VERS ALEXANDRETTE
Nous voici en route pour Alexandrette ; y trouverons-nous encore un bateau? car Forage nous a fait perdre un temps précieux. En attendant, les champs , si richement ornés de pierres il y a peu de jours, sont devenus des fondrières impraticables. Nos trois chevaux sont impuissants à traîner le coche, que le bon P. Guillermin a pourtant allégé en optant pour un autre mode de locomotion. Le cahotement insensé de la voiture lui était insupportable. Chevauchant avec le P. Ambrogio, qui a fini sa mission de confesseur, il nous devance facilement, car force nous est de descendre pour aborder à pied l'interminable marais. Le marais se complique de torrents. Il s'agit de les franchir comme on peut, et souvent, en dernière analyse , c'est sur le dos de notre Turc. Les chevaux viennent de laisser une fois encore sa voiture vide au milieu des eaux. Il imagine bien un système de sauvetage, mais il faut attendre le concours d'une caravane de passage pour l'exécuter. Entre temps, des cris de désespoir retentissent en aval du torrent. Un pauvre cheval, écrasé par le fardeau qu'il porte, vient de glisser. Il boit plus qu'il ne faut et meurt. On l'écorche aussitôt, et le propriétaire, ayant pris sa peau sur l'épaule, laisse généreusement le reste en pâture à des milliers de condors qui décrivent sur nos têtes des cercles sans fin, en guettant l'heure où ils pourront faire honneur à ce bon déjeuner. A travers cent péripéties, nous arrivons à Khan- Karamourt, où l'on fait halte. Détail typique : un