S.) HUYSMANS
Les deux premières de ces lettres montrent combien la présence des petits traitants étrangers dans les endroits où ne règne aucune autorité européenne est funeste à l'émancipation des noirs de notre colonie, l'autre fera comprendre qu'au Congo belge avec le régime actuel, il n'y a aucune distinction entre blancs et noirs. Ceux-ci peuvent commercer comme ceux-là, et au lieu de faire produire l'indigène, de le cantonner dans certaines transactions commerciales, tout au moins jusqu'à ce qu'il se soit émancipé, on lui permet d'acheter en gros. Et on le lui permet dans les marchés officiels dont l'instauration est si mauvaise pour l'éducation commerciale des indigènes et qui fausse la hberté commerciale.
Il est évident, que cette licence amènera quelques noirs intelligents, éduqués par les missions, qui savent lire et écrire, à devenir non seulement des racoleurs en grand de produits africains, mais aussi des courtiers, car ils sont rusés et excessivement imitateurs. Leur nombre ne fera que s'accroître de plus en plus. Cette perspective doit faire prévoh', les difficultés de tous genres qui assailleront les Européens dans un nombre d'années peu éloigné et la sitiiation inextricable devant laquelle se trouvera le Gouvernement colonial, pour ne pas avoir, dès maintenant, c'est-à-dire alors qu'il en est temps encore, su prendre les sages mesures de précaution qu'une bonne organisation commerciale exige, afin d'empêcher la continuation de la licence qui règne en ce moment.
Et l'on voudrait que le petit traitant belge, la petite épargne belge, pour laquelle on prétend laisser au Congo, la Hberté commerciale la plus absolue, puisse lutter contre ces éléments qui, eux, n'ont que le minimum dcîrais possible?
C'est tout simplement ridicule.
Avec le système actuel de liberté absolue pour tous et dans tous les domaines, nous devons courir dans quelques années à une situation très iirave.
Les populations de l'intcrieur, dont on ne s'occupe que pour leur faire payer l'impôt et leur acheter leurs produits à des prix très variables, mais augmentant sans cesse, se seront habituées à recevoir le prix fort pour tout travail auquel elles sont sollicitées. H sera bien difficile de les faire revenir en arrière, si une forte crise se manifeste comme il faut s'y attendre, dans la vente en Europe des produits africains. Et si cette éventualité très probable se présente, on veiTa déguerpir les petits traitants comme une bande de moineaux voleurs, pour revenir ensuite, eux ou d'autres, si les prix de vente s'accentuent. D'ailleurs, il faut s'attendre, au Congo, à de nombreuses faillites, sitôt que le cours de la £ descendra.
D'autre part, le développement des populations des grands ports commerciaux comme Kinshasa, qui compte un \dllage indigène de plus de 15,000 personnes, prendra de plus en plus d'extension, non pas par l'expansion même du mouvement commercial de ce port, qui a une Hmite avec le régime actuel, mais bien parce que ces agglomérations d'indigènes constituent par excellence des nids de parasites et de prostitution et qu'il y a à peine 3 à 4,000 habitants de ce viUage qui travaillent (1). Ce village s'accroît constamment de tous ks éléments qui quittent pour une cause ou Vaulre lur chefferie indigène. Ainsi on nous a cité au Congo des cas qui se présentaient chaque fois qu'un bateau d'une société commerciale de l'Equateur quittait sa résidence pour descendre occasionnellement à Kinshasa : à l'équipage habituel, venaient se joindi'e quelques unités pour compléter le supplément de personnel nécessaire à couper du bois si besoin en était au cours du voyage. Ces
(1) Disons en passant qu'il nous revient — nous pouriions citer notre auteur — que tout récemment une forte délégation de noirs de ce village (environ 600) se rendit auprès du commissaire du district de Kinshasa pour obtenir de ce fonctionnaire que deux chefs puissent être nommés dans ce village au lieu d'un, comme c'est le cas actuellement. Il faut savoir que la population de ce village se compose principalement de Battetelas et de Bassongos qui désirent tout naturellement avoir leur chef respectif.
Le fonctionnaire leur répondit comme toujours — car ce n'était pas la première fois qu'ils faisaient cette demande — que tel était le règlement et que tel il devait rester. Les noiis se retirèrent mécontents. Qu'en adviendra-t-il ?
Il eût cependant été si facile de les contenter et il eût été politique de le faire, caries hommes d'un grand village de travailleurs, obéissant à deux chefs, sont plus aisément maniables.
unités étaient toujours accompagnées de leur femme, mais, arrives à Kinshasa, femmes et hommes désertaient réguhèrement, à tel point que la direction a dû défendre tout embarquement de femmes au point de départ,
II en est de même, nous a-t-on assuré, à Lusambo, qui possède également un village indigène très populeux des mieux fournis en éléments de prostitution.
Et le Gouvernemerit colonial laisserait fake? Il ne verrait pas clair, ou il ne s'en soucierait pas? Quel avenii- réserverait-il donc à la colonie?
Aussi, espérions-nous qu'au cours du voyage du nouveau ministre des Colonies, toutes ces questions lui seraient dévoilées et qu'il y mettrait bon ordre,
Nous attendions donc avec confiance le retour du Congo de M. Franck,
Quelques jours après son letour en Belgique qui eut heu en septembre 1920, certains bruits coururent sur son intention de ne rien changer à la situation commerciale actuelle, et nous apprenions que quelques dirigeants des sociétés passives s'en réjouissaient déjà et se moqaient de nos prévisions.
Bien plus, quelque temps après le retour du Ministre parurent dans les journaux des nouvelles comme celles-ci :
Dans un interview [Echo de la Bourse du 29 septembre 1920), le ministre des Colonies s'est, paraît-il, exprimé comme suit :
« Au cours de notre voyage en caravane dans le paj'^s des Baku- » bas, j'ai pu voir sur le fait les installations du petit commerce » opposé aux grandes compagnies. Or, au fond, c'est le même com- » merce et la même organisation. (Parbleu, c'est justement your cela que le Gouvernement doit im'poser certaines obligations à rétablissement d'un comptoir en dehors des centres.) C'est toujours la vente )) de produits de pacotille aux noirs et l'achat des produits indl- » gènes. {NatureUerupvt, mais dans quelles conditions différentes!) » Il n'y a qu'une différence, c'est que le petit négociant est mû par » son intérêt dh'ect. Il est hbre de ses actes {en effet, on Va vu par les deux lettres ci-dessus des agents de la Compagnie du Kasaï), » tandis que l'agent d'une grande compagnie est souvent hé par » des instructions qui ne sont pas nécessairement en harmonie )) avec la situation locale, (C'est ignorer les pouvoirs donnés aux
directeurs en Afrique des grandes sociétés et ne pas savoir que tous les agents commerciaux sont commissionnés sur les affaires qu'ils font.) » Il n'y a aucune raison pour l'État de ne pas tenir la balance » égale entre tous les éléments de l'activité commerciale. »
Nous avons montré dans notre livre combien la balance des faveurs gouvernementales était inégale entre le grand et le petit commerce.
Nous avons montré également combien le grand commerce était plus favorable aux intérêts des populations indigènes que le petit commerce. Nous avons demandé qu'on introduisit dans notre colonie un système économique, qui soit le plus possible, sain et honnête.
On lui préférerait le commerce rapace, sans foi ni loi, sans frein ni contrôle.
