‹ Notre vie canadienneChapitre 17 sur 20 · LA PAROISSE, FORCE DE CONSERVATION · texte numérisé non relu

LA PAROISSE, FORCE DE CONSERVATION

Mais cette puissance de l’organisation en paroisses, de quel emploi sera-t-elle? ce légendaire attachement de l’habitant des campagnes à son clocher natal, de quel profit sera-t-il? cet immense empire que la vie, la parole et l’action d’un pasteur saint lui confèrent, comment vat-il en user ? A l’origine et plus que jamais la cause catholique et les intérêts nationaux se confondent. C’est pourquoi tout l’effort de rendement paroissial à cette époque : autorité, obéissance, travail, vie commune, prière commune, dévoûment aux œuvres, etc., favorise le but essentiel : tenir, comme on dirait aujourd’hui. La paroisse a tenu.

Sans doute, le régime économique compta pour beaucoup dans la résistance miraculeuse du colon canadien. La petite propriété indépendante, à faible taux censitaire, eut pour effet d’enraciner le colon au sol chèrement disputé à la grande forêt. Elle le mit à l’abri d’une foule d’éventualités néfastes, en créant des talents débrouillards, sinon des caractères audacieux. A vrai

dire, le fermier canadien n’a jamais été exproprié. Mais n’oublions pas : ce rêve de possession libre et de transmission intégrale du domaine ne s’obtint qu’au prix de sacrifices inouïs, dont la seule imagination terrorise à bon droit notre cultivateur moderne, bien logé, bien nourri, bien stylé, fort avant tout de sa mécanique. Ce qu’il fallut aux aïeux pour tenir, ce fut le courage moral et la double foi en leur éternelle et temporelle destinée. La paroisse entretenait ces virils sentiments. Le curé, à l’église ou dans ses visites à domicile, intimait comme un général l’ordre de la résistance “jusqu’au bout”. Strict envers lui-même, économe et frugal comme ses paroissiens, voué secondairement à la même tâche agricole, son exemple agissait à la façon d’un deuxième prône, faisant oublier les rigueurs et l’outrance du premier. Et cet exemple pouvait symboliser l’accord de deux grandes vérités: le royaume du chrétien n’est pas de ce monde; mais il se prépare en ce monde, et sa préparation exige communément le bien-être matériel promis par surcroît dans l’Evangile. Par mode de suggestion et d’entraînement, sinon par une réelle efficience, le pasteur des âmes savait promouvoir le bien temporel de sa communauté. Même au sein des familles, nulle mesure économique importante n’était prise sans son avis préalable. De ces énergies éparses, il travailla, il réussit à faire un solide faisceau national que ne put rompre la cruelle épreuve de 1760. Car on a beau distinguer dans ce domaine, le bien social d’un peuple — abstraction faite de sa politique étrangère — se confond pratiquement avec ses intérêts nationaux. Il n’y a qu’à laisser parler l’histoire, du reste.

LA PAROISSE, GARDIENNE DE VIE SOCL4LE

Que restait-il, un an après la conquête, de l’ancienne organisation publique de la Colonie ? Notre système gouvernemental était aboli, nos tribunaux ne fonctionnaient plus, nos régiments étaient décimés, notre noblesse était en fuite. Mais vive Dieu, la paroisse tenait ! Les “cœurs d’or” se reprirent à vivre, à la vue des “clochers d’argent !” Et quand par la suite, l’Anglais voulut joindre à la conquête matérielle du pays l’asservissement et la conquête morale, il rencontra sur son chemin la paroisse. La paroisse a tenu “jusqu’au bout”.

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