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LA PLAIE DES PETITS TRAITANTS ÉTRANGERS S'ÉTEND TOUJOURS

Nous avons montré dans notre livre V Avenir du Congo belge menacé qu'en 1913, il y avait dans le Haut-Congo, d'après les documents officiels, 19 sociétés commerciales, dont 14 de nationalité belge, possédant 383 comptoirs, dont 226 situés en dehors des postes de l'État. Il y avait aussi 162 traitants, parmi lesquels nous relevons seulement quinze noms pouvant être de nationalité Belge, possédant 237 comptoirs, dont 48 e« dehors des postes de l'État.

Nous attirions l'attention du gouvernement colonial sur les dangers de l'emprise de plus en plus grande que prenait le petit commerce, composé d'éléments pour la plupart étrangers, au détriment des populations indigènes et du grand commerce, ce dernier presque exclusivement composé de sociétés belges.

Voyons ce que cette situation est devenue quatre ans après cette époque, c'est-à-dire au 30 juin 1917.

Au 30 juin 1917, d'après le livre publié sous les auspices du ministère des Colonies, par M. Geerinckx, attaché à ce département, il y avait, répartis dans tout le territoire du Congo, 671 trai-

tants dont la composition était la suivante au point de vue de la nationalité :

79 Belges, 143 Portugais,

21 Sénégalais, 7 Français, 5 Béloutche,

35 Anglais,

41 Hindous,

1 Transvaalien,

2 Persans,

5 Congolais, 89 Grecs,

3 Côte-d'Or, 1 Loanga,

1 Angolais, 17 Italiens,

6 Sierra-Léonais, 1 Polonais,

28 Russes,

5 iVméricains, 3 Espagnols,

3 Suisses,

6 île de Rhodes,

4 Rliodésiens,

1 Gabon français, 1 Russo-Italien, 3 Sud- Africains, 6 Mascate.

L'examen de cette liste démontre qu'il n'y a que 79 Belges sur 671, soit, à peu de chose près, 1/10 du nombre total des petits traitants.

Les 130 noms pour lesquels on ne donne aucune indication sur la nationalité sont, en général, de telle nature qu'il n'y a pas le moindre doute qu'aucun Belge ne se trouve parmi eux. Ils sont, à de très rares exceptions, de désinence portugaise ou autres absolument étrangères.

Citons par exemple parmi ces noms exotiques : Aniate, Arburein Gaie, Abdul Kane, Abkabiaka, Americo, Ahmed bin Salim, etc..

Roumains, Chinois, Lagos, Hollandais,

1 Suisse,

1 Syrien,

2 Ai'abes, 1 Africain, 1 Bulgare,

1 Zanzibarite, 1 Nyassaland, 130 sans désionation de nationalité

Du reste, si des Belges s'étaient trouvés parmi ces 130 personnes, le ministère n'en aurait pas ignoré la nationalité et ils auraient figuré comme tels dans la statistique donnée par M. Geerinckx.

De ces 671 traitants 232 sont établis dans le Katanga. H en reste donc 439 qui travaillent dans les autres districts (dont 50 Belges). H convient de diviser ces 439 traitants en deux catégories : 1° ceux qui n'ont qu'un comptoir et que nous avons dénommés « petits traitants »; 2° ceux qui ont plusieurs comptoirs répartis dans les différents districts.

317 n'ont qu'un seul comptoir et 122 en ont plusieurs.

Les 317 qui n'ont qu'un seul comptoir se répartissent comme suit par district :

District du Bas-Congo 56

» du Moyen-Congo 23

» du Kwango 45

» du Kasaï 13

» du S?Jikiiru 11

» de l'Equateur 8

» du Lac Léopold il 3

» du Lulonga —

» du Bangala 14

» de rUbangi 4

» du Haut-Uelé 23

« du Bas-Uelé 22

» ■ de l'Ai'uwini 12

» de Stanleyville 12

)) du Lowa 16

» du Maniema 15

« de rituri 28

» du Kivu 12

Quant aux firmes ou aux particuliers qui ont plusieurs comptoirs, ils sont au nombre de 122, dont 29 ont 4 comptoirs au moins.

D'après le même livre, il y avait à cette date dans le Congo, à V exception du Katanga :

COMPTOIRS Bas- et Moyen- Haut- Congo. Congo.

29 sociétés commerciales (dont 24 belges et 5 étrangères) possédant dans le Haut- Congo 327

4 firmes ou particuliers belges ayant respec-

tivement 4, 5, 8 et 5 comptoirs tant dans

le Haut-Cono-o que clans le Bas-Congo . . 1 21

1 firme belge ayant 7 comptoirs dans le Bas

et Moyen-Congo 7

32 firmes ou particuliers belges ayant moins

de 4 comptoirs dans le Haut-Congo et

accessoirement dans le Bas-Congo 1 49

13 firmes ou particuliers belges n'ayant qu'un

comptoir et exclusivement établis dans

le Bas et le Moyen-Congo, en tout 13 —

22 397 En revanche, on trouve :

