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LXV. — L" AGRESSEUR VAINCU DOIT PAYER

LA simple observation faite par le maréchal Foch, en réponse à la note d'Erzberger, que le président Wilsou était au courant des conditions de l'armistice et qu'il les avait approuvées, suffît à dégonfler le ballon d'essai que l'Allemagne tentait de faire planer comme une menace audessus de l'Entente.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'Allemagne veut s'accrocher à la personne morale de Wilson. Lorsque ses armées ont été vaincues, réduites h la défaite, à la capitulation, ou à la retraite, sa première proposition de cesser la guerre s'est adressée au président de la République des États-Unis. Non pas comme à un belligérant, mais comme à un médiateur, comme à un arbitre. L'Allemagne afl'ectait de le mettre au-dessus de la mêlée, malgré les envois de munitions et de vivre aux Alliés, malgré l'entrée en ligne des troupes américaines, malgré les combats du bois Bellcau, malgré le dégagement victorieux de Saint-Mihiel, malgré les cimetières où reposent les soldats du drapeau étoile, héros d'une nouvelle guerre de l'Indépendance, où le sort du monde entier était eu jeu.

souve:<irs des années de la. guerue 3o3

A en croire les hommes d'État de Berlin, impérialistes ou social-démocrates, il n'y avait pas de plus chauds partisans du programme Wilson que les envahisseurs de la veille, les écraseurs de la Belgique, les conquérants du nord de la France, les incendiaires de Louvain, les destructeurs de nos villes, les bombardeurs de Paris, les fusilleurs d'otages, les voleurs de mobiliers, les salisseurs de femmes et de jeunes filles. Quatorze articles ! le programme Wilson se composait de quatorze articles ! Mais ce n'était pas assez pour garantir les droits des peuples, la sécurité des petites nations, la paix du monde ! L'Allemagne était toute prête à y ajouter ! Aucune nation mieux qu'elle ne pouvait élaborer un meilleur code du bonheur universel. De même qu'elle était la première pour organiser la guerre, de même elle allait être la première pour harmoniser la paix, pour prêcher l'évangile du désarmement, de l'arbitrage, du pacifisme international.

Le président Wilson aurait été bien naïf de se laisser prendre à ces appâts grossiers. C'est, fort heureusement, un homme qui sait juger par lui-même les effets et les causes, et il n'aurait pas été convaincu des forfaits de l'Allemagne avant de quitter la rive américaine, que son séjour en France l'aurait rapidement édifié sur les procédés de guerre employés par l'empire germanique pour la conquête du monde. « 11 ne faut pas que l'humanité revoie cela », a-t-il déclaré à la Conférence de la Paix.

Pour que l'humanité ne revoie pas « cela », il faut, non seulement établir pour le genre humain une Société des Nations qui garantisse toutes les libertés et tous les droits, mais il faut aussi accorder à la France et à la Belgique un barrage de protection contre les attaques brusquées aux-

quelles l'Allemagne serait encore capable de se livrer dan? l'avenir.

Il faut que l'Allemagne paie intégralement le prix de ses déprédations, de ses saccages, de ses destructions. Il y a, sans aucun doute, des ravages qu'elle ne saurait jamais payer, parce que le prix des choses détruites est impossibl à évaluer. Bien osé celui qui pourrait dire combien valaient la cathédrale de Reims, les halles d'Ypres. la bibliothèque de Louvain, etc. Il ne s'agit que des dommages appréciables. L'idée de les laisser pour compte à la France est inadmissible. Si la France avait déclaré la guerre à l'Allemagne, elle ne réclamerait pas l'acquittement de la note. Mai puisque c'est l'Allemagne qui a été l'agresseur, k elle de payer le compte de son entreprise.

Combien doit-elle payer? Quand doit-elle payer? Telles sont les deux questions auxquelles une réponse doit être faite.

Que l'on se souvienne d'abord que l'Allemagne, victorieuse en 1871, nous a infligé une indemnité de guerre de cinq milliards, plus les frais d'occupation, et qu'elle ne nous a pas fait grâce d'un centime, ne débarrassant noti< territoire qu'au fur et à mesure des versements.

Que l'on se souvienne aussi des projets de l'Allemafmc lorsqu'elle se croyait sûre de la victoire. Us sont énumcrés dans une excellente brochure de M. Klobukowski, ancien gouverneur de l'Indo-Chine, puis ambassadeur à Bruxelles, actuellement commissaire à l'Information et à la Propagande. Cette brochure qui a modestement pour titre : Contribution à l'étude lies conditions de paix, est l'exposé le plus décisif qui puisse être fait du débat actuel.

Voici, par exemple, les termes du manifeste, daté dn

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30 mai 1915, publié par les six grandes associations industrielles et agricoles de l'Allemagne : « Si, après avoir si vaillamment tenu, nos guerriers ne trouvaient à leur retour que des impôts écrasants pour tout résultat de la guerre, les conséquences en seraient des plus pernicieuses pour la paix intérieure de la patrie. Au sang versé par des centaines de mille hommes, il faut que réponde le prix de la victoire. »

La seule paix que pouvaient accepter les \llemands était ainsi exposée par ce môme manifeste :

« Nous ne voulons point d'une paix prématurée avec n'importe lequel de nos adversaires, car le but que nous nous proposons ne saurait être atteint sans une paix qui donne une sécurité plus grande à nos frontières de l'est et de l'ouest, élargisse les bases de notre puissance politique, assure à nos ressources économiques la possibilité de se développer sans contrainte, bref, nous apporte au point de vue de la politique, de l'armée, de la marine et de l'économie, une extension de puissance telle qu'elle garantisse l'accroissement de notre force au dehors. »

Les signataires revendiquaient 16 nord-est de la France (comprenant le bassin de Briey) et les Flandres françaises :

« Tous les moyens de puissance économique existant sur ces territoires, y compris la propriété moyenne et la grande propriété, passeront en des mains allemandes. La France recueillera les propriétaires et les indemnisera. »

Le langage impérialiste et le cynisme ne nous siéent point. Mais notre politique, inspirée de l'idéal humain, doit être

réalisée pour réparer les dommages et les crimes de la guerre voulue par l'Allemagne.

Que rx\llemagne vaincue veuille bien admettre que nous ne ferons, en toute justice, en toute raison, que lui appliquer la méthode proclamée efficace par l'Allemagne, lorsqu'elle se croyait sûre de la victoire. {21 février 1919.)

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