‹ Notre voyage aux pays bibliquesChapitre 10 sur 334 · LA PATRIE DE SAMUEL · texte numérisé non relu

LA PATRIE DE SAMUEL

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de Samuel. Quand David, pour éviter la colère aveugle de Saiil, se fut échappé de Gabaath par une fenêtre, il se rendit à Ramah auprès du prophète, dit l'Écriture, et lui raconta ce qui s'était passé. Or, comme il était trop sous la main du roi dans cette ville, Samuel l'amena avec lui à Najoth, près de Ramah, lieu plus sûr où le collège des prophètes pouvait le défendre contre un coup de main. On sait comment le spectacle des Voyants qui prophétisaient désarma et fit prophétiser les envoyés de Saiil et Saiil lui-même, qui, « arrivé à Najoth, près de Ramah, ôta ses vêtements, et, prophétisant devant Samuel, se jeta nu par terre tout ce jour-là et toute la nuit ». .Quel intérêt n'y aurait-il pas à chercher et à découvrir dans les environs la grande citerne de Sêcou, où Saiil demanda, peut-être à des bergers abreuvant leurs troupeaux, en quel lieu Samuel et David s'étaient retirés? A mon avis, les indications très précises de l'Ecriture s'appliquent fort bien au lieu où nous sommes, et c'est ici la véritable Ramah des montagnes d'Éphraïm, la patrie d'Anne et d'Elcana. Que le surnom de Sophim soit antérieur à Samuel et vienne de Zouf, un des ancêtres d'Elcana, ou postérieur et rappelle le collège des Voyants, Tsophim, que le grand juge d'Israël y avait créé, peu importe. L'identité de nom, Er-Ram et Ramah, et la concordance des données scripturaires avec ce que nous voyons ici, me semblent décisives.

C'est à Ramah qu'après le sac de Jérusalem

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par Nabuchodonosor on groupait les prisonniers qu'il fallait diriger sur Habylone. Nabuzardan ayant trouvé le prophète Jérémie parmi eux, le renvoya libre et comblé de présent-;.

A deux heures, nous sommes à El-Bireh, l'ancienne Iieeroth (les Puits), ainsi nommée en raison de L'abondance de ses sources. De tout temps les caravanes ont aimé à faire halte ici, et par une hypothèse assez, naturelle on en a conclu, au moyen âge, que Beeroth était le Lieu où Marie el Joseph, revenant 'le Jérusalem, après les fêtes pascales, avaient constate L'absence de l'Enfant Jésus. Au point de vue biblique, cette tradition rencontre une difficulté : c'est que les caravanes galiléennes suivaient plus souvent le chemin de la I'éréc que celui de la Samarie. On sait les haines farouches qui divisaient alors Juifs et Samaritains. Se hasarder à suivre cette route était, surtout pour une caravane religieuse, s'exposer aux plus graves dangers.

Nous nous arrêtons au bas du village, dont les

maisons petites et misérables couvrent le versant de la colline. Une belle église en ruines les domine. C'est à côté de la fontaine que nous faisons halte. Elle coule abondamment, et des laveuses y sont installées. Ses eaux, amenées de loin, s'accumulent dans un bassin que couvre un sanctuaire musulman. La mai-un de L'eau et la maison de la prière sont deux trésors que L'Arabe ne sépare jamais. Pour lui, les vrais bienfaiteurs des peuples sont ceux qui ont construit des mosquées et des fontaines