5 commerçants importants (1), tous de natio-

nalité étrangère, ayant un nombre de comptoii's respectifs de 15, 14, 15, 10 et 11, tant dans le Haut-Congo que dans le Bas et le Moyen-Congo, ensemble ... 13 52

20 traitants, tous étrangers, ayant de 4 à 7 comptoirs dans le Haut-Congo et accessoirement dans le Bas et le Meyen-Congo, en tout 11 87

4 traitants, tous étrangers, ayant de 4 à 7 comptoirs dans le Bas et le Moyen-Congo, en tout 20 —

62 traitants, tous étrangers, ayant 2 ou 3 comptoirs dans le Haut-Congo et accessoirement dans le Bas et le Moyen-Congo, en tout 8 1-28

18 traitants, tous étrangers, ayant 2 ou 3 comptoii's dans le Bas et le Moyen- Congo, en tout 39 —

219 petits traitants étrangers n'ayant chacun qu'un seul comptoir, exclusivement établis dans le Haut-Congo — 219

66 petits traitants étrangers n'ayant chacun qu'un seul comptoir, exclusivement établis dans le Bas et le Moyen-Congo 66 —

(1) Parmi ces cinq firmes étrangères, toutes portugaises, il y en a deux : la première, dénommée Gomes Vianna et Silva, possédant quatorze comptoirs,

Telle est la nomenclature officielle des éléments commerciaux qui exploitaient, en 1917, la plus grande superficie de notre colonie, sans aucun contrôle, sans aucune réglementation. Le gouvernement colonial les a laissé écumer jusqu'à présent tous les produits spontanés, sans exiger d'eux aucune compensation pour les bénéfices qu'ils réalisent, aucune obligation pour eux de développer d'autres richesses.

On voit par cette comparaison combien le grand commerce belge actif — qui lui, est tout disposé à aider le Gouvernement dans sa mission civilisatrice — a été devancé pendant cette période de quatre ans.

En effet, pendant ce laps de temps, on constate que dans le Haut-Congo seulement il y avait en 1917, 29 sociétés commerciales au lieu de 19 en 1913, soit en plus 10 sociétés nouvelles, dont 9 belges, ces dernières à petits capitaux.

Il y avait 36 particuliers belges qui se sont installés dans le Haut-Congo pour leur compte, au Lieu de 15 en 1913, soit 21 de plus en 1917.

En revanche, il y avait, en 1917, dans les mêmes régions, 306 traitants étrangers au lieu de 148 en 1913, possédant 486 comptoirs au Heu de 237 en 1913.

L'ensemble des comptoirs des sociétés commerciales et des commerçants belges étabhs dans le Haut-Congo est de 397, tandis que le total des comptoirs des traitants étrangers situés dans les mêmes parages est de 486.

En 1913, il y avait 226 comptoirs des sociétés commerciales étabhs dans le Haut-Congo en dehors des centres de l'État, alors qu'en 1917 il n'y en avait plus que 171, soit 55 factoreries en moins. En revanche, en 1913 les petits traitants possédaient 48 factoreries situées dans le Haut-Congo, en dehors des postes de l'État, et en 1917 ils en avaient 192, soit 145 factoreries en plus.

La pénétration commerciale dans la plus grande partie de notre colonie se trouvait donc, en 1917, entre les mains du petit com-

la seconde, Ribeii-a et Azevedo, possédant dix comptoirs, que nous avons classées dans l'annexe de notre li\Te comme étant des petits traitants.

C'est là une erreiu" que nous tenons à réparer. Elle est due à ce que les moyens de contrôle nous manquaient à cette époque.

nierce, et le grand commerce devait se retii-er devant les agissements de ces mercantis.

Pour un nombre de 21 Belges nouveaux établis au Congo central et dont plusieurs auront sans doute déjà dû fermer à l'heure actuelle leurs comptoirs (1), on compte 158 nouveaux traitants étrangers.

Pourquoi cette différence? Parce que jamais, nous le répétons, les Belges habitués chez eux à une nourriture abondante et à un certain confort, ne pourront rivaliser avec ces étrangers, Portugais, Grecs, Hindous, Itahens et d'autres spécimens des peuples exotiques qui vivent sans confort et presque sans besoins. Le nombre de Beiges s' établissant pour leur compte ne sera jamais comparable à celui de ces étrangers, si l'on ne réglemente pas le commerce de ces trafiquants, qui se jettent sur notre colonie et la gâchent aussi bien moralement que matériellement.

Le gouvernement colonial aura beau fah-e appel de toutes ses forces, aux capitaux belges pour qu'ils se risquent dans les affaires coloniales, ils ne bougeront pas ou peu, tant qu'ils n'auront pas la certitude qu'ils sont protégés comme ils doivent l'être, sans favoritisme particulier, mais de manière que la lutte soit faite à armes égales. Ce qui n'est pas le cas.

11 est certain que la situation adueïle du commerce dans le Haut-Congo est, aujourd'hui 1920, bien plus mauvaise encore qu'en 1917, puisque les petits traitants étrangers n'ont fait qu'affluer et que le premier gouvernement colonial, sous prétexte de maintenir le principe de la Kberté commerciale absolue, mais en réalité pour augmenter le taux de l'impôt de capitation, les favorisait toujours davantage.

