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LXVI. — DÉTAILS DU COMPTE A PAYER

LA presse française, à peu d'exceptions près, et en dehors de toutes opinionspolitiques, est d'accord pour réclamera l'Allemagne le paiement des dommages de la guerre que nous n'avons pas voulue, que nous avons subie victorieusement. Il ne faut pas oublier, au moment de régler les conditions de la paix, que notre pays a contracté plus de 134 milliards de dettes, par quatre emprunts, deux émissions de Bons et d'Obligations de la Défense nationale, avances de la Banque de France et de la Banque d'Algérie, et dettes à l'extérieur. Ajoutez à ces laS milliards en chiffres ronds, des annuités de pension qui peuvent également se chiffrer par milliards, et la presque totalité de l'outillage public à refaire. Il n'est pas question ici des dépenses directes de la guerre, qui forment un compte à part. Ne mettons en ligne que les indemnités réparatrices. Sur ce point, comment y aurait-il un doute ? Les représentants de la France au gouvernement l'ont toujours compris et annoncé ainsi. Le président du Conseil, au fort de la guerre, a affirmé que le compte ouvert par l'Allemagne serait payé. Le ministre des Affaires étran-

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gères, le i5 octobre 191 8, à la tribune du Sénat, après avoir cnuméré les ravages exercés par l'armée allemande sur nos terres envahies, a conclu : « Il y aura, pour tous ces faits abominables, d'autres sanctions que les condamnations morales, déjà prononcées par la conscience. Il en sera fait justice matériellement, » Et le minisire des Finances a confirmé ces paroles par sa déclaration d'Abbeville : « Le jour viendra où l'ennemi paiera le prix de ses attentats, non pas de tous, malheureusement : le sang cependant ne saurait se compter assez cher. Notre magnifique outillage industriel emporté en Allemagne ; notre matériel public capturé ; nos florissantes industries du Nord, textiles, sucrières, métallurgiques, charbonnières, pillées ou détruites, tout cela sera reconstitué. »

Dans son excellente brochure sur l'étude des conditions de paix, M. Klobukovvski, directeur de la Propagande, ne réclame qu'une part des disponibilités de rAUernagne. 11 n'est pas partisan d'une longue occupation militaire, ni de la confiscation de la fortune de la nation, mais il croit nécessaire d'exiger ce qui nous est dû, tout ce qui nous est dû. Voici, telles qu'il les comprend et les rédige, nos essentielles revendicatiojis.

L'Alsace et la Lorraine seront restituées à la France, libres de toutes charges, avec tout leur outillage, y compris les chemins de fer, et les 5 milliards payés à l'Allemagne en 187 1. Par les deux millions d'habitants qui reviennent ainsi à nous, par le sol fertile, les mines de fer et de charbon, les manufactures de cotonnades, nos provinces retrouvées constituent un appoint sérieux dans l'ensemble des réparations nécessaires. La restitution de l'indemnitéde la guerre de 70-7 1 est suffisamment justifiée par le fait que le contribuable

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français continue à payer les intérêts des 5 milliards versés il y a 48 ans.

Une indemnité de 76 milliards (chiffre modéré) serait exigée pour toutes les pertes de la France et tous les crimes commis sur terre et sur mer contre les personnes, en dehors des dépenses de guerre proprement dites. C'est l'Allemagne elle-même qui dicte ici la loi, puisqu'elle a proposée la Conférence de la Haye, en 1907, un amendement qui est devenu l'art. 3 de la 4° convention, ainsi conçu : « La partie belligérante qui violerait les dispositions dudit règlement, sera tenue à indemnité s'il y a lieu. Elle sera responsable de tous actes commis par les personnes faisant partie de sa force armée. » C'est en vertu de cet article 3, rédigé par l'Allemagne, que la France peut lui réclamer aujourd'hui, pour la restauration des régions envahies et les sommes extorquées aux populations civiles, 20 milliards ; pour les pertes subies par le cheptel, le matériel roulant, la navigation, l'épuisement des stocks, la raréfaction de la main-d'œuvre, i5 milliards ; pour les crimes contre les personnes, 5 milliards ; pour le remboursement de la dette extérieure représentant le déficit de notre balance commerciale, 35 milliards. Soit pour la France, 80 milliards, les 5 milliards de 1870-71 compris dans le total.

En dehors des indemnités, le matériel des usines, et de façon générale, tout l'outillage industriel emporté ou détruit, doit être restitué ou remplacé. Sans cette condition, la reconstitution économique et industrielle des régions dévastées serait impossible. Et il est de toute justice qu'avant de permettre aux Allemands de reprendre le cours normal de leurs affaires, les nations alliées soient sur un pied d'égalité.

Il va de soi également que les locomotives et v^agons, et

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tout le matériel des chemins de fer seront également restitués ou remplacés.

De même, l'Allemagne doit restituer les valeurs soustraites dans les départements envahis et les dépôts et encaisses des banques transférées en Allemagne. Elle doit nous livrer le charbon dont nous serons privés pendant plusieurs années par ses destructions et dévastations de mines. Elle doit nous remettre un tonnage suflisant pour recréer les navires marchands détruits par les sous-marins, etc.

La plupart de ces conditions ont été rédigées au moment de l'armistice. Il faut les rendre fixes par la rédaction du traité de paix. Il faut aussi trouver un mode de paiement possible pour l'Allemagne. On a calculé qu'elle pouvait se libérer de sa dette de guerre en lo années, la fortune de l'Empire ayant été évaluée en 191 3 à 4oo milliards de marks environ. La plus grande partie des paiements peut d'ailleurs être prise sur les anciens budgets de l'armée et de la marine qui atteignaient, en 1914, près de U milliards de marks. Les garanties seraient : la masse commune des biens ennemis dans les pays alliés ; la cession de l'empire colonial allemand aux Alliés ; la caution des villes allemandes pour les villes françaises et belges détruites ou dévastées ; les chemins de fer, les mines, les forêts, et toutes exploitations de l'Etal.

Ces conditions sont parfaitement raisonnables et licites. C'est la justice même qui les dicte. C'est aussi la nécessité. Si l'Allemagne ne payait pas, la France serait écrasée d'impôts, mise dans l'impossibilité de faire valoir son travail, son industrie, son commerce, avant un nombre d'années difficile à évaluer. La France a été victorieuse par les armes. Il faut qu'elle puisse reprendre sa place de grande nation

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par son intelligence et son labeur. S'il y a encore en Allemagne une conscience pour juger les événements accomplis et une connaissance exacte des conditions de la vie actuelle, l'Allemagne ne discutera même pas les conditions équitables qu'elle nous a forcés de lui imposer en nous déclarant la guerre. Elle a perdu cette guerre. Elle n'a plus qu'à payer les frais de son entreprise guerrière, dont elle a dû enregistrer la faillite. {21 février 1919.)

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