Comme colonial, nous le déplorons, personnellement cela nous est égal, mais si cela devait perdm'er, nous déclarons bien haut que lorsque les trois sociétés coloniales dont nous sommes l'administrateur délégué : la S. A. B., la Compagnie du Kasaï et la Compagnie du Lomami, seront acculées à devoir faire, poiir vivre, le trafic avec les petits traitants, nous nous retirerons de ces affaires, ne voulant pas collaborer à un système, ou si Von veut à un trafic, qui compromet et met en danger l'avenir de notre colonie.
Cependant nous avons voulu nous rendre compte par nous-même si le récit de ces intéressés exprimait bien la réahté et si telle était, comme on la rapportait, l'opinion du Ministre. Nous lui demandâmes audience. Elle nous fut accordée presque immédiatement.
Le Ministre nous reçut de sa façon affable habituelle. Sur sa demande de savoir ce qui nous amenait, nous lui répondîmes que nous venions en quête de renseignements pour connaître sa façon de voir quant à l'action néfaste des petits traitants.
D'un geste large le Ministre nous assura que tout était pour le mieux dans le meilleur des nioiides, que les petits traitants n'étaient pas un mal, au contraire, et qu'il les laisserait parfaitement tranquilles.
Et l'entretien ne se prolongea pas.
Nous ne nous croyons pas autorisé à reproduire ici les termes
de cet entretien : ils révéleraient cependant que notre éminent interlocuteur ne se rend pas compte des sombres perspectives que réserve à notre commerce en Afrique la situation créée par le régime de la liberté absolue.
Nous nous retirâmes profondément étonné et nous nous étonnons encore, qu'un récent voyage au Congo n'ait pas ouvert les yeux de M. Franck sur le danger que présente pour la colonie son invasion par les petits traitants étrangers.
Si M. le ministre des Colonies est tellement persuadé que nous nous trompons, s'il est tellement convaincu que les petits traitants non indigènes ne sont pas une nuisance et un danger pour notre colonie, il aurait pu prendre la peine, nous semble-t-il, de nous convaincre de notre erreur et nous aurions peut-être été forcé de nous incliner devant la force de son argumentation... A moins que M. Franck n'estime que notre thèse ne vaille pas la peine de rencontrer la contradiction! Nous croyons plutôt que l'honorable ministre n'a pas eu assez de confiance dans ses arguments pour entamer avec nous une discussion que nous attendions et mieux, que nous sollicitions en nous rendant en son cabinet.
M. Franck a tort pourtant de considérer la question commerciale au Congo envisagée au })oint de vue de l'avenir de notre colonie (point de vue qui est le nôtre) comme quantité négligeable. Elle est cependant plus importante au Congo qu'ailleurs parce qu'elle s'adresse à un peuple jrnmitif et qu'elle constituera pendant longtemps encore, sa propre vie, la seule qui soit à sa portée, et qu'il puisse saisir. Comment ne le comprend-on pas ? et par conséquent comment ne saisit-on pas qu'elle doit être dmgée par le Gouvernement colonial lui-mêîne et non pas laissée, comme actuellement, à la merci d'un tas de ramassis exotiques, qui en font une hcence à outrance?
Ces réflexions, faites en sortant de la trop courte réception du Ministre, qui avait duré à peine cinq minutes, firent que le souvenir nous porta à nous rappeler, qu'il y avait cependant au Congo de hauts fonctionnaires qui la comprenaient comme nous.
En effet, à la suite de notre campagne contre ces petits traitants, tout à fait indésirables, notre thèse avait porté ses fruits dans l'esprit de certains hauts fonctionnaires congolais. L'un d'eux, le
Commissaire général ff. de Vice-Gouverneur général de l'Equateur, M. Engels, avait même trouvé un moyen de sauvegarder Vintérêt des povulations africaines et il l'avait inséré dans le rapport qu'il devait présenter au Congrès du Gouvernement à Borna, lors du passage du ministre des Colonies. Il nous lut le passage de ce rapport, lequel en résumé demandait que le Gouvernement ne permît d'exporter, gu'aux Européens qui pouvaient directement importer. Nous le félicitâmes, car c'était une excellente idée qui aurait obligé bientôt tous les petits traitants exotiques à fermer leur magasin d'achat en dehors des centres, attendu qu'ils sont dans l'impossibilité d'importer directement des marchandises européennes si nécessaires aux populations.
Il est clair pour nous que le Ministre n'a rien pu voii-, et qu'il n'a tenu aucun compte de l'avis pourtant si sage de ce haut fonctionnaire, dont nous parlons plus haut, parce que son siège avait dû être fait avant son départ (1). Cette pensée nous amena forcément à rechercher quels en étaient les causes et les motifs. Tout naturellement nous y vîmes l'action et Finfluence des dirigeants belges des sociétés passives et peut-être aussi de la Banque du Congo belge, qui seuls ont intérêt à conserver les choses en Vétat actuel.
Et nos lecteurs nous comprendront tout de suite, lorsque nous leur apprendrons que parmi ces sociétés belges passives ou mixtes, l'une d'entre elles a, comme président, un des dirigeants de la Société Générale de Belgique et une autre de ces sociétés, provient d'un groupe anversois dont le président est Anversois lui-même.
Or, la Société Générale, notre puissant organisme financier, exerce toujours — en tout bien tout honneur s'entend — une
(1) En effet, nous nous souvenons qu'en janvier 1920, un décret a paru, sous la signature de M. Franclc, qui avait pour objet de permettre aux petits négociants de donner en gage leurs fonds de magasins ou approvisionnements, pour obtenir des avances en banque, sans constitution d'un gage régulier selon le droit civil ou le di'oit commercial communs.
Aujourd'hui le Ministre veut modifier dans ce sens les statuts de la Banque du Congo belge, organisme d'État. Reste à savoir si cet établissement financier se livrera à de pareilles opérations. Il faut cependant admirer la sollicitude vraiment paternelle du Gouvernement colonial à l'égard des petits traitants étrangers et le féliciter de trouver parmi les membres du Conseil Citlnnid un rapporteur pour ce: objet.
influence indiscutable sur nos gouvernementaux et un Anversois de l'ampleur de M. Franck n'est jamais indifférent à ce qui est ou pro^àent de sa ville favorite.
De tout quoi il résulte, que le ministre des Colonies s'est trouvé devoir prendre une détermination entre deux opinions tout à fait opposées, la nôtre et celle des dirigeants de ces sociétés, représentant des intérêts belges également opposés.
En dehors des influences dont nous venons de parler, le ministre n'a-t-il pas été aussi impressionné par son directeur du département des finances? Celui-ci, appartenant à l'ancien régime, a pu très bien prendre fait et cause pour le petit commerce. 11 a dû examiner le côté budgétaire de la question et a dû se dire in petto que, quoique la logique et le bon sens fussent du côté du grand commerce actif, le commerce passif lui assurait une plus grande possibilité d'augmenter encore l'impôt de capitation. CM lo sa ?
Ces considérations réunies amenèrent sans doute le ministre des Colonies à porter son choix sur la solution la plus facile : le laisser faire actuel.
Le Mnistre est-il responsable de cette situation? Non, car il n'a pas eu le temps de l'examiner sur place et il croit de bonne foi ce que certains grands organismes commerciaux belges lui affirment.
Nous ne voulons pas mettre en cause les présidents, ni les autres administrateurs des conseils d'administration de ces sociétés, parce que la plupart d'entre eux ignorent notre colonie et qu'ils croient, comme ils doivent le faire d'ailleurs, aux rapports de leurs administrateurs délégués ou directeurs qui sont réellement les dirigeants actifs de ces sociétés.
