‹ Notre voyage aux pays bibliques (volume 2)Chapitre 74 sur 216 · LA MAISON D'UN PACHA A BORD · texte numérisé non relu

LA MAISON D'UN PACHA A BORD

que sa grande bouche esquisse tristement, celui-ci par la mine sombre que les artistes donnent aux muets, ces terribles bourreaux du sérail. Les mœurs du pacha et de sa suite méritent d'être étudiées de près. Lequel est le plus esclave des femmes que l'on garde , ou de l'homme jaloux qui les fait garder? « Encore un moment, nous dit le capitaine, et vous allez avoir un réjouissant spectacle. Je vois venir un grain qui amènera la débâcle de tout le campement. » Presque aussitôt, en effet, une ondée, comme on n'en voit guère qu'aux pays du soleil, s'abat sur le navire. Les eunuques demeurent à leur poste impassibles , solennels , ridiculement sublimes. L'eau a bientôt transformé l'entrepont en un véritable fleuve. Les femmes jettent des cris navrants. Les deux gardiens leur imposent silence. Une rafale enlève les tentes. Les inondées cachent leur tête dans leurs coussins de soie et d'or. La pluie s'acharne de plus belle. Alors seulement le pacha s'avance sur le pont et fait majestueusement un signe qui autorise le sauve -qui -peut général. Aussitôt elles chaussent pêle-mêle leurs kubkobs ou sandales de bois très élevées, ramènent leurs voiles que le vent emporte, et, laissant tout à vau-l'eau, se précipitent vers le salon, d'où nous observons leur panique très motivée. A l'entrée, elles s'arrêtent un instant pour descendre des hauteurs périlleuses sur lesquelles elles marchaient, et, prenant à la main leur chaussure, elles défilent entre les deux eunuques, dont l'un tient un fouet, et l'autre ouvre la porte des deux cabines du pacha. Vingt-

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deux êtres vivants s'y entassent. Par quel procédé? Je l'ignore, chaque cabine n'ayant, comme on sait, que deux étroites couchettes. Le maître arrive peu après et constate que tout est bien. L'ordre règne à Varsovie. Étranges fruits d'une religion immorale et d'une civilisation criminelle !

Nous sommes vers l'embouchure du Gestrus. C'est en le remontant que Paul , venant de Paphos avec Barnabe, atteignit Perga, baignée par le fleuve lui-même. Cette métropole de la Pamphylie avait une population trop exclusivement grecque pour déterminer les deux prédicateurs à y inaugurer leur apostolat d'Asie Mineure. Ils ne firent donc qu'y passer pour aller à Antioche de Pisidie, où les Juifs étaient fort nombreux. C'est seulement à leur retour qu'ils évangélisèrent Perga. Un temple de Diane avait dans cette ville une grande réputation. Il se trouvait, sur une éminence, au levant de l'Acropole. Les débris d'une large colonnade qui , traversant la cité de l'est à l'ouest, subsiste encore, ont dû voir passer les deux apôtres , et une basilique en ruine a peut-être entendu leurs sublimes enseignements. Adalia, au fond du golfe, assise en amphithéâtre autour d'un port excellent, fut le lieu où ils s'embarquèrent pour revenir à Antioche, après leur première mission. Phasalis, Olympus, sont pleines des souvenirs de la civilisation hellénique, et dans des sites très gracieux. Al'arrièreplan nous distinguons le mont de la Chimère, qui jadis, d'après Pline, vomissait des flammes jour et nuit. Il ne fume plus depuis longtemps, mais de

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