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XLIV. — MÉFIANCE OBLIGÉE

LES Alliés doivent commencer à se méfier de l'hypocrisie de l'Allemagne prévoyant la défaite et quémandant la paix par l'entremise de sa complice l'Autriche. Voici qu'un de ses loups se déguise en berger, se déclare tout prêt à mener paître les troupeaux bêlants par les prés fleuris. Le député Erzl)erger, chef du parti catholique au Reichstag, s'empresse de publier un projet de constitution de la Société des Nations, projet qu'il présente comme un acheminement vers la paix.

Le député Erzberger considère que la Société des Nations sera établie lorsque les puissances suivantes auront proclamé leur adhésion : en tête, l'Allemagne, puis la Grande-Bretagne, la France, les Etats-Unis, la Russie. Le bureau serait établi à La Haye, comme l'autre, celui qui devait assurer la paix universelle et tout au moins donner des règles à la guerre par la convention qui fut signée, au nom de Guillaume II, par le plénipotentiaire allemand. Ce précédent n'embarrasse pas Erzberger, et il fournit tout un plan de fonctionnement de la future Société : nombre et pouvoir

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des délégués, garanties pour les possessions terri loriales de chaque Etat fédéré et pour la possession paisible de ses colonies.

Celle question des colonies préoccupe visiblement notre organisateur de la paix future. 11 va jusqu'à prévoir que les nations faisant partie de la Société devront renoncer à lever des troupes dans leurs territoires coloniaux, qui ont été, qui sont encore d'une aide si puissante à l'Angleterre et à la France pour réduire la tyrannie que l'Allemagne prétendait exercer sur le monde entier.

Pour le reste, le législateur allemand nous emprunte nos idées sur la reconnaissance des Etats neutres, comme si cette reconnaissance aurait dû jamais être méconnue pour la Belgique, dont la neutralité avait été solennellement proclamée par le traité de Londres du i5 novembre i83i, acte signé par le baron Biilow, pour le roi de Prusse, comme la convention de La Haye avait été signée par l'empereur d'Allemagne.

De même, la question du désarmement progressif est posée et résolue comme la conférence de la Haye projetait de la résoudre. Enfin, et c'est sans doute à cet article que tient surtout le député allemand, l'égalité économique serait proclamée, le surplus des matières premières de chaque Etat partagé entre les Etats fédérés, et la liberté des mers serait proclamée.

Toutes ces clauses pourraient être admises entre Etats de bonne foi, haïssant également la guerre et la conquête, voulant du môme amour la liberté et la paix. Mais on admettra bien qu'avec les précédents infâmes dont l'Allemagne a fourni cyniquement les exemples, les précautions seront de mise avant la rédaction du contrat qu'elle sollicite. On lui imposera vi-aisemblablement un stage avant de l'admettre

dans la Société des Nations, et, d'ailleurs, cette admission ne peut être envisagée avant la liquidation de la guerre actuelle et l'acceptation forcée par l'Allemagne des conditions de paix des Alliés.

C'est sur ce terrain qu'il faut nous tenir avant de nous hasarder aux constructions de l'avenir. N'oublions pas les formidables appétits de l'empire des Hohenzollern, dont il existe des preuves accumulées, fournies par ses souverains, ses hommes d'Etat, ses militaires, ses industriels, ses philosophes, ses historiens, ses géographes. Sans souci d'un tel dossier, le bon pasteur Erzberger va prendre l'attitude de promoteur de la Société des Nations ! Et voici que les journaux autrichiens, commentant l'attitude de Clemenceau •ws-à-vis de Czernin et de son Empereur, agitent le spectre eu militarisme français ! Et que le gouvernement allemand accuse la France d'avoir inventé les gaz asphyxiants l {10 octobre i918.)

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