‹ Notre voyage aux pays bibliques (volume 2)Chapitre 47 sur 216 · ALEXANDRETTE · texte numérisé non relu

ALEXANDRETTE

Mardi, 17 avril.

Nous sommes logés chez des PP. Carmes. Les quatre sont Italiens. Leur désir de nous être agréables n'est pas douteux, mais la perspective de perdre là des jours précieux nous attriste jusqu'à nous énerver outre mesure. Le P. Guillermin nous traite avec de bons discours sur la patience.

Enfin , puisqu'il faut s'installer ici , commençons par nous créer un modus vivendi tolérable. Les bons Pères se nourrissent de rien. Une oke (1,250 grammes) de mauvais poisson suffit à leur cuisinier pour faire un potage, l'entrée et le rôti. De dessert il n'y en a pas. Ce régime est insuffisant pour des voyageurs. En outre le petit poisson blanc dont s'accommode la communauté donne les fièvres. Notre chambre est vaste; rien de plus simple que d'y faire ménage à part. On nous amène un brave homme qui nous servira d'interprète et de pourvoyeur. Après avoir éprouvé son honnêteté, fort au-dessus de la moyenne dans ces étranges pays , nous nous disposons à user de ses services. Il est d'autant plus zélé que sa famille a en perspective de vivre de nos restes, car Mikel est marié, pêcheur, bon chrétien, et doué en outre d'une dose de philosophie qui nous amuse. Il a, comme nous l'avions remarqué chez nos

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moukres de Palestine, un système d'exprimer sa stupéfaction, sa pitié ou son indifférence, qui répond très certainement au sherekah, le sifflement du dédain, de la compassion ou de la surprise dans l'Écriture. En appointant ses lèvres il pousse un cri prolongé, fioû, que nous trouvons absolument archéologique. Son langage est d'ailleurs pittoresque, malgré le peu de mots français qu'il s'est appropriés. Je suis sûr que ses pensées le sont aussi. Il me montrait tout à l'heure avec quelque malice un jeune Turc qui a déjà quatre femmes, « parce qu'il veut avoir bicou enfants. » — (( Coquin, lui dis-je, je crois que tu en ferais de même si tu pouvais. — Oh! nô , no , moi, un femme, bicou! »

19 avril.

L'Amanus noir, rouge, bleu, selon les heures du jour, et lézardé de lignes blanches qui en temps d'orage deviennent des torrents , est certainement une belle chaîne de montagnes. Eh bien, je suis las de le contempler. Nous avons fait ce matin une chasse aux tortues, aussi nombreuses que des crapauds dans ces fétides marais d'Alexandrette. M. Vigouroux a été le plus adroit et le plus hardi. Des ruines que nous avons vues au pied de la hau-

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