‹ Notre voyage aux pays bibliques (volume 2)Chapitre 90 sur 216 · MARCHÉ PUBLIC — FORUM CIVIL · texte numérisé non relu

MARCHÉ PUBLIC — FORUM CIVIL

détestable dans le marché public qu'un temple romain, de très beau style, dominait du côté du Coressus. De belles colonnes monolithes cannelées, qui depuis des siècles étaient couchées à terre à la suite de quelque grande catastrophe, viennent d'être transportées à Smyrne par un turc qui veut bâtir une mosquée. L'une des fontaines publiques qui alimentaient le marché est encore visible au pied de la montagne. Une autre coulait au nord, mais servait surtout à entretenir le magnifique bassin de l'Agora ou Forum civil, limitrophe du marché public.

C'est à l'Agora que se traitaient les affaires politiques. On y a trouvé quelques fragments d'inscriptions rappelant les lois de l'Ionie. Les oisifs et les curieux s'y promenaient à l'ombre des platanes, entre les statues élevées par la reconnaissance publique aux bienfaiteurs de la cité. Sous des portiques se développant au nord et au midi les philosophes et les rhéteurs aimaient à discourir. C'est là que se trouvait Justin , quand le juif Tryphon l'aborda en ces termes : « Votre serviteur, monsieur le Philosophe; » et la discussion s'engagea à l'heure même, devant un auditoire qui prit place sur des bancs de pierre. Elle dura tout le jour et tout le lendemain. C'est sur ce forum que Marc- Antoine, siégeant comme juge, faussa compagnie à un avocat célèbre pour aller au-devant de Cléopâtre, qui arrivait portée sur sa litière.

Au couchant de l'Agora fut le Grand Gymnase, mesurant trois cents mètres de long sur deux cent

GRAND GYMNASE — PORT CIVIL i 39

trente de large, et plus loin le Port civil, qu'un canal reliait au Panormos, ou port principal traversé par le Gaystre. Des roseaux marquent la place de ce Port civil. Aux jours d'orage les eaux qui le remplissent y trouvent encore assez de pente pour se déverser dans le fleuve. Le monticule au pied duquel ce marais devient un canal est surmonté d'une tour qui fit partie des remparts de la ville. Je ne sais sur quelle autorité on la nomme Prison de saint Paul.

Faut- il chercher derrière ces remparts détruits, au versant occidental des collines, le bois sacré d'Ortygie, où Latone mit au monde Apollon et Diane, tandis que, sur le mont Solmissus, les Curetés faisaient du bruit pour tromper Junon? Le cours d'eau qui arrose la petite vallée au delà de ces hauteurs fut- il le Genchrius? C'est possible, et l'intelligent travail de M. Weber sur la chorographie d'Éphèse m'a paru le démontrer. En tout cas, sa dissertation prouve victorieusement qu'on doit, pour être correct, appeler Coressus la chaîne de montagnes qui, s'élevant au sud de la plaine, aboutissait au port de Coressus, et réserver au contraire le nom de Pion, comme le portent les monnaies d'Éphèse * , à la colline centrale sur

1 La médaille que nous avons déjà mentionnée représente Jupiter Olympien, la foudre à la main gauche et répandant la pluie de la main droite. Le Caystre, symbolisé par un personnage quelconque, est couché à ses pieds. Deux temples, dont le plus petit sur une roche est celui du dieu, et le plus grand celui de Diane, achèvent avec deux tours d'orner cette monnaie où on lit : Pion des Éphésiens.

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