‹ Notre voyage aux pays bibliquesChapitre 112 sur 334 · REMPARTS. — PORTE BAB-EL-CHARKI · texte numérisé non relu

REMPARTS. — PORTE BAB-EL-CHARKI

PP. Jésuites nous donne l'occasion de discuter sérieusement les souvenirs chrétiens de Damas. Ces bons religieux nous assurent qu'au point de vue des recherches archéologiques, tout est à faire ici et que, les anciennes traditions étant perdues depuis longtemps, les indications les plus fantaisistes sont venues le plus souvent combler les lacunes sans inviter la science à coopérer à ce travail. L'un d'eux, en mission dans le Hauran, nous dit de ce pays inexploré des choses merveilleuses, et nous donne le regret de n'y pas aller étudier les grandes et belles ruines dont il est couvert. Ici le couvent des Jésuites est sur l'ancienne maison de saint Jean Damascène. Notre soirée se passe à visiter les remparts de la ville, où l'on retrouve des assises de pierres antérieures à l'ère chrétienne, et qui certainement ont vu Paul arriver converti, et fuir persécuté. La porte de l'orient, Bab-el-Charki, nous intéresse parce que c'est peut-être là qu'aboutissait l'ancienne voie romaine venant de Palestine. En ce cas, ce serait par elle que Paul, aveugle et appuyé sur le bras de ses compagnons, aurait fait son entrée dans la ville. Elle est réellement de construction romaine et d'un beau travail architectural. Elle avait trois entrées. Celle du milieu, deux fois plus grande que chacune des deux autres, mesure sept mètres de large sur huit de haut sous le linteau. Elle est murée, ainsi que sa voisine du sud, depuis plus de huit siècles. Celle du nord demeure seule ouverte. Elle sert d'entrée à la ville, à l'extrémité orientale de la rue Droite.

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SITES DISCUTÉS

La tour carrée qui devait la défendre est surmontée d'un minaret. On y monte pour admirer le panorama qu'offrent la ville et les environs.

Laissant à notre gauche des décombres de briques émaillées, souvenir d'une ancienne industrie des Damasquins, et la léproserie en ruines édifiée, dit-on, sur la maison de Naaman, le si i gneur miraculeusement guéri par Elisée, nous suivons le mur de la cité, dans la direction du midi, jusqu'à la porte de K'isan C'esl près de 1. que, selon la tradition actuelle, il l'amlraii chercher le point du rempart par où Paul s'évada. < m sait qu'à l'aide d'une corbeille, par une fenêtre surplombant l'enceinte fortifiée ou s'ouvranl dans le mur, on le descendit jusque dans les fossés de la ville. Assurément nous ne comptons pas retrouver ici la fameuse ouverture, quoiqu'on puisse en voir d'analogues le long des remparts, mais nous tenons à y ((('couvrir quelques trac< de mur antique. Notre admiration pour le vaillant apôtre supplée à ce que les siècles ont supprimé. Je me dis : a C'est peut-être ici peut-être suffit à entretenir dans son enthousiasme ma piété de pèlerin. On prétend que l.i sentinelle veillait à cette porte même de KU quand Paul s'échappa. Il esl sur que, dans la partie affleurant au sol, cette porte remonte ô une époque 1res reculée.

Non loin de là, et près du nouveau cimetièn catholique, on nous montre les restes de l'antique voie romaine. Plusieurs supposent qu'il faut y vénérer le site de la conversion de saint

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Paul. A deux cents mètres d'intervalle, et sous une sorte d'excavation formée par un béton très solide, peut-être un reste de vieille église, à côté de l'ancien cimetière chrétien, on nous indique la retraite où, après son évasion, l'Apôtre se serait abrité pour se recueillir avant de se diriger vers Jérusalem. Que faut-il retenir de tout cela? Pas grand'chose sans doute. Si de tels sites sont authentiques, comment se fait-il qu'en pleine campagne, sur un terrain sacré, puisque des cimetières l'occupent depuis des siècles, on n'ait pas établi et maintenu un sanctuaire commémorant? Au moins à El-Kheniseh, près du village de VÉtoile, Kaukab, dont je parlais hier, il y eut sur la route une église dont on voit encore les ruines. En outre un monticule y porte le nom de colline Saint-Paul, Tell Mar-Boulos, sans qu'on puisse expliquer cette dénomination autrement que par une tradition primitive fixant à ce point du chemin direct de Jérusalem à Damas le lieu où l'Apôtre fut converti. Je ne crois pas que le site où nous sommes ait jamais été sur la grande voie de communication entre ces deux villes, et d'ailleurs, s'il dut y avoir une coïncidence entre le coup de la grâce et le regard du persécuteur sur la cité où il allait chercher ses victimes, il est peu naturel de supposer que cette coïncidence se soit produite au dernier moment, quand on ne fut qu'à cinq cents mètres du rempart.

