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Mignault, Droit Civil Canadien, Titre 9, ch

LA JUSTICE ET LE PRÊT À INTÉRÊT

daient à un ordre de choses qui ne se voit plus. Mais n’anticipons point sur la discussion et bornons-nous à résumer succinctement des faits que nous irons chercher tout d’abord dans l’antiquité chrétienne.

A l’apparition du christianisme, l’usure sévissait de façon monstrueuse dans le monde romain comme dans le monde grec. Les lois civiles qui en avaient consacré le principe étaient devenues impuissantes à en contrôler les excès. Pourtant la législation tendait à resserrer les liens autour de l’usurier. Le temps n’était plus où, à Rome comme en Grèce, ce dernier pouvait réduire en esclavage, sinon faire mettre à mort le débiteur insolvable. L’an 325, Constantin avait promulgué une loi réduisant l’intérêt à un tiers pour les prêts de comestibles et à 12% pour les prêts d’argent. Malgré tout l’usure sévissait dans l’Empire, même dans l’Empire devenu chrétien, comme aux plus beaux temps de la République.

L’Eglise des catacombes, dépourvue de status civil, n’avait pu exercer d’influence sous ce rapport et s’était contentée d’exhorter ses adeptes à la miséricorde envers le pauvre. Les écrits des Apôtres et ceux des premiers apologistes, quand ils font mention directe de l’usure, ce qui arrive rarement, paraissent considérer ce péché comme opposé à la charité plutôt qu’à la justice.4 C’est au commencement du IVe siècle que l’Eglise élève la voix devant la cupidité des prêteurs et prend position sociale contre l’usure. De l’an 305 à l’an 398, sept conciles

4. — R. P. Vermeersch, S. J., Quætiones de justitia, Q. 9, n. 359.

réprouvent cette pratique et l’interdisent formellement aux clercs. La défense officielle sera d’ailleurs limitée aux clercs jusqu’au début du IXe siècle. Mais les Pères de l’Eglise: S. Grégoire de Nazianze, S. Jean Chrysostome et surtout S. Basile, chez les Grecs; Lactance, S. Ambroise, S. Augustin et S. Léon le Grand chez les Latins, écrasent du poids de leurs anathèmes l’usurier quel qu’il soit. Le langage le plus fort n’est pas toujours le plus clair. Il est parfois malaisé de se rendre compte, par leurs discours, s’ils condamnent l’usure modérée en même temps que l’usure extrême, et s’ils parlent au nom de la justice ou simplement au nom de la charité. En tout cas, le P. Vermeersch remarque, avec beaucoup d’autres, qu’il n’est pas permis de prendre leurs paroles sans un juste adoucissement : Nec certe sine justo temperamento accipere licet eorum verbal II est probable, — parce que très conforme aux mœurs oratoires, — qu’ils proscrivaient le moins pour écarter le plus, et que, pendant ce temps comme aux tout premiers siècles, les chrétiens, tout en évitant les excès, se conformèrent en Orient comme en Occident aux usages qu’ils croyaient licites et aux latitudes fournies par la loi.6

Au Moyen Age, la prohibition de l’Eglise s’étend et s’aggrave de plus en plus, par réaction contre le droit romain et grâce à l’autorité croissante d’Aristote qui professe une doctrine monétaire fondée, disait-il, sur la nature même des choses. Dès l’an 845, elle 'englobe les

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