Les Belges n'ignorent pas, le gouvernement colonial peut en être assuré,, que près de 45 miUions de leurs capitaux sont déjà compromis par la Hcence commerciale qu'il a tolérée voloniairemenl dans la colonie et que s'ils ne sont pas encore pour la plupart engloutis, c'est grâce aux prix actuels de vente très élevés des

(1) Il serait intéressant de demander au Gouvernement colonial de dresser une statistique montrant combien de Belges, agents de sociétés ou de l'État, se sont établis pour leur compte et combien de temps a duré leur commerce.

oléagineux et cette situation ne peut durer que pendant quelques années seulement.

Les Belges n'ignorent pas non plus que plusieurs millions de francs ont été exposés par eux dans les cultures d'arbres à caoutchouc, cacaoyers, etc., et que le gouvernement colonial ne les a protégés d'aucune manière, ni par l'organisation du travail et de la main-d'œuvre indigène, ni par des travaux pubKcs que nécessite dans certaines régions, la préservation des effets d'une saison sèche trop prolongée.

Le chapitre VI de notre ouvrage V Avenir du Congo belge menacé traite de la politique économique qui est la plus importante de toutes les questions coloniales.

Nous y avons montré à suffisance combien le grand commerce, bien conduii et lien dirigé par le gouvernement, dans les contrées du Congo oii n'existe pas encore d'autorité, peut aider ce dernier dans le développement économique du pays en même temps qu'accélérer l'émancipation des populations africaines.

En revanche, nous avons aussi démontré quelle était l'influence mauvaise des petits traitants non indigènes établis dans ces mêmes parages, dont les agissements vont à l'encontre des intérêts bien compris des mêmes populations.

Nous avons donc demandé au gouvernement colonial, dans rintêrêt général de notre colonie, de s'appuyer sur le grand commerce pour cet objectif et de restreindre l'activité du petit commerce uniquement aux centres où résident les autorités européennes.

Nous espérons que le voyage que le nouveau ministre va entreprendre au Congo, l'amènera à examiner cette importante question.

Dans tous les pays civilisés il y a des restrictions à la liberté commerciale, pom'quoi n'y en aurait-il pas au Congo?

Il est vrai qu'il y a dans la question qui nous occupe des intérêts belges opposés.

Pour le prouver, disons que dans notre livre, en exposant la situation économique de notre colonie, nous avons dit que toutes les grandes sociétés commerciales devaient au besoin s'entendre, dans leur propre intérêt et dans l'intérêt général des populations congolaises, qui est aussi le leur. Nous avons même dit que celles

d'entre ces sociétés qui seraient lésées momentanément par le changement de régime qu'il y a lieu de réclamer du Gouvernement, seraient aidées par les autres.

Nous avons rallié à notre manière de voir la plupart des grandes sociétés coloniales dont les comptoirs font le commerce àiredement avec les indigènes, c'est-à-dire, comme nous les dénommons dans notre livre, les sociétés actives; en revanche, les autres sociétés, celles que nous appelons passives ont observé le silence.

Est-ce un refus ou bien attendent-elles que le gouvernement prenne une décision, ne voulant pas se mettre en avant puisqu'elles sont les fournisseurs attitrés des petits traitants non indigènes et qu'elles gagnent de l'argent par ce commerce?

Ces deux gTOupes de sociétés, les actives et les passives, ont des intérêts diamétralement opposés, ce qui peut influencer le gouvernement colonial, car il y a des organismes belges des deux côtés.

Citons trois sociétés de chaque groupe :

Dans le premier, celui des sociétés actives : la Société anonyme belge pour le Commerce du Haut-Congo, la Compagnie du Kasaï, la Belgika.

Dans le second, celui des sociétés passives : la Sedcc, \v. Comfina, les Exportateurs belges (la première de celles-ci est une société anonyme anglaise, la filiale de la firme Lever, et la plus importante de toutes).

Chacun de ces deux groupes n'a en vue évidemment que la défense de ses intérêts. Cest humain et logique.

Mais il y a cependant une différence excessivement sensible entre la manière de voir de leurs dirigeants en Europe.

Le premier groupe envisage non seulement ses propres intérêts, mais aussi l'intérêt général de la colonie, parce qu'il a une vision plus nette de l'avenir et qu'il prévoit qu'il n'aura lui-même qu'à y gagner. Le second, tout en étant aussi ardent que Tautre à défendre ses intérêts, ne voit que le plus grand gain possible et immédiat à obtenir, sans se soucier du reste.

Nous nous sommes fait le défenseur du premier de ces groupes, e'est-à-dire du grand commerce actif. Nous avons montré en long H en large, dans notre livre, conmient et pourquoi il était plus favorable aux populations indigènes, à l'industrie belge, au Cong»

tout entier ainsi qu'à la Belgique, que ne peut l'être le commerce fait par les petits traitants non indigènes, soutenu celui-là par le second groupe.

Aucune controverse sur cette question importante, capitale même, ne s'est produite jusqu'ici. Nous l'attendons toujours.

