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LXVII. — LE DO?f DE L'ALSACE A LA FRANCE

LA première question territoriale, je veux dire la plus importante quela Conférence de la Paix devra résoudre, c'est la question de l'Alsace, puisqu'il y a, pour l'Alsace, plus que pour la Lorraine, contestation et protestation allemandes.

Cette question a déjà été abordée et résolue par les historiens et par les écrivains français, en toute impartialité. Mais voici un document publié par la Société de l'histoire de la Révolution française qui suflirait à couper court à tous débats. C'est le procès-verbal de la Confédération de Strasbourg, ou Fédération du Rhin, qui eut sa réunion à Strasbourg du 1 1 au i6 juin 1790. Dans l'avertissement qui précède ce procès-verbal, Aulard, exact et profond historien de la Révolution française, fait valoir en quelques brèves remarques l'importance de ce document. La Fédération du Rhin, dit-il, « fut grandiose ; elle fut nationale ; car elle ne réunit pas seulement des Alsaciens, mais des envoyés des provinces voisines, et jusqu'à des envoyés de Bretagne ». Et il conclut: « Ce jour-là, l'Alsace se donna volontairement à la France. »

Montrons que cette conclusion est absolument véridique.

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Tout d'abord, ne cessons pas de répéter que l'Alsace a été terre gauloise, séparée de la Germanie par le Rhin, frontière naturelle entre deux races, ce que les érudits allemands, si savants, se gardent bien de reconnaître. Ensuite, après les invasions, l'Alsace fait partie de l'empire franc de Gharlemagne, qui n'est pas un empereur allemand, mais un empereur franc, qui a conquis l'Allemagne. Après Charlemagne, c'est une terre libre entre la France et l'Allemagne, un royaume, puis, pendant des siècles, un agglomérat de seigneuries, laïques ou ecclésiastiques, de villes libres, de républiques. 11 en est ainsi jusqu'au moment des guerres de religion,. où l'Alsace, pour se protéger contre l'Allemagne, s'adresse à la France, sous Louis XIII. La conquête protectrice est achevée par Louis XIV, dont l'administra tiom respecte la liberté de conscience. Le système qui suivit la révocation de l'Editde Nantes ne fut pas appliqué à l'Alsace, où tous les cultes furent libres. « L'Alsace avait été, dans le royaume, dit Aulard, la seule région où les consciences ne fussent pas opprimées. Aussi la fédération de Strasbourg futelle un exemple et une école de tolérance et de philosophie. » En 1790, les Alsaciens se donnèrent librement à la F'rance. Tel est le fait. Cette fois, aucune conquête, aucun traité. C'est la municipalité de Strasbourg qui prend l'initiative du projet ; c'est la garde nationale de Strasbourg qui organise U manifestation, avec la Société des Amis de la Constitution. Il y eut 3.281 députés, envoyés par le Jura, la Loire-Inférieure, la Marne, la Ilautc-Saônc, le Doubs, la Meuse, la Meurthe.la Moselle, les Vosges, le Haut-Rhin, le Bas-Rhin. La réunion eut lieu dans la plaine des Bouchers, autour d'un autel de la patrie, entre deux vastes amphithéâtres où se massait la foule des Strasbourgeois. Il y eut des cortèges, des discours.

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une messe pour les catholiques, puis le serment d'être Français, (( à la face du Dieu de l'Univers ».

Le même serment fut prêté un mois après, le 1 4 juillet 1 790, au Champ-de-Mars, où se réunirent tous les délégués de la France.

Comment pourrait-on s'étonner, après un tel acte solennel, de la fidélité des Alsaciens, arrachés à la France par le traité de Francfort ? Comment l'idée pourrait-elle venir à qui que ce soit de demander aux Alsaciens s'ils veulent redevenir les sujets de l'Empire allemand, alors qu'ils sont redevenus des citoyens de la République française ? Ce serait faire injure à leurs sentiments de toujours, à leur serment de 1790. à leur éternel instinct de race, à leuradmirable fidélité de pensée. (7 mars 1919.)

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