‹ Notre voyage aux pays bibliquesChapitre 115 sur 334 · LE LIBAN · texte numérisé non relu

LE LIBAN

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blement suspendus aux flancs des montagnes.

Les champs, disposés en terrasses, conservent malgré la fréquence des orages, toute la terre végétale. Des pins poussent sur les pics les plus élevés et fournissent d'excellents bois pour la construction des navires. Nous observons que les (('(1res sont rares dans la contrée. La route construite par M. de Perthuis est magnifique. On ne la suit qu'en soldant un droit de péage. Bientôt les palmiers commencent; c'est signe que nous avons quitté les hauteurs. Enfin nous apercevons Beyrout. La ville est jolie. Les Arabes dans leurs poésies la comparent à une fière sultane couchée sur un lit de verdure, et qui rêve en regardant la mer. Cette mer est calme, et ses flots d'azur miroitent sous les premiers feux du soleil. A travers la promenade des Pins et des rues où les enseignes françaises nous font oublier l'Orient, la voiture des Messageries nous dépose tout ébahis, au milieu de gens qui parlent notre langue, sur la place des Canons.

Les PP. Jésuites doivent être nos hôtes. Quelle splendide maison ils possèdent ici! Collège, université, imprimerie, école de médecine, tout s'y trouve groupé. Les supérieurs nous font un accueil des plus sympathiques. Les journaux turcs avaient annoncé notre arrivée. Pour nous délasser d'une nuit de voiture, nous demandons à aller prendre un bain. A midi nous sommes présentés à tous les religieux. Ils sont soixantedix environ. Parmi eux quelles têtes vénérables! Quels énergiques lutteurs! Quels soldats de la

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BEYROUT

vérité ! Leur œuvre à l'étranger est admirable. Le soir nous parcourons la ville, conduits par un guide aussi intelligent qu'aimable, le P. Jullien, dont j'ai parlé ailleurs. L'archéologue y trouve peu à voir. La population est active et avenante. Les costumes sont gracieux. J'achète des photographies qui complètent mes collections de l'Orient.

Dimanche, 8 avril.

On me prie de dire un mot aux élèves du collège. Ils sont six cents, et la bourgeoisie de Beyrout achève de remplir la belle église. Il m'a paru intéressant <!e parler ;i cel auditoire, avide d'entendre les prédicateurs français. A midi nous allons dincr chez Mgr Debs, l'archevêque maronite. Les détails que nous donne ce prélal intelligent et zélé, sur L'organisation et les mœurs simples de son clergé, nous font plaisir. I prêtres catholiques mariés, chefs de famille, labourant chaque jour leurs terres, vivant dans une grande pauvreté, pieux, modèles de leurs paroissiens, soumis à leurs évêques, tout cela est nouveau pour nous ei très ordinaire ici. Le soir nous visitons les PP. Lazaristes el les Sœurs de Saint-Vincent de Paul. La mère Gélase, portant vaillamment ses quatre-vingts ans el modestement sa célébrité dans l'Ordre, nous raconte avec une simplicité charmante les œuvres héroïques qu'elle a fondées. Son assistante, la sœur Marguerite, nous a paru une femme distinguée.

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Leur vaste établissement occupe la place d'un temple dédie à Jupiter Très Bon, Très Grand, Hêliopolitain. Une statue du dieu avait été érigée, par un certain Titus Pontius Maximus, sur le piédestal qui supporte maintenant la statue de saint Vincent de Paul. Je ne trouve pas mauvais que le roi de l'Olympe ait cédé la place à ce bon monsieur Vincent. Celui-ci du moins a fait quelque bien à l'humanité.

