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XXXVII. — LA FRANCE DÉFEND SA LIBERTÉ

PAR la guerre, qu'elle a été forcée de subir, la France défend le droit à la vie de sa race, le droit au sol qui lui appartient, Alsace-Lorraine comprise.

Elle défend aussi sa liberté de penser, d'agir, de se gouverner.

La race française, formée de provinces si diverses, du Nord et du Midi, de l'Est et de l'Ouest, s'est constituée peu à peu, à travers les siècles, à travers les guerres. Les rois de France sont les agents de cette unité. Leur fief de l'Ile-de-France est l'aimant qui sut attirer vers lui la force des populations vassales, mal garanties contre les invasions, les exactions, les famines, tous les maux nés de la violence et de l'incurie. Par la cohésion qui peu à peu s'établit entre les régions disparates dessinées par la féodalité entre le Rhin, la Flandre, la Mer, les Pyrénées, les Alpes, la France devint véritablement la France, un organisme puissant, capable de résistera la volonté anglaise, tenace à s'implanter sur le continent, et k l'afllux germanique, cherchant à gagner les rivages.

Celte histoire de la formation de notre nationalité n'est

inconnue à aucun Français d'aujourd'hui. Nul Républicain du XX* siècle ne s'inscrit contre le rôle de la Monarchie ni contre le rôle de l'Eglise. Mais c'est aussi un fait historique qu'en 1789, il y a eu rupture entre la France et la Monarchie, devenue inutile, et qu'une nouvelle constitution créée par les députés des Etats, de la Constituante, de la Convention, a donné naissance au monde moderne et à une France nouvelle, héritière de l'ancienne France.

C'est un des grands événements de l'histoire du monde, et l'on sait ses répercussions. Vers cet éclat fulgurant de phare dressé désormais au-dessus de la mêlée humaine, les espérances obscures des peuples se sont instinctivement orientées. Même les pays qui vivent sous la tutelle de la royauté ont exigé des institutions démocratiques. Loi restreinte ou étendue du suffrage, liberté de la presse, égalité du service militaire, tolérance religieuse, toutes ces garanties du droit individuel sont issues du code d'affranchissement promulgué par la Révolution française.

Nulle part, pourtant, la lutte contre le passé n'est terminée. La révolution est devenue évolution, et l'évolution est lente. Cette loi de développement continu s'est vérifiée chez nous comme ailleurs, à travers les péripéties de notre histoire politique du XIX* siècle : passage météorique de Napoléon, retour offensif de l'ancien Régime, révolution de i83o, établissement de la monarchie constitutionnelle, révolution de 1848, retour offensif de l'Empire, guerre et révolution de 1870, remise en équilibre du développement normal par la troisième République. Et parallèlement aux faits politiques si importants de cette histoire du xix* siècle, voici la naissance du socialisme français, issu aussi de la Révolution française, et son développement lié à la croissance formidable de la grande

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industrie, deux intcrnationalismes bientôt en présence pour se combattre ou pour s'unir.

Ce drame politique et social, aux cent actes divers, ce bouillonnement de pensées et d'intérêts, d'égoïsmcs et de sacrifices, ces opinions si violemment opposées qui se heurtent, se brisent, se reforment, veulent se détruire, ces séparations établies entre les fils d'une même nation, ces luttes pour ou contre la loi, ces minorités ardentes contre les majorités, c'est ce qui constitue notre vie politique, c'est l'agitation de notre liberté.

La liberté, grand principe de vie, grande sauvegarde de la dignité de l'homme, gronde raison de vivre, — voilà ce que la Révolution et la Hépublique ont donné à la France, et ce que nul régime, quel qu'il soit, ne pourrait plus lui ravir.

Si ! un régime pouvait nous arracher ce bien suprême, que la France a payé de son sang, de ses souffrances, et ce régime aurait été celui de l'Allemagne victorieuse.

Supposons cette calamité : la France battue sur la Marne en septembre 191/1. Paris pris, les armées détruites, la France de l'antique Monarchie, de la Révolution française, de la République définitive, du socialisme en travail, celte France vaincue par l'Allemagne impériale, féodale, industrielle, piétisle, par l'Autriche son acolyte, par la Bulgarie et la Turquie férocement ennemies de la civilisation occidentale. La guerre n'aurait pas été terminée, puisque l'Angleterre l'aurait continuée, et que l'Amérique serait intervenue. Mais la France occupée militairement par les armées mécaniques du Kaiser, les pandours austro-hongrois, les descendants des Scythes et des Janissaires, que serait-elle devenue, gouvernée par Guillaume II et son Kronprinz, par Hindenburg et Ludendorll.

SOUVENIRS DBS ANNÉES DE LA GUERRE IqS

par Balin et Krupp, par François-Joseph, puis Charles I*' , pour l'Autriche, par Ferdinand le Bulgare, par Enver-Pacha !

Voilà des gaillards qui se seraient chargés de notre sort, avec leurs grosses Berthas, leurs Gothas, leurs Fokkers, leurs gaz, leur vieux bon Dieu, leur socialisme enrégimenté, leur discipline. Ils n'auraient pas mis longtemps à coloniser notre sol en installant leurs paysans dans nos fermes et en envoyant nos paysans à nous dans leurs colonies. Ils auraient bien vite réglé la question des salaires et des relations du capital avec le travail en parquant nos ouvriers dans les usines sous la garde de leur landwerh et de leur landsturm, fusils chargés, mitrailleuses aux portes et aux carrefours. Pour les coupons de rente et les arrérages des retraites, les porteurs de titres et de carnets pouvaient courir après en attendant de mourir de faim. Quant à la vie publique, supprimée ! Plus de Chambres, plus de conseils généraux, plus de conseils municipaux, plus rien ! Les contempteurs du régime parlementaire auraient vu ce qu'était un pays sans assemblées, sans représentants d'aucune sorte, sans journaux, sans discussions, sans contradictions, un pays uniquement gouverné par la Force invoquant la Vertu.

Les soldats de la France la sauvent de cette Force et de cette Vertu allemandes. On peut croire qu'ils savent ce qu'ils font, depuis le grand chef jusqu'au vieux territorial, jusqu'au petit de la dernière classe appelée. Ils défendent, a\ec le sol sacré de leurs ancêtres, la liberté de leur patrie, et en sauvant la liberté de la France, ils sauvent la liberté du monde. (22 août i 918.)

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