la volonté persistante, inexorable, de la France et de ses Alliés dans les voies d'une guerre décisive. L'année finit par l'avance anglaise vers Cambrai, l'entrée anglaise à Jérusalem, et l'armistice russe, bientôt suivi |de la paix, qui va jeter toutes les forces allemandes sur le front occidental.

L'année 191 8 va voir, en effet, les violentes offensives allemandes, du ai mars sur l'Oise; du 9 avril, sur la Lys ; du

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a4 avril, sur Amiens ; du 27 mai, sur l'Aisne et la Marne ; du 9 juin, sur Gompiègne ; du 1 5 juillet, en Champagne. En même temps que la défaite des armées franco-britan niques, la capitale de la France est l'objectif visé. Paris est couvert de mitraille et de feu par les bombes des gothas et par les obus du canon à longue portée. Une fois encore, le sort va décider. Il décide ! La contre-offensive franco-américaine est victorieuse, gagne une seconde bataille de la Marne, reprend Château-Thierry et Soissons, remonte vers l'Aisne. L'Allemagne, de nouveau, connaît la déception enragée de la retraite.

Telle est, en quelques-uns de ses traits essentiels, la récapitulation des quatre années révolues.

Elle donne à penser que nous pouvons envisager avec certitude la cinquième année de la guerre. Plus que jamais, il dépend de la volonté de la F'rance de commander au destin. Le terrible sacrifice consenti ne peut devenir inutile. (8 août 1918.)

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