Pourquoi le deuxième groupe, celui qui protège, dans un intérêt immédiat, les petits traitants non indigènes, ne présente-t-il pas au public, la défense de sa thèse en faveur des petits traitants et les avantages qu'elle présente au point de vue belge?

Cherchera-t-il à montrer au gouvernement colonial le tort, prétendument considérable, que causerait notre système à la petite bourgeoisie belge, aux agents belges des sociétés ou de l'État qui auraient l'intention de s'établir pour leur compte au Congo, c'est-à-dire chez eux et qui ne pourraient plus le faire par suite des mesures restrictives que nous demandons?

Mais le tableau qui précède montre à l'évidence le nombre excessivement restreint des petits commerçants belges qui se sont étabhs jusqu'à présent dans le Haut-Congo.

Quelques amis coloniaux nous ont rapporté, en effet, que c'est là, la difficulté, que ce que nous demandons, comme mesure à prendre pour se garer des petits traitants étrangers, était trop radical et atteignait aussi les Belges.

Mais, dans notre livre, nous avons simplement donné un avis, cité des exemples. Nous nous sommes borné à montrer le danger réel qui existait déjà alors et à indiquer quelques remèdes au mal.

C'est au gouvernement colonial, qui connaît bien la situation, d'aviser, de trouver des restrictions, des formules juridiques mettant notre colonie à l'abri du chancre étranger qui la ronge de plus en plus. Ne cherche-t-on pas à remédier aux abus de la liberté commerciale dams tous les pays civilisés?

Mais prétendre que nous demandons que notre Congo soit fermé aux Belges, c'est tout simplement de la démence.

Nous avons écrit :

« En laissant les choses en l'état actuel et les événements se » dérouler suivant les prévisions que nous venons d'exposer, ou )) d'autres tout aussi funestes, le Gouvernement n'aurait qu'une

)) seule excuse — il faut tout prévoir dans les conceptions de nos » autorités gouvernementales — c'est qu'il caresserait l'espoir de » voir un jour la petite épargne belge s'intéresser aux affaires » coloniales et les petits traitants actuellement de nationalités » diverses être remplacés par des petits traitants belges.

» Dans ce cas, il aurait raison de favoriser le petit commerce, mais » nous ne pouvons croire que le Gouvernement puisse se faire » semblable illusion.

» Ce serait méconnaître le caractère, l'esprit pratique de nos » compatriotes et nier le bien-être — tout relatif qu'il soit — dont » tous les Belges jouissent dans leur beau, riche et industrieux » pays.

» Jamais, du moins dans ce siècle-ci et tant que l'agriculture » n'aura pas rendu notre colonie plus salubre, la petite bourgeoisie » belge, ayant quelques évonomies, n'ira les risquer au Congo, en » s'astreignant à une vie telle que celle que mènent en Afrique » les petits traitants portugais, espagnols, hindous, grecs, arabes, » etc., tous nés sous le climat des pays chauds et habitués à une » existence si opposée à la nôtre. Quelques Belges déjà acclimatés, » anciens agents des grandes sociétés coloniales, le feront peut-être, » comme le cas se présente d'ailleurs, mais ce sera l'exception, et » tout intéressants qu'ils soient, ils ne peuvent porter entrave à » l'essor commercial de notre colonie. Ceux d'entre eux qui sont » déjà installés pour leur compte, trouveront d'ailleurs toujours, » dans les grandes sociétés coloniales, s'ils sont honnêtes et actifs, » un emploi selon leurs capacités et leur mérite.

» Le Gouvernement colonial comprendi'a que s'il n'a pas le vain » espoii' dont nous parlons ci-dessous, ni les motifs intéressés que » nous lui reprochons dans l'apphcation de l'impôt indigène, il » doit exphquer au pubHc belge, aux actionnaires des grandes » affaires coloniales, les raisons pour lesquelles il favorise arbi- » trairement les petits traitants indigènes de nationahtés étran- » gères, au détriment du grand commerce. Ce dernier seul — s'il » est bien dirigé — peut travailler intelligemment et avec succès au » développement économique du Congo belge. »

Puisque le petit commerce belge s'est développé quelque peu depuis 1913, tâchons de trouver un moyen de favoriser spécialement les Belges et voyons si l'on pourrait proposer au Gouvernement un projet de décret avec les éléments qui suivent :

DÉCRET PRIS EN VUE DE SAUVEGARDER LES INTÉRÊTS DES POPULATIONS CONGOLAISES

« Tout non indigène ne peut se livrer au commerce d'exportation des produits domaniaux m dehors des centres et postes occupés par les autorités de l'État, sans une autorisation spéciale du Gouvernement de la colonie.

)) Pour se livrer à ce commerce, il faut pouvoir justifier de ressources suffisantes, d'un avoir d'au moins 150,000 francs (1) ou d'un répondant de cette somme (soit une société coloniale, soit un particulier, responsables).

« Tout non indigène disposant de ce capital (ou leur répondant) et voulant se livrer à ce commerce, devra créer, dans les endroits qu'il choisira d'accord avec les autorités locales, au moins quatre comptoirs (2) pendant les deux années qui suivront l'obtention de l'autorisation susdite.