En revenant vers la ville, nous visitons le tombeau de saint Georges, un soldat qui, selon la tradition locale, aurait favorisé l'évasion de saint

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Paul. Il est entouré d'un treillis de bois. On y fait brûler des lampes, entretenues avec peu de soin, et une mare d'huile souille les dalles sur lesquelles repose le sarcophage.

Le khamsin qui souffle ne nous permet d'admirer qu'à moitié les vastes jardins de la ville. Les murs de bouc qui les clôturent ne sont pas très décoratifs, mais une fertilité étonnante transforme quand même en paradis ces délicieux vergers, où le bourgeois damasquin vient tous les soirs se délasser des fatigues de la journée en fumant son narguileh auprès de l'eau qui murmure, ou en savourant son café sous les orangers en fleur. C'est un trésor inappréciable que ces Irais ombragea aux portes du désert. Les abricotiers donnent des fruits renommés dans tout, l'Orient, et il n'est pas de gourmet qui n'ait iroulu goûter au michmich de Dam

Pour reprendre la visite du rempart méridional dans la direction de l'ouest, nous passons devant le blanc ouely de SiduBilâl, un saint? des premiers temps de l'islamism*, et nous atteignons Bab-es-Saghir, où deux murs d'époquos bien différentes, et deux portos réunies présentent visiblement, oôte à côte, l'oeuvré 'romaine et celle des musulmans. 11 est certain que des fouilles, même superficielles, suffiraient pour mettre à jour sous l'enceinte actuelle delà ville le pourtour de la ville ancienne. Llœuwe des Arabes s'est bornée à substituer aux \ teilles tours cariées des totirsà moitié rondes, en y employant de très médiocres matériaux. Ainsi ils ont enlevé-

SUITE DES REMPAKTS

à la ville tout caractère d'antiquité pour lui laisser l'aspect insignifiant d'une cité moderne.

Le cimetière musulman, que nous trouvons tout hérissé de colonnettes, de constructions bizarres et de petites coupoles en ruines, renferme quelques tombes célèbres : celles de Fatima, la petite-fille de Mahomet; de Mohaviah, le chef de la dynastie des Ommiades ; de Ibn- Asâkcr, l'historien de Damas, et de trois femmes du prophète.

La porte Bab-el-Djabyah, que l'on rencontre ensuite, fait le pendant occidental de Bab-el- Charki et termine de ce côté l'ancienne rue Droite. Elle eut aussi trois ouvertures, dont une seule subsiste en partie; c'est celle du sud. Je me demande s'il ne serait pas plus raisonnable de supposer que, de tout temps, les voyageurs arrivant de Palestine, et par conséquent Saul et ses compagnons, ont dû aborder la ville par cette porte de l'Occident, plutôt que d'aller dans un très inutile détour chercher, à deux kilomètres d'ici, celle de l'orient, s'ouvrant sur la même rue Droite. Par elle on arrivait presque immédiatement dans la maison de Judas, si celleci fut là où la tradition nous la montre. En tout cas, j'examine avec vénération les pierres de l'antique ouverture, et je regrette amèrement qu'on n'ait rien édifié ni là-bas ni ici pour dire : « Le grand converti est passé sous cet arceau, et l'Eglise a pensé qu'il fallait le transformer en une porte triomphale. » Je lis tout simplement sur le linteau que Noureddin a restauré cette porte.

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Laissant derrière nous la longue rue dite Route des caravanes de la Mekke, qui, sur un espace de deux kilomètres, traverse du nord au sud le grand faubourg d'El-Meidan ou de l'Hippodrome, nous montons vers le château à travers une rue assez largeoù Les armuriers se sont donné rendez-vous pour établir leurs ateliers. C'est au reste le quartier militaire. Le Serai à notre gauche est occupe; par des soldats aussi bien que Les casernes d'Ibrahim-Pacha, qui lui font suite. Au delà se trouve la Tekkèb, un superbe hôpital que Sélim 1er fit bâtir au commencement du seizième siècle pour les pèlerins allant à la Mekke. Son massif de petites coupoles dominées par la mosquée et deux svelies minarets esl d'un joli effet. La cour intérieure mérite surtout une visite. La galerie qui l'entoure est soutenue par des colonnes de marbre, de granit et de porphyre, ajustées au hasard, avec des bases ou des chapiteaux de bronze, splendides débris d antiques monuments. Le faubourg El-Amara, au nord de la citadelle, ne nous tente pas plus qu'Es-Salaliyeh, bien plus loin dans la même direction, au delà des jardins et des innombrables canaux qui

les arrosent. Par la porte de Fer, Bab-el Iladid, où les restes du double rempart romain sonl encore visibles, nous rentrons dans la ville pour donner un dérider coup d'œil au bazar des ( ;, -, cl faire quelques emplettes. M. Vigouroux i d'avoir son écuelle comme Diogène. Je suis trop heureux de lui assurer ce modeste souvenu- en ctiivre frappé. On nous montre l'allée de pla-

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