DÉPART D'ATHÈNES
D'Athènes à Corinthe.
Paul, quittant Athènes, se rendit à Corinthe par mer. C'était le chemin le plus court. La route de terre lui aurait pris vingt- quatre heures de marche. Qui eût soupçonné alors que la vapeur, dévorant l'espace, réduirait un jour ce voyage à quatre heures de temps? Les braves Lacédémoniens auraient souri et seraient restés fort incrédules si on leur avait prophétisé que vingt-trois siècles plus tard chacun pourrait sans fatigue, et tout assis comme nous dans un fauteuil, traverser le Péloponèse autrement vite que Phidippide, le fameux coureur qui, en moins de deux jours, fit deux cent quarante kilomètres pour leur annoncer le débarquement des Perses à Marathon. Sans compter que le fil télégraphique suit ici parallèlement la vapeur comme pour l'humilier, en lui rappelant qu'elle a été dépassée, et que l'étincelle électrique est déjà arrivée au terme du voyage quand elle-même est à peine partie.
Après avoir salué Athènes une dernière fois, nous sommes donc emportés par la locomotive qui foule en sifflant l'antique voie Sacrée, côtoie les tombeaux, et dans sa rapidité semble faire fi des plus grands souvenirs. « Eleusis! » crie une voix nasillarde, et, en effet, nous avons atteint cette première station. Nous saluons au sommet
286 MEGARES
de l'Acropole, où nous étions hier soir, les souvenirs français qui se rattachent à sa tour du xme siècle. Bientôt, à notre droite, se dessinent les hauteurs boisées du Cithéron, où Œdipe, les pieds percés et liés, fut exposé par son père Laïus, roi de Thèbes. Là se passèrent les scènes dramatiques d'Actéon mis en pièces par ses chiens; de Penthée écharpé par les Bacchantes , qui l'avaient aperçu sur l'arbre d'où il cherchait à surprendre le secret de leurs mystères. Puis la plaine se couvre d'oliviers. On crie : « Mégares! » avec arrêt important. Nous en profitons pour voir de près la population, qu'une fête groupe autour de la station. Jamais plus belle exposition de bonnets rouges, de fustanelles immaculées , de vestes d'or. Ces fiers pallicares à la grande moustache retroussée, au col rabattu sans cravate, à la taille mince et comme enserrée dans un corset, aux guêtres montant au-dessus du genou, aux babouches ornées à leur pointe de pittoresques pompons, grands, secs, nerveux, sont donc les fils de ces Mégariens belliqueux qui eurent une belle part dans l'histoire glorieuse de la Grèce. Ils se promènent encore armés jusqu'aux dents, et leurs ceintures regorgent de pistolets et de poignards; c'est une partie intégrante de leur toilette. Toutefois ils n'en sont pas moins rieurs que leurs pères, et cette foule bruyante se divertit follement. Les femmes sont aussi richement vêtues que leurs maris.
Quant à la ville, échelonnée sur deux collines, et plus particulièrement sur celle qui est au cou-