Ces derniers dirigeants qui sont seuls responsables, ne se rendent pas compte ou ne veulent pas se rendre compte, que le commerce qu'ils font avec les petits traitants exotiques, ne devient en somme que Vexploitation des populations congolaises et qu'ils aident ainsi à dépouiller l'indigène. Avec de telles intentions ce n'est pas le commerce honnête de jadis, c'est le commerce rapace, sans réglementation ni contrôle, comme celui introduit depuis la reprise.
Il est donc nécessah-e, dans l'intérêt de notre colonie, que nous mettions les points sur les i et que nous citions des noms, car nous estimons qu'en pareille matière, qui est toute d'intérêt national,
chaeun doit porter la responsabilité de ses actes et il faut que V opinion publique se prononce.
Parmi les sociétés belges passives, c'est-à-dire celles qui font uniquement le commerce avec les petits traitants ou mixtes, c'est-à-diiT celles qui font en même temps le commerce actif par leurs comptoirs et le commerce passif avec les petits traitants, citons les cinq principales :
1» La Comfina (société belge);
2° L' Intertropicale (société belge);
3° La Compagnie du Congo belge (ancien A. B. L R. l'Anversoise et la C. C. C, société belge);
40 La Comminiè e de l'Oiiellé (société belge);
50 Les Exportateurs belges (société belge).
La première et la deuxième ont pour administrateur délégué en Belgique, M. Arthur Bolle (1). ancien directeur des finances en Afrique et ancien Commissaire général de l'État indépendant du Congo, qui auparavant a géré le district du Lac Léopold II du temps où rùnpôt en caoutchouc était obhgatou'e.
L'organisme commercial (la Comfina) est soutenu par la Société Générale de Belgique, dont les dirigeants viennent, sitôt après le retour du IMinistre, et confiants sans doute, dans les affirmations de M. A. Bolle, de proposer sa fusion avec 1* Intertropicale, et ont porté son capital à dix-huit millions de francs, créant ainsi un nouvel organisme sous la dénomination : « l' Intertropicale Comfina », qui continuera sous la gérance de M. Bolle à faire très probablement de fructueux bénéfices. Nous sommes convaincu que si la Société Générale savait réeUeraent à quoi sont destinés la plupart de ces mUhons, elle n'aurait pas fait cet appel au public.
La troisième, la Compagnie du Congo belge, est gérée en Belgique par M. de Shounen, ancien directeur en Afrique du C. C. C, du
(1) La « Comfina » a été créée par M. V. Lacoart spécialement pour entreprendri, la première au Congo belge, le commerce avec des petits traitants. Elle fut patronnée pir h comte de Smet de Nayer, directeur de la Société Générale de Belgique.
Lorsque iL Bolle ne dirigeait pas encore cette société, c'est-à-dire avant la guerre, il partageait tout à fait, — il nous l'a dit à cette époque, — notre manière de voir sur le rôle néfaste des petits traitants.
Aujourd'hui il a changé complètement d'avis.
temps de l'État indépendant (Comptoir commercial congolais, concession qui a disparu depuis).
La quatrième possède comme administrateur-directeur en Europe le lieutenant-colonel Paulis, l'ancien adjoint de l'expédition Ch. Lemaire et le récent compagnon de voyage du ministre des Colonies,
La cinquième est dirigée en Belgique par M. le D^" Dreypont, ancien médecin au service de l'État indépendant du Congo, venu récemment d'Afrique comme représentant de la Chambre de commerce de Kinshasa, composée pour la plupart de commerçants étrangers.
Nous adjurons ces Messieurs de répondre à nos arguments par une démonstration publique, en exposant à leur tour, far écrit, les avantages réels que laisse d'après eux, aux populations indigènes, le commerce des petits traitants. Ces coloniaux ne se sont pas montrés avec nous, ni francs ni loyaux, car ils ne veulent pas aborder publiquement, dans Vintérêt général de notre colonie, la controverse que nous demandons dans notre h^Te au point de vue économique. La cause en vaut cependant la peine.
D'aucuns, coloniaux, tels M. A. Bolle, laissent entendre partout dans le pubhc qui s'intéresse au Congo, mais sans le prouver, que notre système de réglementation du com.merce ferait un tort considérable à la petite bourgeoisie belge; qu'il faut conserver au Congo la hberté commerciale la plus absolue, afin que les agents de l'État et ceux des sociétés qui voudraient s'établir pour leur compte dans notre colonie, puissent le faire.
Nous avons montré combien ces allégations étaient fausses.
D'autres tels que M. Dreypont, donnent le change au public, en attribuant erronément le mot de colon à tous ces petits traitants, alors que pendant bien des années, il n'y aura de véritables colons qu'au Katanga et peut-être dans nos nouvelles provinces de l'Est, mais très peu ou pas du tout, dans la partie équatoriale du Congo.
Nous affirmons à ces Messieurs, que le jour oii ils sauront nous prouver que ce qu'ils avancent ainsi, est pour le bien et dans Vintérêt général de notre colonie, ce jour-là nous nous inclinerons et nous reconnaîtrons notre erreur.
Nous les prions de réfuter ce qui suit :
Actuellement, il n'y a aucun organisme actif commercial, petit ou grand, qui ne vende aux indigènes du Congo belge, des marchandises manufacturées d'Europe à raison d'au moins 50 % au-dessus du prix de revient.
Le Gouvernement colonial, conseillé par le grand commerce, ne devrait-il pas imposer la vente de ces articles, si nécessaires aux indigènes, à raison d'une augmentation raisonnable de 10 %, par exemple, en plus du prix de revient
D'après ce qu'on nous rapporte, une mesure à peu près analogue, mais insuffisante à notre avis, a été prise pendant la guerre par le Haut Commissaire royal des territoires occupés en Afrique orientale allemande. Ce haut fonctionnaire a pris une ordonnance fixant à 10 % le bénéfice que les petits traitants pouvaient tirer de la revente des marchandises (savon, tissus, etc.) qu'ils achetaient sur place à des grossistes. Et le Haut Commissaire prit cette mesure, tellement les prix de vente de ces aigrefins étaient exagérés.
La mesure que nous proposons aurait pour conséquence une recrudescence dans l'exportation des produits de nos industries nationales, alors qu'elle diminue de plus en plus, et d'autre part une augmentation toujours de plus en plus grande dans la consommation par les tribus indigènes de ces mômes marchandises, augmentant ainsi leurs besoins.
Ne vaut-il pas cent fois mieux, en vue d'émanciper les populations, leur fournir les marchandises qu'elles consomment au prix le plus bas possible? Cela est l'évidence même. Mais si le Gouvernement entrait dans cette voie, ce serait la fin du petit commerce qui ne peut vendre ces marchandises qu'à un prix supérieur à celui qu'il achète, c'est-à-dire à plus de 25 %, et cependant c'est la seule voie à suivre si nous voulons travailler sérieusement au Congo.
Aujourd'hui le grand commerce actif est obhgé, par les agissements des petits traitants, de vendre partout aux indigènes les marchandises manufacturées à un prix très élevé, 50 % au-dessus du prix de revient, et encore réserve-t-il ces ventes aux indigènes qui lui apportent leurs produits, seid moyen qui lui reste, pour faire face à la concurrence du petit commerce étranger. Il s'ensuit
que par le régime économique actuellement eu vigueur, les grandes sociétés belges ne vivent pour ainsi dire plus, que de VescploUation du noir puisqu'elles sont forcées de vendre le plus cher possible aux indigènes et que ceux-ci sont obligés de payer les plus hauts prix pour les marchandises manufacturées qu'ils consomment.
