‹ Notre voyage aux pays bibliques (volume 2)Chapitre 53 sur 216 · L'ASIE MINEURE · texte numérisé non relu

L'ASIE MINEURE

En Cilicie, mercredi 25 avril,

Le vapeur qui nous a portés à Mersiua, et où nous avions une cabine de première classe, n'est pas propre. Peut-être a-t-il pour mission de ne transporter que des bêtes. Il sera primé quand il voudra, si c'est là sa spécialité. Nous n'y avons passé qu'une nuit, et nous avons constaté qu'elles y abondaient.

A six heures, nous débarquons à Mersina. Notre première visite est pour la maison des Capucins , où nous espérons dire la messe. Je trouve le supérieur au lit, retenu par la fièvre, et le supplie de ne point se déranger. Il se lève malgré moi, mais ce n'est pas pour moi, car il nous quitte sans mot dire, et va à ses ouvriers maçons, d'où nous ne le verrons pas revenir. Son compagnon, le P. Eutbyme, est plus aimable. Après la messe, nous prenons le chemin de fer de Tarsous. Deux habitants du pays parlant très convenablement le français engagent avec nous une intéressante conversation. Ils nous expriment leur dégoût pour le gouverne-

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ment du sultan et leur vif désir de voir l'étranger, la France en particulier, créer un vaste protectorat sur les côtes d'Asie Mineure, comme elle l'a fait à Tunis. De distance en distance, et sur des mamelons artificiels, d'anciennes tours carrées rappellent que quelqu'un a voulu établir là, soit une série de signaux, soit une série de gardes. On nous dit que c'est l'œuvre d'Alexandre le Grand et que ces signaux arrivent à Babylone. La plaine est très riche. La rivière Folle, assez peu profonde, peut bien sortir de son lit quand il lui plaît, et gambader au milieu des moissons. Une belle vigne, plantée à la française, excite notre admiration. Elle appartient à un de nos compagnons de route, qui nous déclare avoir apporté un homme de France et de Nîmes pour la cultiver.

Nous voici à Tarse. L'antique patrie de saint Paul semble n'être plus qu'un vaste et frais jardin. Des bosquets d'orangers, de figuiers, de mûriers y cachent les maisons. Seuls deux ou trois minarets annoncent qu'il y a là une ville. Elle fut très florissante autrefois. Son école rivalisait avec celles d'Alexandrie et d'Athènes , et elle eutvl'honneur de fournir des précepteurs aux maîtres du monde ou à leurs neveux Octave, Marcellus et Tibère. C'est justement à l'un des successeurs de ces fameux maîtres d'école, Abib-el-Kouri, un jeune et charmant maronite, que nous sommes adressés. Il nous ménage auprès du curé greccatholique, le P. Becherah, dont, comme instituteur, il est l'auxiliaire, la plus sympathique ré-

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