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LXXII. — LE BASSIN DE L\ SARRE

ENCORE quelques jours, et l'on connaîtra les préliminaires de la paix. L'impatience se comprend, c'est le mouvement instinctif d'un pays éprouvé qui veut savoir quel sera son sort. Tout de même, il faut réfléchir, raisonner et savoir attendre. Quand on a subi plus de quatre années de guerre, on devrait admettre que ce n'est pas trop de quatre ou cinq mois pour régler les relations des nations alliées avec l'Allemagne et pour établir un Etat européen qui fasse espérer que la lutte économique remplacera l'odieuse lutte h main armée. Cette lutte économique est bien assez ardue et dramatique par elle-même pour qu'elle suffise à employer toutes les énergies humaines. Telle qu'elle sera, elle apparaîtra comme une merveille de civilisation au sortir d'une période où le fer et le feu ravageaient la terre, où la mort foudroyante sillonnait les mers, tombait du ciel, où les gaz asphyxiants envahissaient l'atmosphère.

Pour en revenir, ou en venir, au champ clos social où s'exercent et se combattent les individus et les nations par le commerce, l'industrie, le travail, les arts de la paix, il faut

que des garanties soient prises contre un retour possible de l'esprit guerrier qui travaille trop souvent les gouvernements et les peuples. L'Allemagne doit bien admettre que c'est surtout vis-à-vis d'elle que ces garanties doivent être stipulées, et que, en dehors de toute autre question à régler, indemnités, réparations, dommages de toutes sortes, il faut établir entre elle, d'un côté, la France et la Belgique, de l'autre, sinon un rempart infranchissable, tout au moins une zone neutre et protectrice, qu'une armée ne puisse traverser en vingt-quatre heures avec armes et bagages, pour dévorer la nation voisine.

11 paraît que c'est là-dessus que les discussions s'allongent et recommencent sans cesse à la Conférence de la Paix et au Comité des Quatre. Pour l'Alsace Lorraine, aucune discussion. L'un des quatorze articles du programme Wilson, que les Allemands avaient feint d'interpréter dans le sens d'un plébiscite, a été défini dans le sens français par le président de la République des Etats-Unis. La discussion a été au contraire très vive entre les représentants de l'Amérique et de l'Angleterre et le représentant delà France, pour ce qui concerne le bassin de la Sarre, qui nous a été enlevé en i8i5, des villes françaises comme Landau et Sarrelouis données à la Prusse et à la Bavière, au mépris de la géographie qui nous montre, par la première carte venue, que cette région disputée fait partie intégrante de la Lorraine.

Mais soit ! acceptons l'arrêt du Glasgow Herald qui admet bien le renversement de la polilic^uc inique de 1870-71. mais se refuse à remonter aux injustices antérieures, et demande que l'on nous impose une limite dans le temps. Décidons que les populations devenues allemandes de la Sarre ne redeviendront pas françaises. Il n'en reste pas moins qu'il y a un des

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crimes allemands de la guerre à réparer, et qu il ne peut être réparé que par l'exploitation française du bassin minier de la Sarre : à savoir la destruction presque complète des mines du nord de la France. Le Globe, de Londres, proclame très judicieusement que l'Allemagne a délibérément infligé un tel dommage aux mines françaises qu'il s'écoulera des années avant qu'on puisse les exploiter. Il ajoute que ce dommage fut causé dans le dessein exprès de paralyser la concurrence industrielle de la France après la guerre, et que la seule compensation adéquate possible est l'exploitation de la Sarre, en dehors de toute question d'annexion ou de neutralisation.

Car il faut bien en revenir toujours à l'établissement d'un terrain débarrassé de toute menace de guerre entre la France et l'Allemagne. Que celle-ci garde les populations régies par les lois civiles du nouvel empire, que les députés de ces populations aillent siéger à l'Assemblée de Weimar, do laquelle relèvera tout ce qui est politique et administratif. Mais que la région ne connaisse plus rien de ce qui est militaire, ni arsenaux, ni fabriques, ni forteresses, ni armées. Que des détachements des forces alliées occupent les points stratégiques jusqu'au paiement delà dette, avec le seul souci de l'ordre, c'est une solution strictement équitable, qui doit être acceptée par tous les Alliés, et aussi par l'Allemagne, si elle est sincère dans son alfirmation démocratique et pacifique. (17 avril iVi9.)

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