Nous le répétons, ce régime est mauvais, car il va à rencontre de l'émancipation du noir.
Qui pourrait le contester? Nous attendons qu'on veuille bien le faire.
A part les moyens de pression mal compris qu'employait l'État indépendant du Congo, pour la rentrée de l'impôt en nature, sa politique économique et sa politique indigène étaient bien plus favorables aux populations indigènes que celles employées actuellement.
En effet, tout comme le faisait, à cette époque, le grand commerce belge, l'Etat cédait ses marchandises manufactui'ées aux indigènes à son prix de revient et le commerce d'échange d'alors, obligeait pour ainsi dire les noirs à se vêtir de plus eu plus et à s'outiller toujours davantage en articles d'Europe. Il est vrai de dire que les produits africains étaient achetés meilleur marché qu'à présent, mais il fallait bien que le commerce eût son profit et il est plus logique de gagner sur les produits africains que de hausser comme on le fait aujourd'hui, le prix de vente des marchandises manufacturées, dont le noir a de plus en plus besoin.
Quoique l'introduction de la monnaie dans la colonie ait été un progrès, on peut affirmer qu'elle ne sert qu'à peu de chose, car on l'emploie très mal.
Aujourd'hui, on jette l'argent à la tête des noirs, lesquels n'ayant encore que très peu de besoins, ne savent pas Vemployer, et tant que durera le système économique actuel, la circulation monétaire se fera très peu dans notre colonie, car la masse des noirs enterrent leur monnaie, et attendent des temps meilleurs. Nous dirons tantôt à quoi est due cette situation.
Lorsque le nouveau Ministre aura réglementé le commerce dans la colonie (1), nous lui prêterons confiance parce qu'il nous paraît être à la hauteur de la grande mission qu'il a acceptée.
(1) Il s'est maintenant déclaré adversaire de la réglementation du commerce,
Nous lui adressons cependant un tout petit reproche, celui d'écouter les wow-coloniaux plutôt que les vrais coloniaux, ceux qui savent et dont les conseils peuvent lui être utiles dans la rude tâche qu'il a assumée. Nous avons entendu, à ce sujet, des récriminations de certains hauts fonctionnaires, qui nous paraissent être fondées.
Quoi qu'il en soit, si le Ministre tient les promesses qu'il a faites dans son discours au Cercle Africain lors de la fête qui eut lieu à son retour d'Afrique, discours que tous les coloniaux ont chaleureusement applaudi, c'est-à-dire, en résumé, de travailler à l'émancipation des populations congolaises, et de demander à la Belgique de garantir' les millions qui sont nécessaires à la mise en valeur, bien comprise, de notre colonie, alors il se sera montré un grand homme d'État, un grand patriote et il aura bien mérité de la Patrie.
M. Franck est en bonne voie pour cette dernière et importante question (crédit de la Belgique), puisqu'il a fait dernièrement aux Chambres la déclaration suivante :
« J'ai la satisfaction de vous dire que le Gouvernement a décidé » d'apporter à la colonie l'appui financier de la Belgique « (p. 152 des Annales parlementaires du 9 décembre 1920).
Nous formons des vœux qu'on n'oblige pas le Ministre à camoufler la première de cc^s questions en confiant l'éducation pratique des populations indigènes aux missionnaires, avec contrôle du Gouvernement. Ce serait remettre, comme nous le prévoyons dans notre livre, aux calendes grecques cette question aussi importante que la seconde. A ce sujet, les Belges ne doivent pas perdre de vue que pour occuper complètement le Congo d'après notre système d'occupation graduelle du territoh'e et éduquer les populations, nous ne demandons, — ce qui est indispensable pendant la première période de cinquante ans et ce successivement, — qu'un personnel colonial de 9,000 agents, alors qu'en Belgique, il y a plus de 50,000 fonctionnaires et que le Congo est quatre-vingts fois plus grand que notre pays.
mais nous espérons encore qu'il modifiera sa façon de voir après lecture et méditation de cette note et qu'il mettra les intérêts généraux de la colonie, au-dessus dis intérêts des particuliers, quels qu'ils soient.
Mais du programme colonial proprement dit on ne parle pas? On a bien traité à fond la vieille question des moyens de transport, qui date déjà du temps de Léopold II, mais du programme réellement colonial on ne dit mot. On n'a pas abordé les questions si importantes des méthodes à employer, soit pour l'établissement d'un impôt uniforme indigène, soit pour l'occupation générale des territoires de notre colonie et l'éducation pratique, puis morale de ses populations. Et cependant, sans programme, on ne peut travailler sérieuseynent à une œuvre comme celle-là et tout gouverneur, quel qu'il soit, qui n'aura pas de programme bien précis, traitant toutes les questions relatives à notre colonie, ne fera jamais rien de bon au Congo belge.
L'INDUSTRIALISATION DU CONGO
Cette expression a été mise à la mode par le nouveau mi'jistre des colonies en 1919.
Son emploi s'expliquait à cette époque, parce que dans l'esprit de M. Franck, il voulait remettre à l'initiative privée tous les essais de régie entrepris au Congo. Il voulait industrialiser ces régies et il avait raison.
Aujourd'hui que la chose est faite, pourquoi vouloir continuer à employer ce gxand mot qui est de nature à faire croire, à pnmière vue, au public belge que les intentions du gouvernement colonial ont pour but de faire, de notre colonie, un pays essentiellement industriel, alors qu'au contraire il doit être un pays producteur ?
H va de soi, tout le monde le comprendra, que pour hvrer une matière première, n'importe laquelle, à l'industrie de notre pays, il faut qu'elle arrive dans les ports, la plus pure possible et dégagée des impuretés, qui naturellement l'accompagnent.
Ainsi, l'huile de palme peut être extraite mécaniquement sur place, les égreneuses de coton peuvent être mécaniques, il en est de même des décortiqueuses de café, etc., etc. Mais ce ne sont pas là des industries proprement dites.
S'il est certain, que dans quelques années, il se produira au Congo
quelques petites industries de fabrication, telles que ciments, chaux, bières, etc., pour les besoins du pays, la grande industrie congolaise ne comprendra jamais que le travail des mines. Il y en aura bion peu d'autres d'ici très longtemps.
11 apparaît donc que le mot iw^udrialisation a vécu et qu'il doit être employé au Congo le moins possible. C'est outiller le Congo qu'il faut surtout faire et dire et non pas l'industrialiser si nous ne voulons pas que l'on rie de nous à l'étranger. N'empôche que ce mot a été cité récemment, dans le discours ministériel, par le premier ministre, M. H. Carton de Wiart, et qu'il a fait tout récemment encore l'objet d'une conférence, qui a causé un certain bruit.
Nous devons relever cette conférence parce qu'elle a été donnée par le compagnon du ministre des colonies dans son voyage au Congo et qu'elle reflète plus que prohahlement l'opinion même de M. Franck.
L'auteur de cette conférence, M. le lieutenant-colonel Paulis, est un colonial d'assez vieille date. Adjoint à l'expédition du commandant Lemaire, en 1902 il passa ensuite en Belgique un assez long temps, avant de se rendre au Katanga où il resta quatre ans à aider à constniire un chemin de fer. Et il vient d'accompagner le ministre des Colonies, dans sa trop courte randonnée en Afrique.