» Un an après leur établissement, ces factoreries devront présenter les conditions essentielles suivantes : » Un hectare destiné aux immeubles, qui seront construits en matériaux durs et se composer au moins d'une maison d'habitation, d'un magasin, d'une cuisine, d'un poulailler, de vingtcinq à trente huttes en matériaux du pays, d'un jardin potager, d'arbres fruitiers de toutes espèces.

« Un second hectare sera destiné à des essais de cultures de rapport (ce second hectare sera donné gratuitement par le Gouvernement, mais ne pourra être vendu sans son assentiment). » Le personnel noir, composé de vingt-cinq travailleurs au moins sans compter la domesticité, sera obhgatoire, )) Un espace de 500 mètres autour de chaque factorerie, devra ne contenir (en dehors des arbres) ni buissons, ni futaies servant de refuge à la tsé-tsé.

» Après la seconde année, tout non indigène se livrant au com-

(1) On peut réduire encore cette somme si le gouvernement le dtsire.

(2) Ou un nombre moindie encore.

» merce des produits exportables avec les indigènes sera tenu »■ de faire venir dvrectetnent d'Europe, les marchandises manu- » facturées destinées aux besoins de ces populations, afin de les » leur vendre aux meilleures conditions possibles et d'en ravi- » tailler tous ses comptoirs.

» Des instmdions gouvernementales seront remises à chacun de » ces commerçants, tant sur les cultures dont il est question plus haut, » que sur les rapports qu'ils doivent avoir avec les indigènes de leur » contrée. Ces instructions devront être suivies ponctuellement sous » peine de se voir retirer la licence d'installation en dehors des » centres européens. »

Les Belges seront-ils favorisés par ce décret? Nous croyons l'affirmer. Nous pensons, en effet, que maintes grandes sociétés coloniales seraient disposées à se porter garantes du capital exigé par le Gouvernement pour commercer des produits africains en dehors des centres de l'Etat, à tout Belge présentant une certaine surface et dont l'honnêteté et l'honorabilité seraient reconnues. C'est pourquoi nous avons tenu à introduire dans le projet de décret cette clause de garantie dont bien peu de petits traitants étrangers pourront se servir faute de trouver un représentant sérieux, qui veuille les couvrir.

Le libellé de ce décret pemiet en outre, à tous les commerçants belges et étrangers qui possèdent actuellement quatre comptoirs et davantage, de continuer à commercer avec les indigènes en dehors des postes de l'État si, bien entendu, ils établissent leurs factoreries dans les conditions exigées par le Gouvernement. Mais tous les petits trafiquants ayant un seul comptoii', et c'est la majorité, devront se retirer dans les centres européens.

Ainsi on mettrait fin à cette ruée de petits traitants, étrangers pour la plupart, qui s'emparent de plus en plus du commerce de notre colonie, sans profit pour ses populations ni pour la Belgique.

M. Franck a bien voulu nous répondre la lettre ci-dessous :

Bruxelles, le 19 janvier 1920.

« Cher Monsieur,

» Je vous remercie de ra'avoir communiqué votre note, qui » accompagnait votre lettre du 15 courant.

» Je ne manquerai pas de la lire avec attention et d'en faire }) fruit au cours de mon voyage.

» En vous remerciant pour les vœux que vous avez bien voulu » former pour mon voyage et ma santé, je vous présente, cher » Monsieur Delcommune, mes salutations dévouées. »

(S.) Louis Franck.

Entre le départ et le retour du J\Iinistre, nous nous étions rendus nous-mêmes au Congo, afin de nous rendre compte de visu de la situation actuelle et des modifications qui avaient été apportées depuis la reprise.

Disons tout de suite, que les résultais de ce voyage nous ont montré le bien-fondé des critiques que nous adressons à la politique du Gouvernement colonial dans noire livre l'Avenir du Congo belge menacé.

Elles restent entièrement debout sans exception et les conseils que nous nous sommes permis de lui donner dans le même ouvrage doivent être maintenus si Von veut voir prospérer notre colonie d'une façon certaine.

Kendons brièvement compte de ce voyage :

Parti d'Anvers le 17 avril, nous sommes arrivé à l'emboucliure du Congo le 4 mai, après escales à Ténériffe et à Dakar.

Xous y attendons le pilote et une équipe de noirs qui doivent décharger et charger le vapeur à ]\Iatadi.

L'aspect du bas fleuve est resté toujours le même, aussi peu occupé que jadis.

Nous couchons en dessous de la Roche-Fétiche et arrivons le lendemain à Boma.

Borna, capitale de notre colonie, a plus bel aspect qu'il y a onze ans, lors de notre dernier voyage. Les arbres ont grandi, il y a plus de verdure qui ombrage les habitations européennes.

Ces dernières sont en plus gi-and nombre qu'alors, en ce qui concerne tout au moins les bâtiments de l'État, car les maisons privées n'ont guère augmenté. En dehors des manifestations militaires égayées par le son du clairon, qui se produisent de temps à autre soit conmie exercice, soit en l'honneur de quelque gros galonné qui arrive ou qui s'en va, l'activité de Borna est presque nulle.

