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LVII. — JOURS DE NOËL

NOËL ! pour les enfants, c'est un soir et une nuit de surprises et de cadeaux.

C'est un soir merveilleux, une soirée chaude illuminée on le sapin vert brille de toutes ses bougies, avec des friandises et des bibelots jolis accrochés à toutes les branches. Ce trésor scintillant apparaît brusquement, sous la garde du vieux père Noël, à la longue barbe blanche, sa capuche et sa houppelande tachetées de neige, les joues rouges, les yeux vifs.

C'est une nuit d'hiver enchantée où les merveilles tombent dans les petits souliers par le tuyau de la cheminée. Le dispensateur de ces richesses, c'est encore le vieux père Noël qui a quitté son sapin vert, aussitôt les enfants endormis, et qui maintenant court les toits de la ville, chargé de paquets, comme un sublime employé de bazar. Il n'y a plus autant de cheminées où la bûche annuelle achève de se consumer parmi les cendres, ce ne sont partout que poêles à feu continu, chouberskys, salamandres, etc. Peu importe, les cadeaux du père Noël trouvent tout de môme le chemin des petits souliers.

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Noël ! pour les grandes personnes croyantes, c'est la mes de minuit, et pour croyants et incroyants, c'est le réveillon dinde trufTée, oie aux marrons, boudin grillé, champagn ou cidre.

Du moins, c'était ainsi avant la guerre, il y a quatre ans. — il y a un siècle pour les uns, il y a quelques jours pour les autres. Aujourd'hui, je ne sais si les enfants de 1 guerre croient encore au bonhomme Noël et aux petil> souliers de la cheminée. Je sais qu'il y aura des messes d' nuit, autorisées par nos seigneurs évêques, mais que 1 préfet de police a dû interdire les réveillons publics. Qu( ceux qui vont à la messe rentrent au logis retrouver ceux qui ne sont pas sortis, et qu'ils passent le réveillon en famille, si cela leur dit. Personne n'a rien à y voir, et charbonnier est maître dans sa maison.

Mais que les réjouissances autour des victuailles odorantes et des vins qui pétillent aient projeté leurs clartés et leurs chants parles rues, à travers les vitres des restaurants, c'aurait été là un spectacle inadmissible.

L'hypocrisie n'est pas plus belle, bien entendu, et ceii qui ne savent que satisfaire leurs appétits sans un arrêt, sans une pensée devant les souffrances accumulées depuis quatre années, affichent ou cachent une laideur morale capable de résister à toutes les catiislrophes humaines. Jouir! l'enseigne mise par Paul Margucrittc sur les deux volumes où il raconte hardiment les turpitudes, les vilenies de la société qui ne veut que le plaisir, et qui ne croit qu'à l'argent, tel est le drapeau et le programme que les cyniques arborent et que les habiles adorent à huis clos.

La permanence des tares humaines constatée une fois de plus, il n'y a qu'à donner leur Noël aux enfants. Ils ont

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la chance d'être encore indemnes des atteintes de la vie, ils croient aux féeries et ils adorent l'imprévu. Laissonsleur le sapin de Noël avec ses branches vertes, couleur d'espérance. Laissons-leur le réveillon, choisi ou humble, la réunion de camarades jeunes et vieux, les sourires autour de la table, l'homme et la femme pensifs aux souvenirs de la guerre d'hier, quelque vieille évoquant le passé devant l'avenir des petites têtes blondes et brunes. Heureuse la famille au complet ! Que celle-là se réjouisse, donne une pensée aux autres. Il ne devrait plus y avoir de réunion en France sans que le sacrifice de tant d'hommes héroïques soit évoqué, et de tant de martyrs, vieillards, femmes, enfants aussi !

Ces gosses d'aujourd'hui, qui sait le sort qui les attend ! Celui qui naquit à Bethléem connut la montée du Calvaire, et sa vie et sa mort qui devaient sauver les hommes n'ont pas empêché vingt siècles d'accumuler leurs souffrances et leurs iniquités. Que les hommes tâchent donc maintenant de se sauver eux-mêmes, par leur union, leur sagesse, leur volonté.

p]n attendant, mes petits vieux, qui avez de trois à cinq ans ce jour de Noël de 191 8, vous n'aurez pas eu de bombes et de gaz asphyxiants pour cadeaux de Noël, comme pendant quatre années. J'espère pour vous quelque œuf frais, imc tablette de chocolat national, des gâteaux secs, une orange, et comme diable à ressort dans une boîte h malice, le Kaiser à moustaches ou le Feld-maréchal hérissé de clous, entre deux soldats français. Je vous souhaite de bien profiter de cette semaine qui va de Noël au jour de l'An, ce sont pour vous des jours uniques dans la vie, croyez-en l'expérience de vos anciens I (25 décembre 1918.)

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