Une nouvelle compétence coloniale vient de se déclarer en lui, paraît-il. Tant mieux, car plus il y aura de compétences coloniales, mieux cela vaudra pour notre colonie et pour notre pays.
M. PauUs est un charmant homme et la gentillesse incarnée» mais sa conférence le révèle comme un de ces coloniaux industriels dont nous parlons dans notre livre et qui ne rêvent que constiTictions de tous genres. Il a une industrie congolaise quelconque (il ne sait pas encore laquelle) dans le ventre et un rail de chemin de fer dans la tête. Toute sa conférence, très bien faite d'ailleurs, roule sur ces sujets. Il effleure, mais sans en approfondir aucune, toutes les questions coloniales, telles que :
La Belgique doit chercher au Congo ses matières premières. Les terres d'Afrique sont riches. La main-d'œuvre est suffisante. Le climat d'Afrique n'est pas dangereux. Les richesses minières du Congo. Le cuivre, l'étain et le charbon du Katanga. Les diamants du Easaï. L'or du Kilo. Le commerce au Congo. La m.on-
naie. Le petit commerce et les grandes compagnies. Les concessions. De nouvelles industries peuvent et doivent être créées au Congo. Les richesses congolaises, le copal, le manioc, la canne à sucre, etc. La question de la main-d'œuvre. La question des transports au Congo. Le chemin de fer du Katanga. Le chemin de fer des Grands Lacs. Le chemin de fer du Congo. Les transports par eau. Les routes par auto. Les nouveaux chemins de fer. La formule des concessions de chemins de fer coloniaux. La Belgique a à assurer la mise en valeur de sa colonie.
Tout cela est examiné en deux heures de temps.
Quoique M. Pauhs affirme que la population indigène n'a pas diminué, que la maladie du sommeil n'est plus catastrophique, mais règne plutôt à l'état endémique et qu'il n'y a plus de danger grâce aux mesures prises, nous ne relèverons pas ces points. Nous nous contenterons de mettre, en regard de ces affirmations faites à la légère, le dernier rapport de la Commission pour la protection des indigènes, en date de décembre 1919. Il est suffisamment cinglant et contient des affirmations contraires à celles de M. Pauhs, des vérités, que personne ne peut démentir.
Nous n'aborderons que deux sujets, mais qui sont aussi des plus importants et qui marqueront la méconnaissance profonde du conférencier en ce qui concerne les nécessités économiques actuelles de notre colonie.
Ces points ont trait :
1^ Au commerce en général ;
2° A la main-d'œuvre indigène.
M. Paulis s'exprime comme suit (voir Echo de la Bourse du 14-16 novembre 1920) :
Le petit commerce et les grandes compagnies.
« L'ouverture de différentes régions au commerce libre et l'in- « troduction de la monnaie ont eu pour conséquence l'éclosion » de nombreuses maisons de commerce. Des centres commerciaux » se sont créés et développés.
» Aujourd'hui Stanleyville, Bumba, Coquilhatvîfle, Kinshasa, » etc., sont des villes superbes, qui ne le cèdent en rien aux viles » les plus riches des colonies voisines.
» Kinshasa compte près d'un miUier d'Européens ^t pMs de
» 15,000 noirs ; c'est une véritable ruche de travail, créée en majeure » partie par l'industrie privée. Cette activité fait contraste avec » la torpeur administrative que montrent les centres voisins, tels » que Léopoldville et Brazzaville, et que l'on constate à Borna, » vOle administrative, où tout — hommes et choses — « sue » l'ennui ».
» Ce n'est pas seulement dans les grands centres que des parti- » culiers ont établi leur commerce; on les rencontre partout à » l'intérieur du pays.
» On a beaucoup polémiqué sur la question de savoir s'il est » heureux ou non pour la colonie, que s'augmente le nombre des » petits trafiquants.
» Quant à moi, je pense que le développement du Congo a tout » à y gag-ner. Dans les administrations de l'État, comme celles des » grandes compagnies, recevant leurs instructions d'Europe, le » personnel n'est pas et ne peut être animé de la même volonté » que celui qui travaille pour son propre compte. Seule l'initiative » privée est féconde, parce que seule elle est agissante.
» Les particuhers se sont établis au Congo et leur nombre ne » fera qu'augmenter. Est-ce à dire que les grandes compagnies » sont destinées à voir leurs entreprises périchter et disparaître? » Ce n'est pas cela que je veux dire. Mais il faut que les grandes » compagnies fassent évoluer leurs méthodes économiques; il faut » qu'elles marchent avec le courant et non pas contre le courant.
» Le petit commerçant n'a pas, en général, un crédit suffisant » pour trafiquer avec l'Europe. Son rôle est tout tracé; il servira » d'intermédjaire entre l'indigène et les grandes compagnies, qui » économiseront de ce fait un nombreux personnel et pourront » réduire leurs frais généraux.
» Les gTandes compagnies ont un autre rôle à remplir au Congo.
» Acheter aux indigènes ou aux intermédiaires pour revendre » en Europe, ou bien acheter en Europe pour revendre aux indi- » gènes, n'aura que des possibihtés limitées. On ne fait pas de » colonisation quand on se borne simplement à faire du conmierce.
» Je disais tantôt que c'était mal utihser la main-d'œuvre que » de l'employer à des besognes de portage; c'est aussi mal s'en » servir que de l'employer à la cueillette de produits qui ne devraient » se trouver là que pour démontrer la possibilité de cultures ration- » nelles.
» Le Gouvernement a tracé la voie, en créant des postes d'expé- » rience affectés à des cultures spéciales, en établissant de véri- » tables plantations de rapport, en créant des usines pour la décor- » tication du riz et l'égrenage du coton, qu'il a ensuite cédées à » des organismes prives. »
On croit rêver lorsqu'on lit pareille argumentation.
Ainsi, d'après le conférencier, le commerce avec les indigènes doit être laissé aux mains des intermédiaires actuels, c'est-à-dire des petits trafiquants étrangers, dont le nombre augmente sans cesse. Que ce soit le commerce de cueillette, comme celui qui se fait aujourd'hui, ou le commerce des produits récoltés, qui se fera bientôt, espérons-le, grâce aux cultures indigènes, les Belges doivent les laisser entre les mains d'étrangers.
L'élément principal de propagande civilisatrice qui est le commerce et celui qui, entre tous, a le plus de chance de provoquer l'émancipation du noir primitif, doit donc être, d'après M. Paulis, abandonné par les Belges, et les grandes sociétés belges doivent se borner à faire des... plantations, alors qu'elles savent ce que ça leur a coûté et ce que la main-d'œuvre a toujours d'instable?
Il faut n'avoir aucune notion de ce qui s'est passé et se passe encore au Congo pour parler ainsi.
Les Belges se contenteront donc d'exploiter les populations indigènes en vendant à ces intermédiaires des marchandises manufacturées, qu'ils fabriquent dans leur pays. Il est vrai que M. Paulis diiige la Société commerciale et minière de l'Ouelé qui fait des affaires avec les petits traitants.
Et c'est là le commerce que l'on veut continuer à voir régner dans notre colonie?
Au lieu, au contraire, que les Belges aient le plus de contact possible avec les populations indigènes, le conférencier conseille aux Belges de s'en désintéresser et de passer la main à des étrangers. Ce seront donc ces étrangers qui éduqueront la masse du peuple noir, tant au point de vue moral que matériel?