Nous allons rendre nos hommages au Gouverneur général, le général Henri, qui nous reçoit ainsi que M™® Henri, de façon véritablement charmante.

Le Gouverneur nous apprend qu'il attend le ministre des Colonies vers le 10 ou 12 juillet prochain et qu'il compte rentrer en Europe avec lui, par le bateau quittant le Congo le 25 juillet.

Nous avons retenu de cette conversation amicale la satisfaction montrée par ce haut fonctionnaire en nous apprenant que les palmistes s'achetaient à présent à raison de 1 fr. 60 le kilo dans le Mayumbe. « Les noirs ont ainsi plus d'argent, nous dit le Gouverneur général, et c'est un bien. »

Cette joie symptomatique nous fit sourire.

Le Gouverneur général voulut bien nous prêter son auto pour fah'e le tour de Borna.

Le surlendemain nous arrivons à Matadi où nous sommes admirablement bien reçu par le très distingué et très affable directeur de la Compagnie du Chemin de fer du Congo, M. Paul Cerckel.

Matadi s'est améhoré également et quoique ce point soit toujours l'étuve que nous avons connue, il prend de plus en plus d'extension. Nous allons rendre visite en auto à la mission de Kikanda où nous admirons l'hôpital de la Compagnie du Chemin de fer. Cet hôpital est un vrai modèle du genre et est dirigé par des sœurs.

Le surlendemain nous quittons Matadi par train spécial, en compagnie de M, Cerckel, directeur de la Compagnie du Chemin de fer, M. Hinck, administrateur-dh-ecteur de la Société Citas, et M. Delhaye, directeur de la S. A. B. Charmant voyage à tous les points de vue. Le soir nous arrivons et couchons à Thysville, riante locaUté, où presque tous les bâtiments, situés à une assez grande distance les uns des autres, appartiennent à la Compagnie du Chemin de fer. Les cocotiers, les palmiers, considérablement grandis depuis notre dernier passage, font un décor charmant à

toutes ces maisonnettes blanches qui s'alignent le long de larges et belles avenues.

Le lendemain nous atteignons Kinshasa.

La voie que nous venons de prendre est toujours très bien entretenue. De-ci de-là, on voit d'énormes tas de bois à brûler destinés à la consommation des locomotives, car le charbon coûte très cher, et le Gouvernement belge fait des manières pour accorder à la Compagnie le combustible qui lui est nécessaire.

Kinshasa est devenu un centre important. On y compte 80 firmes commerciales. Des maisons de tous genres et de tous styles, souvent johes, se sont érigées autour de la gare, dans le port, le long du fleuve et dans l'intérieur. Cette ville naissante possède une grande activité; malheureusement sa voirie est détestable; tantôt c'est la poussière qui aveugle, tantôt c'est le « poto poto « qui éclabousse, suivant qu'il fait beau ou qu'il pleut.

Nous logeons au grand hôtel de l'A. B. C. en face des deux constructions vraiment belles de la Banque du Congo belge.

Le lendemain de notre arrivée, nous allons rendre nos hommages au Vice-Gouverneur général, M. Bureau, qui avec son amabihté habituelle, nous retient à déjeuner. Après un confortable repas, nous reprenons le train pour Kinshasa.

L'activité de Léopoldville est presque nulle.

Le port de Kinshasa s'étend de N'Dolo à Kalina Pointe sur une distance de plus de 5 Idlomètres. D'énormes monceaux de produits africains, principalement des palmistes, s'élèvent près ou dans le préau de toutes les firmes de transport ou de consignation qui érigent leurs magasins le long de la berge du fleuve. Une nuée de travailleurs déchargent les bateaux et chargent les wagons.

Les allées et venues des Européens à Kinshasa se font en poussepousse, à bicyclette, en voiture ou en auto.

Nous allons en pousse-pousse visiter le village indigène ou plutôt le village des travailleurs de Kin qui est très étendu et très bien construit. On nous affirme que ce village contient de 12 à 15,000 individus, hommes et femmes.

Après un séjour de quatre jours à Kinshasa, pendant lequel nous aUons rendre visite aux eutorités et à la mission de Brazzaville, nous nous embarquons le 20 mai sur le Président Urban,

vapeur de 40 tonnes appartenant à la S. A. B. et qui était descendu spécialement de Bussira (Equatewr) pour nous prendre à son bord. Il est toujours plus commode et plus facile de voyager sur un vapeur, oii on est le maître, que sur tout autre. D'abord, ce vapem- très confortablement installé, étant à notre entière disposition, pouvait faire escale où nous voulions et nous n'avions pas d'autres passagers à bord, ce qui constitue un avantage incontestable.

Le premier jour nous conduit en dehors du Pool dans le chenal où nous campons.

Trois jours après notre départ nous arrivons à Kwamouth, port situé à l'embouchure du Kasaï, où nons nous arrêtons. A part un poste télégraphique et une maison de commerce (American Congo), ce poste est toujours ce qu'il était auparavant.

