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XLII. — LE MASQUE ALLEMAND

PEND/VJiT que P'och annonce notre arrivée sur le Rhin, en prenant le temps nécessaire, les Austro-Allemands, qui ont la même opinion sur la marche progressive des armées alliées, se multiplient en opérations pacifistes.

A les en croire, ils n'ont jamais eu en tèto que la paix, le développement naturel des bienfaits de la civilisation. Leurs chefs casqués, porteurs d'épées flamboyantes, sont des archanges déguisés, chargés par le vieux bon Dieu boche d'ouvrir h tous les peuples déshérités les portes du paradis terrestre. Le baron Burian, qui ne sait que faire de l'Autriche bientôt désagrégée, a nettement proposé aux belligérants d'ouvrir de fausses négociations de paix, qui auraient eu pour premier résultat de ralentir nos succès de guerre. Les Alliés auraient été fous de donner dans ce panneau, garni d'appâts grossiers. Aussi les Etats-Unis, l'Angleterre, la France, n'ont-ils pas hésité un seul instant h faire des réponses péremptoires à cette indiscrète demande. Il n'y a que l'Allemagne pour accueillir favorablement les

offres dictées par elle ! Quand ces conquérants, appuyés sur la force, sentent cette force faiblir, ils tombent à des calculs enfantins, d'une sottise rare, qui apparaissent en pleine lumière et ne peuvent tromper personne. Lisez les discours de Payer et de Hertling, ce ne sont que des quémandages de la paix pour essayer de sauver l'avenir militaire et industriel de l'Allemagne.

En même temps, d'autres Allemands opèrent d'autre manière pour créer des diversions utiles et changer la physionomie de l'Empire rapace en figure de nation bénévole. Le député Erzberger élabore un projet de constitution de la Société des Nations pour prendre date en même temps que Léon Bourgeois et Wilson. Bien entendu, il inscrit l'Allemagne en tête de la liste, et il prend bien soin de formuler la garantie utile pour la possession des colonies et l'égalité économique, marquant ainsi la volonté d'enlever aux Alliés les gages qu'ils pourront avoir contre l'Allemagne vaincue. Calmez-vous, député Erzberger, la Société des Nations ne pourra sortir que de la paix victorieuse des Alliés, c'est-à-dire de la guerre achevée comme elle doit l'être, par la défaite du militarisme allemand. On causera après.

Calmez-vous aussi, Maximilien Ilarden, illustre pamphlétaire berlinois, dont la verve s'épanouit au long de la Friedrichstrass et de la promenade d'Unter den linden. Vous citez avec emphase Montaigne, Corneille et Pascal, pour nous prouver que vous possédez un esprit cultivé et que vous savez rendre justice à l'ennemi français, mais vos paroles de 1914 ont été recueillies, non pour leur vérité et leur valeur, mais comme documents à l'appui du cynisme et de l'ironie boches, et c'est là qu'il nous faut chercher la vérité allemande, non dans les paradoxes d'aujourd'hui.

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C'est VOUS, Harden, qui avez rédigé, pour la Zukun/t, avant la guerre, ces aphorisnies bismarckiens :

« De quel côté est le droit? Du côté où se trouve la force... Sabre au clair! L'impudent ennemi outrage du pied notie sol. Tuons-le ! L'histoire ne nous demandera pas nos raisons. »

C'est vous encore, Harden, la guerre déclarée, qui avez exposé en ces termes ironiques, dénués d'ambiguïté l'action de l'Allemagne :

« Renonçons à nos misérables efforts pour excuser l'action de l'Allemagne, cessons de déverser de méprisables injures sur l'ennemi. Ce n'est pas contre notre volonté que nous nous sommes jetés dans cette entreprise gigantesque. Elle ne nous a pas été imposée par surprise. Nous l'avons voulue ; nous devions la vouloir. » Harden ajoutait que la force de l'Allemagne créerait une loi nouvelle en Europe, et qu'une fois de nouveaux domaines conquis, les prêtres de tous les dieux vanteraient la guerre bénie. Sa conclusion se formulait ainsi : « Est-ce que le droit existe? Est-ce que les nobles idées valent quelque chose ? Quelles chimères allez-vous défendre ? Uo principe seul compte, un seul, qui résume et qui contient tous les autres : la force, voilà qui sonne haut et clair ; voilà qui a du style et de l'allure. La force: un poing, c'est tout!... Quand Tanger et Toulon, Anvers et Calais seront assujettis à la Barbarique Puissance, alors nous converserons quelquefois gracieusement avec vous. »

Tous les journalistes, tous les hommes politiques de l'Allemagne parlaient ainsi. Erzberger, le nouvel apôtre de la Société des Nations, écrivait dans le Tag : « La guerre doit être un instrument dur et rude. Elle doit être aussi impitoyable que possible. » Et il déguisait cette férocité en humanité :

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« Si Ton trouvait le moyen d'anéantir Londres tout entier, ce serait plus humain que de laisser saigner un seul Allemand sur le champ de bataille, attendu qu'un moyen aussi radical amènerait une prompte paix. » Il continuait en demandant aux sous-marins de couler impitoyablement tout navire marchand anglais, en demandant aux dirigeables de détruire une ville ou un village anglais pour chacun des navires pris par l'Angleterre à l'Allemagne. Semons, disait-il, la terreur et la mort parmi les populations britanniques ; tous les moyens sont bons, même de déverser une pluie de feu sur le sol anglais ! Tel est le vrai Erzberger, comme tel est le vrai Harden. Voilà de bons compères à introduire dans la Société des Nations, en vis-à-vis à Wilson et à Lloyd George !

Ainsi s'exprimaient tous ceux qui prétendaient représenter l«pinion de l'Allemagne sur l'état de l'Europe et la marche du monde. Tous disaient, répétaient la même chose, se montraient enivrés de l'esprit de conquête, depuis le violent empereur au gantelet de fer, les chanceliers méprisants, les philosophes et les historiens imbus delà férocité du passé, les professeurs occupés à mettre les rapines en maximes, les poètes exaltés par la haine, les écrivains et les chefs militaires, théoriciens et annonciateurs des massacres de civils et des sacs de villes, les ecclésiastiques bénisseurs de meurtres, tous, jusqu'aux journahstes de brasseries, chargés de la dilfusion de ces préceptes de mort. En vérité, il n'y a qu'à puiser dans ces annales de la folie d'un peuple de parvenus et de repus, enrichi par la guerre et ne comptant que sur la guerre pour dominer l'univers. Gela sufQt pour deviner la rage de vaincus qu'il cache sous ses offres perfides de paix. (3 octobre i9î8.)

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