‹ Notre voyage aux pays bibliques (volume 2)Chapitre 112 sur 216 · ALEXANDRIE DE TROADE · texte numérisé non relu

ALEXANDRIE DE TROADE

maritain recueillit dans ses bras le voyageur dévalisé qui , après avoir remué toutes les forces de la pensée et de la matière, n'en mourait pas moins de faiblesse, de désespoir et de misère sur la route où les fausses religions étaient passées sans le consoler.

Comme pour nous faire plaisir, le bateau se rapproche sensiblement de la côte. Nous sommes à peine à un mille du petit port d'Eski-Istamboul. Les navires y affluaient jadis. Aujourd'hui les sables ont envahi cette anse déserte. Quelques colonnes de granit portant la trace d'amarres se voient sur la rive. La felouque qui emmena Paul vers l'Europe y fut attachée. Ma main montre avec respect et mon œil regarde avec amour le point d'où elle mit à la voile. A travers de hautes broussailles, les restes d'un vaste gymnase émergent en arceaux d'inégale grandeur. Un pli de terrain laisse soupçonner l'hémicycle d'un grand théâtre. Quelques barques de pêcheurs avec leurs blanches voiles sillonnent les flots. Par leur forme gracieuse, elles rappellent les navires aux proues et aux poupes recourbées de la Grèce antique.

C'est aujourd'hui dimanche. A pareil jour de la semaine, Paul donna ici une dernière conférence à la jeune église de Troas. On y rompit le pain eucharistique, ce que nous n'aurons pas le bonheur de faire nous-mêmes, carie navire n'a rien de ce qu'il faut pour cela; on y écouta très longuement la parole de l'Apôtre, plaisir que je me donne en relisant une de ses immortelles épîtres. Parmi ses

Page 1