Puis le lendemain Tshumbiri et Bolobo, qui n'ont guère changé non plus.

Enfin nous arrivons aux approches de Coquilhat ville ou d'Equateurville.

Avant notre arrivée en ce point, nous nous sommes arrêté la nuit à Inganda, factorerie érigée il y a quelques années déjà par notre neveu, M. Emile Delcommune, malheureusem.ent décédé l'année dernière en pleine force et en pleine vigueur, au moment où il allait récolter le fruit de son labeur persévérant.

En l'absence de sa jeune et charmante veuve qui est rentrée en Europe, c'est son frère Régnier Delcommune qui diiige l'étabUssement. Celui-ci est très bien situé sur quelques hectai'es d'étendue et contient les bâtiments nécessaires, magasins, ateliers, bureaux, etc., etc. Une maison d'habitation extrêmement confortable et bien meublée. C'est certes un des plus beaux coins de factorerie que nous avons admiré en Afrique.

Le lendemain matin nous arrivons à Coquilhat viUe et après une visite à deux factoreries de la S. A. B., nous nous arrêtons au beach de l'État et nous allons faire visite aux autorités.

Nous sommes reçu de façon charmante par M. Engels, commissaire général faisant fonction de Vice-Gouverneur général, et vers midi, nous quittons le Congo pour entrer dans le Ruld.

Après trois jours de navigation et après nous être arrêté à la

mission de Bokumaj où nous nous foui-nissons de vivres, nous avivons à Bussira, siège de la direction de la S. A. B. Nous y restons trois jours et visitons les plantations d'heveas qui s'étendent sur 400 hectares de terre.

Ces plantations sont beMes, aussi belles qu'aux Indes, nous dit sur place, un inspecteur étranger, que nous y avons envoyé. MalheuiTusement la main-d'œuvre fait défaut, ou plutôt est tout à fait instable. En effet, recrute-t-on 100 ou 200 travailleurs et en met-on 50 ou 60 à la saignée des arbres, qu'au bout de quelques mois, lorsqu'ils sont au courant du saignage, ils dispai'aissent et retournent chez eux, sans avis, ni préa^âs quelconque. Il n'y a pas de contrat de travail. On commence à y penser au Gouvernement de Coquilhatville. Ce n'est pas malheur-eux.

Le lendemain de notre aiTivée à Bussira, tout le personnel noir, environ 300 hommes, se mettait en grève et réclamait des salaÙTs aussi élevés qu'à Kinshasa.

L'équipage avec lequel nous étions venu avait répandu la nouvelle de la grève des noù's de Kinshasa et l'exemple avait fait tache d'huile. L'ordre fut donné d'informer les gTévistes qu'ils ne seraient pas payés s'ils ne travaillaient pas. Le lendemain t-out le monde était à la besogne, maugi'éant, mais travaillant quand même. Nous laissons l'ordre d'augmenter, huit jours plus tard, la ration hebdomadaire.

■ A notre descente de Bussira, nous nous arrêtons au jardin d'essai d'Eala, oii nous sommes reçu par l'ingénieur agronome-directeur qui nous fait admirer les splendeurs de tous genres de ce magnifique jardin botanique, mais qui ne peut nous cacher combien sont maigres les ressources dont peuvent disposer les savants qui l'entretiennent.

Nous retouchons à Coquilhatville, puis nous nous dirigeons vers le Haut-Congo. Nous passons l'embouchure de l'ikelemba, puis celle de la Lulonga, où se trouve le siège de la direction de la Compagnie du Congo belge. C'est une très belle installation où se dressent de nombreux bâtiments, magasins, maison d'habitation, etc., etc., entourés de verdure et de fleurs.

Trois jours après nous arrivons à l'huHerie de Gumba (appartenant à un Itahen), que nous visitons. C'est une grande usine,

trop grande, pensons-nous, pour le travail qu'elle a à faire, cinq presses sur dix marchant. Elle fonctionne bien et est très bien entretenue, mais, nous doutons fort qu'elle batte jamais son plein, et puisse rémunérer largement les fonds qui y ont été engagés. Nous passons au large de Mobeka, et nous nous arrêtons à Lisala. Nous arrivons le 11 juin à Bumba. Nous y apprenons que le ministre des Colonies, venant des Falls, est remonté dans l'Itimbiri pour se rendre à Buta. Nous n'aurons donc pas le plaisir de le voir, car ce voyage demande cinq jours, et entre temps nous serons plus en amont que Basoko, où nous arrivons le 13 juin et oii nous sommes très bien reçu par M. Demptinne, commissaire de district.

Près de Bumba, nous nous étions arrêtés à Alberta, poste de la firme Lever, où se trouve une huilerie. Nous comptions bien la visiter, mais le chef étant absent, on nous répondit qu'il était défendu de laisser visiter l'usine par des étrangers. Nous comptions être plus heureux à Élisabetha, situé un peu en amont de Basoko sur la rive gauche du fleuve. Nous arrivons en cet endroit vers les 8 heures du matin le 14 juin et stoppons. Le colonel Tinant, que nous connaissons et qui dirige cet étabhssement, vint nous rendrç visite à bord. Il fut charmant comme toujours, mais intraitable quant à la visite de l'usine. Cela était défendu. Que pouvaient donc contenir de si merveilleux ces installations, qu'il était prohibé de voir? Mystère.

