VERS ALEXANDRETTE
marchand de café, qui y tient buffet, nous procure un seul bol de lait fortement additionné d'eau. Ce sera mon lot, car le bon P. Modeste n'a pas mesuré les provisions au nombre des voyageurs, et le déjeuner, presque insuffisant pour un, doit servir à quatre. Quelques misérables fèves vertes constituent un supplément. Un café arabe achève ce repas éminemment frugal. Je règle les comptes, ou mieux, sans rien spécifier, je demande au marchand ce que je dois. Dans la pratique ordinaire du pays ce serait cinq centimes pour chaque café, et par conséquent vingt centimes, ou une piastre et le lait en sus. Le turc ne veut rien articuler et s'obstine poliment à s'en remettre à ma générosité. Je donne un franc qu'il met religieusement dans sa poche, puis il ajoute en me tendant la main : « Et maintenant le lait. » Cette race est affreuse. Nous l'avons constaté une fois de plus à Beylan, où notre célèbre Gar-bî, qui nous a si odieusement exploités à notre passage, ose venir nous réclamer un baghchich en récompense de ses services. Ce sont des irresponsables. Je me suis mis à rire et le lui ai donné. A sept heures nous arrivons à Alexandrette. Le dernier paquebot est parti ce matin même. Quand pourrons-nous prendre la mer? Hélas!