Ne vaut-il pas cent fois mieux voh* se créer le plus possible et le plus tôt possible de grandes et de petites sociétés belges, ayant un personnel de plusieurs centaines d'agents belges, car une seule société compte parfois plus de soixante-dix agents belges? Il suffirait déjà de dix sociétés semblables pour que le nombre des Belges, fut dans la colonie, supérieur à celui des petits traitants étrangers. C'est ce qui doit arriver si nous voulons conserver notre colonie. Les colons viendront après, mais leur nombre dans les parties équatoriales du Congo ne sera pas important, avant une époque
très éloignée, tandis que celui des employés commerciaux peut prendre des proportions très grandes. Qu'importe au Gouvernement colonial, que les Belges congolais soient employés des grandes sociétés ou petits traitants? Ne sont-ce pas des Belges, comme les autres. Et les plus intelligents d'entre eux, ceux qui auront fait des économies au service des grandes sociétés, ne peuvent-ils arriver à travailler à leur compte comme clients de ces grandes firmes qui s'en porteront garantes envers le Gouvernement, comme nous le disons p. 37, au lieu d'avoir comme aujourd'hui des sociétés passives qui ont une clientèle presque exclusivenif^nt étrangère dont personne ne voudrait répondre? Et puis ne faut-il pas nous assurer, par la présence de nos nationaux, la possession réelle du Congo belge?
Les petits traitants belges actuels proviennent soit de l'État, soit des sociétés commerciales et ne nous paraissent guère intéressants parce que la plupart d'entre eux ont pris des dispositions mcorrectes afin de se rendre libres à l'égard de leurs premiers employeurs. Plusieurs parmi eux n'ont pas attendu la fin de leur terme de service, ont planté là leur société après lui avoir infligé une perte plus ou moins importante.
Nous avons fait faire le relevé des anciens agents des sociétés coloniales dont nous sommes l'administrateur délégué et nous avons trouvé que dix-sept agents de la S. A. B., dix-sept agents de la Compagnie du Kasaï et onze agents de la Compagnie du Lomami ont brûlé la politesse à ces sociétés et se sont établis pour leur compte. Cela forme un tout de quarante-cinq petits traitants. Et il est très probable que, pour parfaire le chiffre total de soixante-quatorze Belges étabhs aujourd'hui pour leur compte au Congo, on trouvera que la différence, soit vingt-neuf, pro\aent aussi d'autres sociétés on de l'État (1).
(1) Le dernier courrier arrivé du Congo nous apprend que deux agents de la S.A.B. viennent de rompre leur contrat avec cette société pour s'établir à leur compte. Ils ont jeté leur dévolu sur le Bus-Bloc (propriété de la S.A.B. et d'autres sociétés), s'y sont installés et là offrent aux indigènes un prix plus élevé que ne peut le faire cette société. Ils ont usé d'un truc en faisant dire par les indigènes aux autorités, — qui les questionnaient sur plainte de la direction de la S.A.B. — que ces produits ne provenaient pas de la propriété du
Pour notre part, cette catégorie de congolais, qui ne représente pas du tout la petite lourgeoisie helge, ne sera jamais intéressante.
Nous le répétons, le gouvernement ne devrait-il pas, dans Tintérêt des populations indigènes et pour favoriser leur émancipation, décréter que tout commerçant ne peut leur vendre des marchandises importées à leur usage, qu'au prix de revient sur place plus 10 %.
Forcément alors et si, comme Fa fait très bien remarquer le Commissaii'e général ff. de Vice-Gouverneur général de l'Equateur, M. Engels, il n'est permis d'exporter qu'à ceux qui importent directement, il arrivera que le prix d'achat des produits africains dont le minimum pourrait être fixé au besoin par le Gouvernement, deviendrait raisonnable, puisque la concurrence existera toujours, mais il ne sera plus exagéré comme à présent.
L'indigène aura, comme nous l'avons démontré dans notre hvre, tout à gagner à cette mesure gouvernementale.
Mais il faut que toutes les mesures de ce genre que prencba le gouvernement colonial le soit au nom des intérêts des populations indigènes. Le gouvernement belge doit prendre seul ces mesures, en les conciliant avec le Traité de Saint-Germain, ce qui est possible, la liberté commerciale n'étant pas supprimée, mais réglementée. Quelle est, en effet, la nation civiUsée d'Europe qui oserait élever la voix contre ce devoir du gouvernement belge? Si même le fait se produisait, le gouvernement belge n'a qu'à mettre en avant la déclaration faite par Sir Edward Halet, le représentant anglais à la Conférence de Berlin, qui a dit :
Bus-Bloc, mais bien de ieui'S terres à eux, et les autorités ont laissé faii'e. Inutile de dire que ces agents sont abouchés à des courtiers quelconques.
On nous affirme qu'il y a certains fonctionnaires coloniaux, des administrateurs territoriaux entre autres, qui débauchent les agents des grandes sociétés, en ce sens qu'après leur avoir conseillé de quitter ces sociétés, ils les commanditent de quelques milliers de francs — les fonctioimaires ont de l'argent aujourd'hui — , les font s'aboucher à des coui'tiers, leur facilitent dans leurs territoires l'achat des produits africains et se partagent les bénéfices. Ils y sont favorisés par l'instauration des marchés officiels auxquels les indigènes sont conviés par le chef territorial lui-mê'ne d'amener leurs produits là et pas ailleurs. Ces produits sont payés à l'indigène un prix plus cher que celui que les grandes sociétés peuvent offrir. On sauve ainsi les apparences (voir lettres de l'agent principal de la S.A.B., p. 52).
a Je dois cependant ne pas perdre de vue que dans l'opinion » de Sa Majesté Britannique, les intcrcts commerciaux ne doivent » pas être en^àsagés comme sujet exclusif des délibérations de la » Conférence.
» Si l'exploitation des marchés au Congo est désirable, le bîen- » être des indigènes ne doit pas être négligé.
» Ceux-ci perdront plus qu'ils ne gagneront si la liberté commer- » ciale dépourvue de contrôle raisonnable venait à dégénérer en » licence. »
Ces paroles n'étaient-elles pas prophétiques?
Nous sommes persuadé que l'Angleterre ne renierait pas les sages paroles de son représentant à la Conférence de Berlin et qu'elle nous appuierait.
E en est de même pour les droits de sortie.
Si la Conférence de Saint-Germain ne permet pas encore qu'on les applique, pourquoi ne pas tourner cette difficulté en établissant des taxes domaniales ou régionales, comme l'État indépendant l'a fait pour le caoutchouc? Si on avait pris cette mesure pour les palmistes, il y a trois ans, il serait rentré dans les caisses de la colonie au moins 30 millions de francs sans nuire au commerce. Ce que nous pourrions aisénjent prouver au besoin. Et nous voudrions bien voir quelle serait la nation civilisée d'Europe qui protesterait, lorsque le Gouvernement colonial belge pourrait lui montrer et prouver que ces 30 millions ont été employés à l'hygiène, à la conservation et à l'émancipation des populations congolaises au lieu de servir à enrichir quelques douzaines d'individus de tous genres.
En pareille matière, lorsque l'avenir de la colonie est en cause, et il l'est, il faut savoh" oser.
