Cf. Dionxe, ouvrage cité, p. 21. EE
2. ‘Nous ne voulons rien des Anglais, nous ne voulons imiter personne ”, avait-on dit à Mirabeau, lorsque celui-ci avait soumis à la commission de l’Assemblée nationale chargée de formuler un règlement la traduction de l’ouvrage de Bentham sur la procédure du parlement britannique. (Cf. REYNAERT, Hist. de la discipline parlementaire, t. 11, p. 1.)
devra se former à l’image du vocabulaire anglais existant et en marge même du vocabulaire français à peine naissant ! ; dans nos palais législatifs, on affectera en conséquence un langage aussi voisin que possible de la langue du palais de Westminster ; des expressions hybrides, et aussi des mots et des locutions allogènes, s’imposeront : notre vocabulaire se trouvera asservi en quelque sorte au jargon des parlementaires de Londres et il deviendra ce que l’on pourrait appeler un succédané du vocabulaire anglais.
Donc, notre langage parlementaire se formera et se développera par l'intermédiaire de traducteurs. Et quels traducteurs ! Madame de Sévigné comparait ceux de son temps à des domestiques qu’on envoie en commission et qui oublient, en chemin, le message qu'on leur a confié ; qu’aurait-elle dit de nos traducteurs de 17 93 !
Pour faire une traduction, il faut au moins quelque intelligence de la matière dont il s’agit, ainsi que de la langue originale et de la langue nouvelle. Or, si vous parcourez seulement le Journal de nos premières assemblées, vous vous convaincrez bien vite que leurs officiers, ceux-là mêmes qui, à raison de leurs fonctions, devaient contribuer le plus directement à la formation du vocabulaire de nos chambres, avaient des notions assez restreintes de la procédure parlementaire, ne savaient guère écrire l'anglais et ignoraient à peu près tout de la langue française.
Il serait fastidieux de m’attarder à vous démontrer que les gretfiers de nos premières assemblées connaissaient peu les rites par ementaires et la grammaire anglaise. Qu'il me suffise de vous fa re voir comme ces fonctionnaires savaient peu notre langue.
Ouvrons le Journal de l’Assemblée du 7 janvier 17932: nous y trouverons une communication que le greffier vient d’adresser dans
les deux langues à l’orateur. Lisons le texte français de cette communication.
‘“ Monsieur l’Orateur,
“ L'augmentation des affaires de cette Chambre requérant un Clerc assistant et des Écrivains.
“ J'ai l'honneur par votre canal, Monsieur l’Orateur, de proposer Monsieur William Lindsay junior, pour être mon Clerc assis-
1. En 1793, le langage parlementaire français était encore en formation. D'ailleurs, les comptes rendus des délibérations des assemblées françaises ne parvenaient à Québec que par l'intermédiaire des journaux de Londres, c’est-à-dire en anglais.
2. Journal de la Chambre d’ Assemblée du Bas-Canada, 1792-1793, p. 69.
tant, qui est maintenant à la porte, attendant la décision de cette Honorable maison sur cette proposition.
“ (Signé) S. Phillips CIk.
“ Québec, 7me. Janvier 1793.”
Et voilà pour le greffier de l’Assemblée.
Quant au greffier du Conseil législatif, son cas est encore plus clair. Voici, par exemple, un mémoire qu'il adressait à l’Assemblée le 11 avril 1793: :
“ Le mémoire et la représentation de William Smith, Le Jeune, ‘“ Represente humblement,
“Que votre mémorialiste entend que votre Honorable Chambre a commencé les délibérés concernant le support de l’heureuse Constitution actuelle de cette Province, autant qu'il concerne les provisions pour les Officiers nécessaires qui y appartiennent.
‘ Que comme un d’eux, il présume qu'il sera attendu de sa part de soumettre la considération de l’allouance convenable pour l’Office de Greffier du Conseil Législatif.
‘* Sur laquelle occasion, il espère de pouvoir se confier jusqu’au point, dans la sagesse et la libéralité de l’Assemblée, que de n’être pas dans la nécessité de suggérer aucune chose de plus, que seulement que la place qu'il soutient est celle qui est en Angleterre le premier de tous les Greffes du Parlement, place d’une haute confiance.
“ L’honorable Chambre sait que l’extra des affaires internes de cette branche de la Législature de la Province qu’il sert, tombe sur son département d’avoir le soin des Actes, et de transmettre à la souveraineté royale, non seulement les Journaux, mais les Loix statuées et les duplicata des deux, et autant de copies que les circonstances peuvent les trouver nécessaires, et le Gouvernement les requérir.
‘“ La Chambre voudra bien être informée que les Journaux seulement montent à plusieurs pages dans demi-royal folio desquels le Gouvernement a régulièrement chaque jour des copies, conformément à l’usage du Parlement.
“ Pour la facilité de la Chambre ila nommé Mr. Cugnet et Mr. de Lery, Le Jeune, pour aider comme traducteurs et présents aux comités. Il sera sous la nécessité de nommer un autre sous-Greffier pour les semblables services dans la langue anglaise, avant que