‹ Notre voyage aux pays bibliques (volume 2)Chapitre 34 sur 216 · FORUM · texte numérisé non relu

FORUM

trèrent tout à coup les archers de Sapor, pendant que le peuple riait follement au spectacle. L'acteur, en scène avec sa femme, s'arrêta stupéfait et jetant à l'auditoire avec un suprême effroi ces trois mots : (( Ou je rêve, ou voilà les Perses! » se fit applaudir à outrance par le peuple, qui, croyant cette digression dans le rôle, attribua au talent de l'artiste ce qui était l'expression trop réelle de la frayeur inspirée par l'imminence de la mort. Les flèches des Perses, tombant aussitôt comme la grêle, vinrent donner aux spectateurs le secret d'un cri si naturel. Ils moururent en masse, cloués sur leurs fauteuils. La crête de la montagne surplombe assez le lieu où nous sommes pour expliquer l'horrible massacre.

En rejoignant d'ici, par la rue de Tibère, la Porte du Milieu, on descendait vers ce Forum qui avait vu, à côté des capricieuses agitations du peuple acclamant ou bravant par de malignes invectives les maîtres qui passaient, un spectacle douloureusement sublime et dont le souvenir m'est resté en mémoire, car ce qu'on a lu dans la langue inimitable de Tacite ne s'efface plus. Germanicus était mort empoisonné par ordre de Tibère, et les peuples et les rois pleuraient ce grand homme qui, par sa fin prématurée, rappelait Alexandre, et par ses vertus semblait devoir le surpasser. Avant d'être brûlé, son corps nu fut exposé sur la place publique, sans autre pompe que la douleur universelle et l'éloge que chacun faisait de ses mérites. D'ici sa jeune veuve en pleurs, malade, suivie de ses petits

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