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Tandis qu'on étend par terre un tapis en guise de table, nous donnons un coup d'oeil à deux antiques piscines qui recevaient jadis les eaux de la fontaine. Elles sont à moitié détruites et envahies par les décombres. Les pierres en étaient régulièrement taillées. Aujourd'hui les eaux se perdent dans un marécage où grouillent quelques enfants poursuivant des libellules azurées sur des renoncules blanches, jaunes et rouges. Sitôt qu'ils nous aperçoivent, encouragés sans doute par les laveuses, ils nous entourent et se disposent à ne plus nous lâcher sans avoir leur baghehich. Des Arabes s'approchent aussi, et nous prenons notre repas au milieu de cette couronne de curieux. Ils nous serrent d'assez près pour pouvoir se mirer dans nos assiettes, si nous en avions. Chaque os que l'on jette estvivement disputé, ramassé et dévoré. Que tout cela est étrange, dans un pays où le moindre travail ferait régner l'abondance! En souvenir de l'Enfant Jésus, dont, selon la tradition pieuse, l'absence fut remarquée ici même où ces mauvais gamins nous font trop sentir leur présence, nous organisons une distribution de vivres, viande, pain et oranges. Il en faut peu pour mettre ces gens-là en fête. Toutefois, môme contents, ils n'ont pas l'air aimable. Les laveuses semblent se livrer à d'assez grossières plaisanteries. Les hommes disputent aux enfants le petit régal que nous leur avions assuré. D'ici étaient Baana et Réchab, ces deux brigands qui tuèrent Isboseth durant son sommeil, et dont David fit

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couper les mains pour les suspendre à la piscine d'Hëbron.

Tandis que nos moukres achèvent de « manger du pain », selon leur expression plus biblique qu'ils ne supposent, nous allons visiter les magnifiques restes d'un vieux khan, peut-être l'ancien hôpital des Templiers qui ont habité ici, et les ruines de l'église gothique, analogue de proportions, mais non de Btyle, à celle que mettent à jour nos bons PP. Dominicains de Jérusalem. Du khan il demeure de belles voûtes ouvertes à leur partie supérieure comme des citernes et soutenues par des piliers qui rappellent ceux des ('•curies de Salomon. De Fégli trois murs et l'abside sont en partie debout. L'intérieur est semé d'orge fort bien venue. I figuiers et des grenadiers y croissenl çà et là.

Nos gens et nos bêtes viennent bientôt nous rejoindre au haut de la colline. Apres les vives algarades de la matinée, et Qxé que je suis sur l'excellence de la locomotion en palanquin, je m'endors, bien que la descente et le chemin, — toujours l'ancienne voie romaine, — offrent des passages difficiles. C'est au bruit de chants joyeux et du zalâghit que je me réveille. A notre gauche, sur la crête des collines, une procession de jeunes femmes va au village voisin prendre une fiancée. Celle-ci, les cheveux tressés, les vêtements arrosés de parfums, la tête et les bras ornés de tous les bijoux qu'elle possède, attend dans sa famille leur agréable visite. Ce soir on l'emmènera couverte d'un grand voile blanc qui

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doit l'envelopper de pied en cap, au risque de gêner sa marche, jusqu'au lieu où se conclura le mariage. Là le cheïk pressera l'un contre l'autre les pouces des deux fiancés. Le jeune homme constituera le douaire de son épouse d'après le cas qu'il fait de sa force physique; car, parmi les femmes du peuple, la puissance du muscle est ce que l'on apprécie le plus. Le cheïk écrira les conventions réciproques, et tout sera dit. Les réjouissances dureront plusieurs jours. Combien de temps durera l'union? Autant qu'il plaira au mari, qui garde toujours le droit de répudier son épouse en lui remettant la dot officiellement promise.

Tandis que j'observe sur ma tête le joyeux défilé, une gazelle se lève à mes pieds. Je jette vers M. Vigouroux un cri de joie qui me vaut presque une culbute, car le cheval de notre drogman prend peur et se rue sur les mulets de mon palanquin. La gracieuse bête s'éloigne par petits bonds, broutant les fleurs qui sont sur sa route. La poésie biblique permettrait un rapprochement entre elle et la fiancée qu'on va chercher là-haut; mais de nombreuses grottes, creusées clans les rochers que nous longeons, me ramènent à de plus graves pensées. Les contrastes sont de règle dans la vie humaine. Ces chambres sépulcrales paraissent, pour la plupart, remplies de cadavres, car elles sont fermées par des blocs énormes. D'autres servent d'étable aux troupeaux ou d'abri aux voyageurs. Dans l'une d'elles, près de la route, on pouvait,

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