Nous reprenons notre marche après une hem'e d'arrêt et arrivons à l'embouchure du Lomani le 15 juin. Nous nous arrêtons à Isangi, le temps de faire une visite de poHtesse au chef de poste, puis, remontant ce fleuve, nous arrivons, trois heures plus tard, à Ilambi, siège de la direction de la Compagnie du Lomami.

Deux jours après, nous quittons Ilambi et rejoignons le Congo, suivi par le steamer Président Despreî, de la Compagnie du Lomami, ayant à son bord le directeur de cette compagnie, qui devait nous accompagner aux Stanley-Falls. Nous arrivons à cette locahté le 18 juin. Le lendemain de notre arrivée, nous rendons visite au Vice-Gouverneur général de la Province-Orientale, M. de Meulemeester, qui nous retient à déjeuner. Nous faisons la connaissance du commissaire général, M. Duchêne, ancien magistrat, et du commissaire de district. Charmante journée.

M. de Meulemeester voulut bien nous faire visiter toutes les installations du gouvernement, qui sont très bien comprises. Un musée commercial dans lequel on voit tout ce que produit la contrée fait honneur à l'initiative du Vice-Gouverneur général, de même que les briqueteries, les marchés, les jardins potagers. Quant à la ferme qui était cependant en très bonne voie, elle a dû être abandonnée, faute de ressources.

Stanleyville est devenu, certes, une des plus belles et des plus propres résidences européennes que l'on peut voir au Congo.

Après avoir obtenu du Vice-Gouverneur général son appui, en personnel et en matériel nécessaires à faire sauter un vieux carcan de bateau obstruant le Lomami à Yankwamu, nous quittons Stanleyville le 21 juin et commençons la descente du fleuve.

Nous nous arrêtons à l'embouchure du Lomami et allons déterminer l'emplacement, sur la rive droite de cette rivière, d'un magasin de transit et d'une huilerie future.

Puis nous continuons la descente du fleuve. Les rives de celui-ci paraissent plus riantes qu'il y a onze ans, quoique aussi monotones. On y aperçoit plus de villages indigènes, surtout dans la partie comprise entre le Lomami et Stanley-Falls, mais par ailleurs, on marche quelquefois deux jours sans voir de population. Ces villages sont plus propres et mieux construits. On y voit souvent de petites maisons avec portes et fenêtres, ce qui les différencie des huttes.

On a baUsé le fleuve il y a quelques années. Malheureusement on ne l'entretient pas, de telle sorte qu'il y a des bouées qui ont disparu, d'autres qui ont changé de place; des points de repère tout encombrés par la verdure sont devenus invisibles, etc., etc. Ce sera d'ici peu de temps un travail à recommencer. Cela est pitoyable de négligence.

Les postes de bois que l'on trouve installés un peu partout ne sont soumis à aucune obhgation. Tantôt on trouve du bois, tantôt on n'en trouve pas. Ici c'est un prix, plus loin c'est un autre plus ou moins élevé, car c'est le fournisseur qui fixe lui-même le prix du stère. Ces postes à bois devraient faii'e l'élevage de poules, de chèvres pour les besoins des vapeurs. Or, on ne trouve rien, pas même un fruit et cependant papayes et bananes croîtraient là

sans aucune difficulté, si on avait le bon esprit d'en planter.

Nous arrivons à Coquilhat^ille le 27 juin. Le Alinistre venait d'en partir pour se rendre à N'Gombé. Là il comptait monter en avion et aller jusqu'à Kwamouth (embouchure du Kasaï) où il retrouverait son bateau qui le conduh'ait dans le Kasaï.

Le 30 juin nous arrivons nous-même à Kwamouth où le chef de poste voulut bien nous informer que le ministre des Colonies avait remonté le Kasaï la veille. Le Ministre comptait, disait-il, ne redescendre le fleuve que dans trois semaines. Nous calculâmes vite que, dans ces conditions, il était naturellement impossible à M. Franck de prendre le bateau de juillet pour rentrer en Bele:ique et que très certainement ce retour ne se ferait que par le bateau quittant le Congo vers le 25 août, bateau que nous comptions prendre nous-même.

Quoique nous eussions été charmé de voyager en compagnie du ministre des Colonies, nous n-' avons pas cru devoir attendre son retour et nous nous décidâmes à prendre le bateau du 25 jiullet. Nous avions du reste vu tout ce que nous avions intérêt à voir.

Nous télégi'aphions en conséquence, à la Citas, de retenir nos places à bord de ce bateau, et quelques heures après nous remontions le Kasaï jusqu'à Dima, siège de la direction de la Compagnie du Kasaï, où nous restons cinq jours.

Nous nous retrouvons à Kinshasa le 10 juillet.

Notre voyage dans le haut avait duré cinquante jours, et nous étions de retour en Belgique le 13 août 1920.

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