EN ENTRANT DANS LE GOLFE SARONIQUE
Le soleil se lève derrière nous comme un immense incendie embrasant l'horizon. Nous venons d'entrer dans le golfe Saronique. A notre droite se dressent les montagnes de l'Attique, cette terre qui tiendrait dans la moitié du plus petit de nos départements, et qui n'en a pas moins rempli le monde entier de son nom, de ses œuvres et de son influence, balançant à elle seule la gloire du grand empire romain. De ce cap Sunium , que nous touchons presque, un admirateur de la philosophie de Socrate se précipita dans la mer pour arriver plus vite au bonheur lumineux de la vie future.
Sur notre gauche nous distinguons l'île de Calaurie. Il y eut là un temple de Neptune, où Démosthènes se réfugia pour éviter la mort. Les sicaires d'Antipater l'y suivirent. Le grand orateur, les voyant prêts à toutes les violences, promit, pour leur épargner un sacrilège, de sortir du lieu saint et de se livrer lui-même, après avoir écrit ses adieux à sa famille. Or il avait l'habitude, en composant, de porter à sa bouche le roseau ou le stylet dont il se servait. Cette fois il le fit longuement, j usqu'à ce qu'il eût absorbé un poison violent qu'il y avait caché. Voilant ensuite sa face sous son manteau, il parut se recueillir. On crut qu'il avait peur. Mais, quand le poison commença à raidir ses membres, il se leva, et, découvrant fièrement sa tête déjà saisie par la mort, il fixa Archias, qui le pressait de sortir : « Vas-tu maintenant jouer le rôle de Gréon, dit -il, et défendre