DIFFICULTÉS
et de belles proportions. Le point vers lequel convergeaient les regards des spectateurs était un large piédestal carré et taillé dans le roc. Il est exhaussé sur une estrade de neuf mètres de long, et que l'on aborde par trois degrés. On arrive à son sommet, fort maltraité, par un petit escalier de six marches. C'est de ce piédestal que les orateurs auraient parlé au peuple. L'hémicycle était assez vaste pour contenir de sept à huit mille citoyens, car il mesure plus de dix mille mètres carrés , et d'ordinaire les auditeurs se tenaient debout. Or Athènes, qui avait quatre cent mille esclaves, ne comptait pas plus de dix mille citoyens. Au pied du berna, et sur la longue estrade, est un degré qui devait servir de siège aux secrétaires ou greffiers. Au-dessus, et en arrière de cette tribune, se voit encore une sorte d'autel carré. Sur le roc on a gravé cette inscription : « A Jupiter très Haut. » Dans la muraille, à droite et à gauche de la tribune, sont des niches d'inégale grandeur, qui renfermaient comme ex-voto des fac-similé de diverses parties du corps humain.
Tout cela devient embarrassant, à moins qu'on ne veuille tenir aucun compte de ces indications de détail. Faut-il dire que quand la tribune resta muette et qu'on n'eut plus besoin d'orateurs pour conduire les affaires publiques, les Athéniens érigèrent ici une statue de Jupiter? Assez logiquement le plus grand des dieux aurait été mis à la place de la plus grande puissance de l'homme, la parole publique. Mais si primitivement la tribune ou la
268 LE BARATHRUM
pierre, comme disaient les Athéniens, fut réellement là où on nous la montre, comment expliquer ce que dit Plutarque des Trente Tyrans qui retournèrent vers la terre (x^pav) le berna auparavant tourné la mer1? Est-il possible que d'ici un orateur ait jamais pu voir ou montrer la mer? Et il ne faut pas dire que les Trente changèrent le lieu même des assemblées populaires, car il est évident, d'après le texte, que la position seule de la tribune fut modifiée. Je ramasse quelques fragments de lampe en terre cuite, qui ont dû servir aux adorateurs de Jupiter et non pas aux auditeurs de Démosthènes, et nous allons, tout déconcertés par ces difficultés topographiques et archéologiques, rejoindre notre voiture à l'Observatoire , sur l'ancienne colline des Nymphes. Là même, près du sanctuaire de ces gracieuses divinités, on a trouvé une inscription mentionnant Y enceinte consacrée à Jupiter sur le Pnyx. Tant pis pour la tribune de Démosthènes.
Un précipice au milieu des rochers fut le Barathrum, quelque chose comme la roche Tarpéienne de Rome. On y jetait les grands criminels. Des débris qui y sont entassés ne permettent guère d'apprécier sa profondeur primitive. C'est là que furent précipités ces ambassadeurs qui étaient venus, au nom du Grand Roi, demander l'hommage de la terre et de l'eau. A Lacédémone on leur assura mieux encore l'un et l'autre , en les noyant
1 Thémist., xix.