De plus, il est reconnu, répétons-le, nous nous en sommes rendu compte par nous-même au Congo, qu'aucune société du grand commerce actif ne vend ses marchandises manufacturées aux indigènes que moyennant un bénéfice de 50 % sur le prix de revient sur plOiCe. Et cette disposition est motivée et est due entièrement aux agissements des petits traitants qui ne peuvent recevoir leurs marchandises manufacturées d'Europe que grâce aux sociétés passives qui les leur vendent à 25 % au-dessus de leur prix de revient. Ils
augmentent eux-mêmes encore de 25 % ces prix dans la revente aux indigènes, grevant ainsi ces marchandises d'un total de pourcentage de 50 % plus élevé que le prix de revient sur place. Et les sociétés actives ont été forcées de les imiter, parce qu'elles doivent compenser ainsi les pertes qu'elles subissent elles-mêmes, en augmentant les prix d'achat des produits africains afin de suivre ce que font les petits traitants qui savent payer les prix forts, parce qu'ils ont très peu de frais généraux.
Donc ce que les indigènes gagnent en vendant leurs produits au petit commerce, ils le reperdent et him davantage, nous l'avons démontré dans notre livre, en payant plus cher, et ce n'importe où, les marchandises manufacturées dont ils ont besoin.
Et c'est là, le commerce que l'on veut continuer à voir régner dans notre colonie?
M. Paulis poursuit (voir Echo de la Bourse du 14-16 novembre 1920) :
La question de la main-d'œuvre.
« Pour industrialiser le Congo d'une façon intensive, il faut des » hommes. Les avons-nous? De nombreux cris d'alarme ont été » poussés. Le Congo se dépeuple-t-il? Personne ne le sait. Pour » mon compte, je pense que non.
» Certes, dans les grandes agglomérations d'hommes, il n'y a » pas beaucoup d'enfants; ce n'est pas extraordinaire; U n'y a pas )) d'enfants dans nos casernes.
» En voyageant à l'intérieur du pays, on constate qu'il y a des » enfants et de très nombreux enfants. En raison des difficultés » de voyage à l'intérieur, le recensement porte principalement sur » les environs des centres européens; les conclusions sont, par » conséquent, faussées.
)) Pourquoi voudrait-on qu'au Congo il en soit autrement que » dans les régions voisines? Les statistiques médicales montrent » que la population noire du Natal double en trente-sept ans; » celle de la colonie du Cap en vingt-sept ans; celle du Bazou- )) toland en vingt et un ans; il en est de même dans l'Uganda et la » Nigérie.
■>■> La maladie du sommeil a perdu le caractère catastrophique » qu'elle avait jadis; elle existe, actuellement, plutôt à l'état endé- » mique qu'à l'état épidémique. Avec les mesures nouvelles prises » par le Gouvernement, et la formation d'assistants médicaux » noirs, je suis persuadé qu'on aura complètement raison du » fléau.
» La main-d'œuvre existe donc, mais elle est mal employée. » Que faut-il faire?
» Il faut tendre à développer autour des grands centres indus- » triels une population industrielle s'y établissant à demeure, à » supprimer les enrôlements périodiques d'hommes — enrôle- » ments plus ou moins volontaires — qu'on enlève à leur milieu, » à leurs familles, pour les transporter au loin, et en faire, au » hasard, suivant les besoins, des charpentiers, des mécaniciens, » des chauffeurs, des maçons...
» Il faut créer autour de chaque centre une population de spé- » cialistes, qui, de père en fils, feront le même métier et le feront » avec goût, parce qu'ils sauront leur vie assurée.
» Ce projet n'est réalisable que si ces populations industrielles » ne doivent pas se préoccuper de s'assurer leur nourriture. C'est » une erreur de vouloir que les régions industrielles soient égale- » ment des régions nourricières; on arrache des hommes à leur » miheu pour leur faire cultiver la terre loin de chez eux. Laissons- » les dans leur milieu; ils produiront plus et mieux, parce qu'ils » produiront pour leur propre compte et non pas en mercenaires.
» Les vivres doivent être transportés. Le problème de la main- )) d'œuvre se lie à la question des transports. »
Le lecteur a-t-il saisi dans ce qui précède une solution quelconque de la question de la main-d'œuvre?
Nous avouons pour notre part n'y rien comprendre. Faut-il créer autour de chaque centre industriel une population spécialement industrielle? C'est tout naturel et cela se fait depuis toujours. Faut-il aussi créer autour de chaque port commercial, une population spéciale et laisser aux populations rurales de l'intérieur le soin de nourrir ces centres? Cela va de soi, mais ne résoud nullement la question de la maiii-d'œu\Te sur un territoire aussi étendu que le Congo qui possède très peu de grands centres.
A notre avis, pour résoudre cette importante question, il faut rétablir l'influence des chefs indigènes. On nous a affirmé pendant notre dernier voyage au Congo, que si la mauvaise politique indigène suivie jusqu'ici depuis la reprise, avait substitué à beaucoup de chefs indigènes, des créatures du Gouvernement, la plupart de ces chefs rest<aient quand même dans leurs villages et étaient, quoique déchus en apparence, aussi respectés et aussi influents qu'avant, mais ils restaient dans l'ombre, se confondant, pour les hlan s, avec leurs anciens sujets. Il faut les rétablir et leur demander de désigner eux-mêmes ceux de leurs hommes, qui doivent prêter
leur concours, moyennant paiement aux Européens, car à Theure actuelle, par les hauts prix que le petit commerce paie les produits de cueillette, on ne trouvera pas de main-d'œuvre suffisante, parce que le noir gagne bien plus à récolter quelques régimes de palmiers dont il vend les noix à un prix excessif, qu'à aller prêler ses bras à un travail manuel quelconque. 11 s'ensuit, que tant que le commerce ne sera pas réglementé, on ne trouvera pas de main-d'œuvre suffisante aux besoins des Européens, à moins de la contraindre.
Lorsque cette réglementation sera faite, il faudra, comme nous h disons plus haut, faire appel à l'influence des chefs indigènes — du moins pendant un certain temps. Cela demandera quelques années, qu'importe cela ! Pour favoriser ce mouvement, il faudra mettre l'impôt de capitation aux mains des chefs et le percevoir par village en leur laissant une quote-part.
A l'exception du Katanga, où il y a très peu de population, et oh les recrutements doivent venir d'ailleurs, la zone de ces recrutements sera variable. Cette zone s'étendra dans un rayon dont l'importance variera suivant celle de chaque centre.
Il faut aujourd'hui, puisqu'on a à peu près tout gâché, que cela devienne une espèce de corvée pour tous les villages environnant les résidences européennes, mais une corvée rétribuée s'entend.
Mais pour arriver à des résultats sérieux, il faut que la charte coloniale soit changée, et qu'elle mette tous les noirs congolais, quels qu'ils soient, sous la tutelle du Gouvernement et que celui-ci ait le droit, dans leur intérêt, de les faire travailler, sans que la justice, souvent trop tracassière au Congo, ait quelque chose à dire. Il faut aussi que le Gouverneur général puisse arrêter l'action de la justice, mais uniquement dans des cas de ce genre. Il faudra naturellement nommer une Commission chargée de s'assurer sur place, s'il ne se produit pas d'abus et si les travailleurs sont payés et soignés comme ils doivent l'être.
M. Paulis affirme aussi que les noirs font des économies.
Bien au contraire, la masse des noirs ne fait pas d'économies, car l'homme qui économise possède un esprit prévoyant. Or, rien n'est moins prévoyant que les noirs. Que font-ils donc de leur argent?
