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LA PAROISSE ET LE CURÉ

Oui, par bonheur, il y avait la paroisse. La paroisse, seul organisme de vie publique: les conseils municipaux (de paroisse et de comté) et les districts judiciaires n’apparurent que plus tard, sous la domination anglaise. La paroisse, seul centre de ralliement en dehors de la famille et du rang: conglomérat elle-même des familles de plusieurs rangs, réunies pour des fins spérituelles,

sous la direction d’un prêtre nommé par l’évêque. Il y avait la paroisse et il y avait le curé. Le curé, seul détenteur de la science, à une époque où l’enseignement primaire subsistait à peine. Le curé, seule autorité morale agissait directement sur le groupe confié à ses soins. Le curé, inspirateur de la foi, régulateur de la piété et des mœurs, arbitre des chicanes et conseiller des familles. Des souvenirs locaux, parfois très pittoresques, et de nombreux prônes conservés nous le font voir portant avec dignité — avec le pli sacerdotal si fortement accusé chez les anciens — la vigoureuse empreinte du tempérament et de la vertu personnels : ici plus de gronderie et d’austérité, là plus de condescendance et d’insinuation, partout un dévoûment sans bornes au cher troupeau. Je n’aime qu’à demi le portrait classique du curé de campagne de Lamartine. Il y apparaît trop peu agissant, trop isolé parmi ses ouailles. En tout cas, je n’y saurais reconnaître le prêtre français transporté sur nos rives et façonné à un ministère unique dans l’Eglise. A celui-ci, je préfère appliquer cet éloge du comte Daru prononcé par le poète-orateur. Qu’on veuille excuser ici la richesse de la forme : c’est Lamartine qui parle, et il parle avant l’Académie ! Il nous peint précisément l’une de ces situations anormales où “le même homme, stimulé par les besoins du populaire et l’incapacité de ses semblables, aborde tour à tour les œuvres les plus diverses, les fonctions les plus variées. Son mérite le désigne: point d’excuses ! point de refus ! le péril n’en accepte pas. L’esprit de cet homme s’élargit, ses talents s’élèvent, ses facultés se multiplient; chaque fardeau lui

LA PAROISSE, GARDIENNE DE VIE SOCIALE

crée une force, chaque dévouement une vertu; il devient supérieur par circonstance, universel par nécessité.” N’est-ce pas le tableau de la paroisse et du curé dans nos temps héroïques ? avec cette forte nuance, cependant, que la situation anormale devenait normale à force de durer, et que l’homme apparemment unique avait, sauf exception, son double à la tête de chacune de ces institutions commençantes.

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