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LX. — QUE L'ALLEMAGNE DÉSARME

LA Conférence de la Paix va essayer, à n'en pas douter, de doter le monde d'un droit nouveau par la Société des Nations. Ainsi pourrait se fermer le cycle des guerres et s'accomplirait l'avènement d'une humanité qui ne s'engagerait plus dans les vieux sentiers semés de chausse- trappes de la vieille diplomatie, dans les chemins barbares des conquérants. Alors, plus d'embuscades parmi les simagrées des protocoles, plus de farouche atavisme des guerriers impatient» de courir aux armes.

Les différends se régleraient par les délégués de tous les peuples et, la sentence rendue, le gouvernement qui n'accepterait pas la décision raisonnable n'aurait tout de même pas assez de force pour résister à tous. Son territoire, ses villes, ses fleuves, ses canaux, ses voies ferrées devieudraient les gages de la force internationale chargée d'assurer l'exécution du décret de justice et de bon sens. Ce ne serait pas une guerre, ce serait un règlement de comptes, cette fois définitif.

Les paroles prononcées attestent l'unanimité, la volonté

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de tous. Le président de la République française a exclu les rêves de conquête et d'impérialisme du programme de la Conférence. Il a affirmé que le temps était passé où les diplomates se réunissaient pour refaire d'autorité sur un coiu de table la carte des empires. Désormais, c'est au nom des peuples, des petits comme des grands, que les lignes des frontières sont tracées, non plus pour servir les ambitions des maisons régnantes, toujours avides de s'agrandir, mais pour rassembler ceux que la race, la langue, les intérêts, les goûts, les manières de comprendre la vie doivent réunir. Les divisions seront permises, les fédérations aussi.

C'est pour garantir et réglementer ce droit de tous que sera élaboré le statut de la Ligue des Nations, association internationale qui ne sera dirigée contre personne, qui ne fermera les portes à personne. Poincaié la bien spécifié, cette ligue va être organisée, munie de ses statuts et de ses règlements, par les nations qui se sont sacrifiées à la cause du droit.

Le président de la République des Etats-Unis d'Amérique, parlant ensuite et proposant de nommer Clemenceau à la présidence de la Conférence de la Paix, a proclamé de toute son autorité que tous ceux qui étaient là présents voulaient tous la môme chose : enlever des épaules de l'humanité le poids effroyable qui pèse sur elle.

Et Clemenceau, répondant, a fortement exprimé que la Société des Nations était présente à la Conférence, et que c'était aux représentants de tous les peuples de la faire vivre. C'est la même pensée qui anime Lloyd George, Sonuino et tous les délégués. De leur part, aucun obstacle.

Reste l'Allemagne. 11 est difficile de dire ce qu'est l'Allemagne actuellement, et difficile aussi de dire ce qu'elle de-

souve:sirs des a?j\ées de la. guerre 283

viendra demain à travers les divergences de vues qui se sont produites entre les Etats confédérés réunis par l'Empire, et qui n'ont pas tous maintenant la même croyance à l'unité. La volonté d'indépendance qui semble se manifester en Bavière, la tragédie confuse qui ensanglante Berlin, la continuation des pourparlers d'armistice entre les Alliés et la délégation civile et militaire qui tient ses pouvoirs du gouvernement déchu, rien de tout cela n'indique le mode de vivre que proclamera définitivement l'Allemagne en possession définitive de son Assemblée constituante.

En conclusion, qu'elle devienne une république unifiée, malgré l'absence presque complète de républicains en Allemagne, 0X1 qu'elle se réalise en une Fédération d'Etals libres, elle a un moyen bien simple de prouver sa sincérité, son désir d'entrer sans arrière-pensée, sans hypocrisie, dans la future Société des Nations. Ce moyen, c'est de donner la première l'exemple du désarmement, c'est de rendre à la terre, à l'usine, au comptoir, les millions de soldats qu'elle tient depuis cinquante ans sous les armes, c'est de fermer ses usines de guerre, c'est de ne plus construire d'avions de chasse et de bombardement, c'est d'arrêter les travaux de ses chimistes acharnés à perfectionner les asphyxiants.

Q)ue l'Allemagne désarme ! Les autres nations seront trop heureuses de l'imiter. (20 janvier 19Î9.)

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