VUE SUR ANTIOGHE — PORTE SAINT-PAUL
aspect. Dans ce vallon de deux kilomètres de large du pxied des monts aux bords de l'Oronte, et de cinq de long de l'est à l'ouest, Antioche a vécu de longs siècles, protégée par cette pittoresque enceinte de murs crénelés qui monte à travers les rochers jusqu'à trois cents mètres de haut, descend dans les ravins, se redresse et remonte jusqu'au point culminant de l'Orocassiadès, pour s'incliner tout à coup brusquement vers le fleuve. Sur ses médailles on la représentait comme une reine superbement assise dans sa force, sa fécondité et sa beauté, la couronne crénelée sur la tête, une gerbe d'épis à la main et un roc pour appui, tandis que l'Oronte, personnifié par un beau jeune homme, sortait des flots pour l'inviter à poser ses pieds sur ses épaules. C'était heureusement trouvé.
Nous sommes d'accord à regretter le déplacement définitif du fleuve, car voici un quart d'heure que nous cheminons à travers des flaques d'eau et des ruisseaux indécis, ce qui n'est aucunement agréable. Il faut s'ingénier sans cesse à jeter devant soi des pierres en guise de passerelles, et sautiller de l'une à l'autre pour éviter un bain de pieds. Cette gymnastique n'est plus de notre âge.
Enfin nous atteignons, en nous rapprochant des montagnes, la route d'Alep et la porte de Saint- Paul, Bab-Boulos, un reste de la vieille Antioche, qui ne subsistera plus dans un an d'ici. Elle rappelle si visiblement l'ancienne porte d'Or de Constantinople, qu'on peut, sans hérésie archéologique, la croire seulement de l'époque byzantine.