Es l'enterrent tout simplement. Et l'on peut affirmer que le
Gouvernement colonial pourrait frapper des millions et des millions de pièces de monnaie à l'usage du Congo, que la circulation monétaire ne se ferait pas plus que maintenant, et que la masse des noirs continuera à l'enterrer pendant encore de nombreuses années.
Et pourquoi les noirs enterrent-ils leur monnaie?
Tout simplement parce que le Gouvernement colonial, Boula- Matadi, ne leur a pas encore fait connaître à quelle somme s'arrêtera l'impôt de capitation. Ils sont donc toujours sur le qui- vive et comme ils savent que Boula-Matadi ne badine pas avec l'impôt, ils attendent.
Quelle triste politique !
On citera peut-être, comme exemple d'économie, le cas de ce noii- qui récemment a versé à la Banque du Congo belge à Coquilhatville, 60,000 francs, somme fantastique pour un noir. Cela nous a été conté au Congo, et le directeur de cet établissement en a tellement été étonné, qu'il en a avisé le Commissaire général, M. Engels, lequel a informé la justice, qui de son côté a fait comparaître devant elle, ce nouveau riche. Celui-ci a pu démontrer qu'étant racoleur en grand de produits africains, il avait vendu à un courtier, quelques centaines de kilos d'ivoire à 160 francs le Idlo et quelques tonnes de palmistes à un prix élevé.
Si ce noii' est un Congolais, qu'il sache lire et écrh'e, cela ne nous étonnerait pas.
Mais que pense-t-on qu'il fera de cette somme s'il est Congolais?
Incontestablement pour nous, il finira par la dépenser en achetant des femmes et des esclaves domestiques, car on ne change pas, en quelques années, la mentahté du nègre.
Si c'est cette civilisation que nous voulons introduire au Congo, elle fait prévoir de bien piètres résultats.
Nous répétons ce que nous avons déjà exposé dans notre livre, à savoir :
« Ces racoleurs de produits, dont le nombre ne dépassera pas, » autour des résidences européennes, quelques centaines de miUe » dans vingt ou vingt-cinq ans, paieront au Gouvernement la » somme de 25 francs, coût d'un permis de hcence, et une autre » somme semblable, ou plus élevée en impôt de capitation. Us
» deviendront probablement aussi des seigneurs d'une certaine » importance et sauront se rendre indispensables au commerce. Ils » s'habilleront à T européenne, mangeront comme le blanc, achè- » teront du vin de Bordeaux, de la farine de blé, ce que font déjà » quelques-uns d'entre eux, et les autorités locales déclareront » aux voyageurs et touristes belges qui aborderont dans quelques » lustres, les résidences de ces contrées, que les bienfaits du pro- » grès sont indéniables.
» Elles montreront avec une certaine fierté sans doute, ces » spécimens nouveau genre, d'un produit humain toujours bar- » bare, mais singeant la civihsation.
» Est-ce pour obtenir la caricature du progrès que nous voulons » coloniser? Cette perspective serait risible si elle n'était pas si » triste. »
Veut-on un exemple entre cent qui prouvera que le noir ne connaît pas encore la valeur de l'argent?
Il nous a été conté par M. Engels, Commissaire général, ff. de Vice-Gouverneur général de l'Equateur. Il reçut dernièrement la visite d'un chef indigène qui, en retirant de son pagne — en mabèlas sans doute (fibres de palmier), car les tissus européens coûtent actuellement trop cher et les prix auxquels on les vend sont inabordables, même pour les chefs indigènes ^ un papier plié, lui demanda « si cela était suffisant pour payer son impôt ». Et il exhiba... un billet de mille francs!
Que l'on crée autant d'industries congolaises que l'on pourra, que l'on contruise autant de chemins de fer que l'on voudra, ce sera bien, mais tout cela n'aura de résultats sérieux, que si en même temps, on forme l'éducation pratique des populations indigènes par la culture de leurs terres.
Et de cela M. Paulis ne parle pas.
Ce ne sera cependant qu'alors que les matières premières dont a tant besoin la Belgique, abonderont au Congo, et par conséquent chez nous.
Une conférence comme celle de M. le lieutenant-colonel Paulis fait plus de mal que de bien à la cause coîmiiale, parce qu'elle égare l'opinion intellectuelle belge.
Un dernier conseil au Gouvernement colonial :
S'il ne veut pas voir- la riche province du Katanga déjà menacée aujourd'hui, prise avant vingt ans, par les Afrikanders, il doit construire le plus tôt possible le chemin de fer du Katanga au Bas- Congo. Pour des raisons sérieuses, trop longues à mentionner ici, il faut que ce chemin de fer aboutisse à Kinshasa et non pas à un point quelconque du KaSaï.
Les autres lignes dont on commence à parler, celle de Buta, prônée par M. Paulis, et celle du Kilo, prônée par M. Moulart (1), viendront après, car elles ne seront que des chemins de fer d'intérêt local ou régional, et n'auront jamais l'importance de la première de ces hgnes. Mais comme nous le démontrons dans notre livre, il faut qu'en même temps que l'on construira ce chemin de fer, le Gouvernement éduque prdiquement les populations des territokes qu'il traversera en leur enseignant la culture de leurs terres.
Pendant cette construction il faudra, afin d'éviter toute surprise, tenir au Katanga des garnisons suffisantes de troupes noires, bien armées, bien équipées et bien encadi'ées.
Mais avant tout, il faut épurer l'intérieur du Congo en réglementant son commerce, sans quoi, ce sera la pourriture morale avant vingt ans et il n'y aura alors plus rien à faire. Et cela se conçoit aisément car contrairement aux autres colonies africaines, l'intérieur du Congo grâce à son incomparable réseau fluvial, est accessible à tous, les bons et les mauvais éléments humains. Ces derniers sont en bien plus grand nombre parmi les petits traitants que les premiers et se répandeiit avec une extrême rapidité. Il faut donc en garer autant que possi!)lo. la population congolaise.
On a parlé récemment du Congo dans un milieu politique, le C. P. N., et l'on s'est plaint avec raison que notre colonie s'internationalisait de plus en plus. Ce qui est vrai depuis la reprise. C'est uniquement la faute à la poUtique économique coloniale suivie jusqu'à présent et les Belges ne se défendraient pas contre ce danger?
Cela ne nous parlât pas croyable.
(1) Voii- le Mouvement géographique du 28 novembre 1920 : « C hacun semble prêcher pour sa chapelle ».
Congrès colonial.
Nous tenons à dii'e quelques mots de ce Congrès qui vient de tenii- ses séances les 18,19 et 20 décembre 1920 et des conséquences que font prévoir pour notre colonie, certains passages des discours ministériels qui ont été prononcés.
Lors de rorganisation de ce Congrès, on a bien voulu nous nommer d'office, membre de son Comité,
A l'une de ses séances d'organisation, nous avions demandé que ce Congrès pût, à la fin de ses travaux, émettre le Vœu de voir le Gouvernement colonial prendre en main l'éducation pratique, puis morale des populations congolaises.
Comme on a écarté cette question capitale, nous nous sommes désintéressés de ce Congrès.
Nous tenons cependant à relever le discours qui y a été prononcé par M. J. Hennebicq, juge au tribunal de première instance de Bruxelles, conseiller-légiste honoraire du Gouvernement persan, en faveur de notre thèse et à reproduire la réponse lui faite par le ministre des Colonies.