Des colonnes couchées à terre, des citernes ou des tombeaux creusés dans le roc, des sarcophages sur la route de Saïda et sur celle de Tripoli, des inscriptions grecques et latines sans importance, un oratoire en briques marquant à l'est de la ville le lieu où saint Georges aurait lutté avec le dragon et occupant la place d'un temple païen : voilà tout ce qu'il reste de l'ancien Berytus. Nous rentrons pour causer avec nos hôtes, qui, ayant tout vu dans ce vieil Orient, objet de nos études, deviennent pour notre curiosité des livres vivants aussi rares qu'instructifs.

Lundi. 9 avril.

Nous sommes attendus chez le Patriarche maronite, qui est le roi du Liban. En été il habite dans la montagne, En hiver il se tient près de la côte à Bicheurch, où la voiture de Mgr Debs va nous conduire ce matin. Au Caire les cochers crient à la foule : « Gare à tes pieds ! » Ici on dit : Darak! « Gare à ton dos! » Le P. Guillermin est

AU NAIIR-EL-KELU

arrive par le bateau français. Nous remmenons avec nous; il ne doit plus nous quitter jusqu'à Athènes.

La promenade en calèche est délicieuse. Une halte au Nahr-el-Kelb nous donne l'occasion de vérifier les signatures séculaires des conquérants qui ont gravé sur la montagne leurs titres de gloire, au cours de leurs sanglantes expéditions On sait qu'entre la base des contreforts du Liban et la mer, les grèves étroites sont à tout instani envahies par des promontoires rocheux qui interceptent la route. Pour passer en masse avec des chevaux, des vivres et des munitions, les grandes armées durent tailler dans la pierre des chemins contournant ces promontoires. I !'es! au cours de ce travail que les artistes de l'époque ébauchèrent sur le roc des stèles en l'honneur de rois qu'ils escortaient.

Trois bas-reliefs sont l'œuvre des Égyptiens : un se voit près de la roule, non loin du fleuve, et deux autres sur la montagne. Tons ont été placés fort à propos surjlcs points OÙ le terrain, nivelé en guise de plate-forme, permettail aux passants de les examiner à l'aise. Aujourd'hui ils sont ton peu apparents. Les Assyriens, peut-être parce qu'ils sont passés ici plus souvent, ont été plus prodigues de ces sortes de sculptures. On en voit six, trois au bas de la montagne el trois au haut, intercalées avec, celles ,[. ptiens.

Leurs souverains sontaisémenl reconnaissais à la longue barbe et à la tiare conique. In des rois Assyriens lève la main droite en l'air. In

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autre tient une masse d'armes et témoigne sa puissance par des signes symboliques, une étoile, un sceptre et un disque gravés à côté de lui. Il y avait aussi des inscriptions, mais nous n'en pouvons rien lire. Les plus habiles trouvent ici la

physionomie et les titres royaux d'Assarhaddon. Téglatphalasar, Assournazirpal, Salmanasar II et Sennachérib y sont aussi représentés. Le Pharaon qui est au sixième bas-relief, de forme carrée avec corniche et moulure égyptienne, et au huitième avec Ammon, est le célèbre Ramsès II. En 1860-61. l'armée française a gravé aussi sur ces rochers les noms de Napoléon III, de Beaufort d'Hautpoul, d'Osmont, de Ducrot et des régiments expéditionnaires; mais cette inscription n'arrivera pas à la postérité, car elle commence à être fort compromise. Celle de Marc-Aurèle, près du fleuve, se trouve, au contraire, merveilleusement conservée après dix-sept cents ans d'existence. Ces Romains étaient uniques pour faire grand et durable.

Les anciens appelaient volontiers Lion, Loup, Chien, les fleuves qui, dans la rapidité de leur cours, faisaient, aux jours d'orage, retentir les montagnes du bruit de leurs mugissements. Ici même un rocher, taillé en piédestal, portait la statue d'un chien ou plus probablement d'un loup. Le nom de Kelb, Chien, est moderne. La dénomination antique était Lycus. Le loup avait

a gueule ouverte, et quand le vent de la mer s'y engouffrait, on entendait un bruit lugubre où les plus malins distinguaient des oracles.

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