Traduction de : Mr. X mores
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épuré. La langue de notre règlement évite ces assemblages de propositions enchevêtrées si particuliers à l'anglais ; elle s’exprime en phrases brèves, en formules nettes : elle semble prendre plaisir à faire oublier qu’elle est une langue de traduction. De même, les Procès-Verbaux et les Journaux de l’Assemblée ont, eux aussi, pris une allure presque française : et, si des anglicismes réussissent à s’y glisser, c'est presque toujours à la faveur des textes qu’on doit y reproduire,
Cette œuvre d'épuration, il va sans dire, ne s’est pas accomplie en un jour. Et on s'explique qu'il en ait été ainsi. Les locutions vicieuses, les anglicismes surtout, sont tenaces, difficiles à extirper comme des mauvaises herbes. D’autre part, ceux à qui il appartenait de les déraciner, les fonctionnaires des chambres, étaient routiniers par état et mettaient une sorte de coquetterie à le rester ; ils avaient le goût du cliché et le culte du style ne varietur ; condamnés à être assis durant bonne conduite, ils voulaient les formes et les mots inamovibles comme eux ; bref, ils eussent considéré la moindre innovation comme un crime d’État et comme une injure à la mémoire de leurs devanciers. Et c’est ainsi que, par exemple, on s’est obstiné pendant près d’un siècle à mettre dans la bouche de l’orateur élu ce boniment : ‘“ Qu'il plaise à Votre Honneur, l’Assemblée législative m'a élu comme son Orateur, bien qne je ne sois ‘que peu capable de remplir les devoirs importants qui me sont assignés. Si, dens l'exécution de ces devoirs, il m'arrive en aucun temps de tomber en erreur, je demande que la faute me soit imputé et non à l’Assemblée législative dont je suis le serviteur, et qui pa mon ministère, réclame pour être en état de mieux remplir son devoir envers son Souverain et son pays, tous ses droits et privilèges incontestables, spécialement ceux de la liberté de la parole dans ses débats, le libre accès à la personne de Votre Honneur en tout temps convenable, et, de la part de Votre Honneur, l'interprétation la plus favorable de ses délibérations :.” Et c’est ainsi que, après cent ans d'exercices calligraphiques, la chancellerie s’adressait encore aux “ Citoyens et Bourgeois élus pour servir dans l’Assemblée législative ?”, sommait celle-ci de se réunir pour ‘“ conférer et traiter avec
1. Journaux du Conseil législatif, 1909, p. 6. «+ 2. Cf. Journaux du Conseil législatif, 1909, P. V.—31 y a longtemps que nos lois désignent les circonscriptions électorales sous le nom de districts électoraux, et leurs représentants sous le nom de députés.
les grands hommes et le Conseil législatif : *”, et convoquait les membres des deux chambres à Québec “ pour la dépêche des affaires, et y traiter, faire, agir et conclure sur les matières qui, par la faveur de Dieu, en notre législature de Québec, pourront, par le Conseil Commun de notre dite province, être ordonnées ? ”.
Si notre langage parlementaire s’est amélioré, ce n’est pas à dire qu'on ait cessé de lui trouver des défauts. Mais il ne faut pas s'en émouvoir : il Y a, paraît-il, des hypercritiques sous tous les cieux ; ils sont les malades imaginaires du bon parler ; comme on dirait à la Faculté, ils font du purisme. Les nôtres ont la manie de ne voir aue néologismes, archaïsmes ou anglicismes, et ils se sont institués, de leur propre autorité,
Surintendants des orthographes, Raffineurs de locutions, Entrepreneurs de versions,
suivant l'expression de Ménage, dans sa Requête des dictionnaires.
D'après ces messieurs, il faudrait, par exemple, donner le nom de président aux orateurs de nos assemblées, parce que, en France, celui qui préside le .énat ou la Chambre des députés s'appelle président. Muis est-ce bien là une raison pour traduire speaker par président ? Parce que la baguette dont on se sert pour mesurer les étoffes s'appelle yard en Angleterre et mêtre en France, faudra-t-il donc traduire yard par mêtre? En France, le premier officier de la chambre des députés s'appelle président parce que sa fonction principale est justement de présider. En Angleterre, on lui donne le nom de speaker parce qu'il est surtout le porte-parole de l'assemblée : comme disent les commentateurs du droit parlementaire anglais, il
1. Cf.les mêmes Journaux, p. VII. — En Angleterre, on se sert de la formule Prelates, Great Men, and Peers of the Realm pour désigner les membres de la Chambre haute, De là notre expression grands hommes. Puisqu'on tenait à cette expression, il fallait dire : [es grands hommes du Conseil législatif, et non les grands hommes et
Ci. les mêmes Journaux, p. XIV.— En Angleterre, l'assemblée nationale ment, et c'est pourquoi, dans les lettres de convocation, on emploie encore l'expression Common Council au lieu de Parliament, Mais il est ridicule de se servir des expressions Législature et Conseil Commun, comme s’il s'agissait de choses distinctes.
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