CHEZ LE PATRIARCHE MARONITE
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Après une petite halte à Djouneh, où l'on nous a préparé des rafraîchissements, trois monture heureusement solides, nous conduisent à la ré denec du patriarche, c'est-à-dire a moitié chemin du ciel et par un sentier aussi escarpé que celui du paradis. Nous sommes aussitôt introduits dans)*; divan où les vicaires généraux, dont l'un est archevêque, les chanoines et les secrétaires de Sa Béatitude nous attendent. Le patriarche ne tarde pas à arriver lui-même. C'esl un vieillard de quatre-vingt-trois ans. petit, séduisant, fin, distingué, vénérable et surtout ami des Françai . En fait de langues européennes, il ne parle l'italien, ayant jadis vécu à Rome. Cela me vau! l'honneur de tenir la conversation. 11 m'exprime tout son dévouement pour la France et son ri gret de la faiblesse que notre gouvernement vien! de montrer en déplaçant le consul de Damas I qu'il me dit n'est pas nouveau, car nous avon recueilli cette pénible impression partout où non sommes passés, au Caire, à Jérusalem, à Damas et ici, sur les lèvres de tons nos \rais amis, depuis le dernier de nos moukres jusqu'au fil d'Abd-el-Kader; mais le patriarche exprime ses
sentiments avec une telle émotion, que sa paroi. me pénètre douloureusement. 11 B'en aperçoit, et, prenant ma main, il la porte à son oœur en ajoutant : « Ce que je viens de dire vous attriste, mais ma sincérité ne saurait vous déplaire. Do puis que ce oœur, dont les palpitations se ralentissent avec l'âge, a su aimer quelque chose, il a battu pour la France. Par ma bouche, ceux qui
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m'entourent ici et ceux qui ni'obéissent dans nos montagnes vous en disent autant. Ce qui vous arrive d'heureux nous transporte d'allégresse ; ce qui vous amoindrit nous humilie et nous afflige. Dites à votre gouvernement avec quelle fidélité nous restons les Français de l'Orient. Rien ne saurait nous faire oublier les traditions séculaires qui nous unissent. A toute heure, par le cœur, par la prière, par l'espérance, nous sommes siens. » Et tandis qu'il parlait, l'auguste vieillard semblait transfiguré sous le feu d'un saint enthousiasme. Son entourage s'est levé en applaudissant. J'ai accepté de transmettre à qui de droit cette touchante déclaration, et je sais qu'elle sera bien accueillie.
A table, les conversations particulières n'ont fait que confirmer celle du patriarche. Ces genslà ont vraiment le cœur et l'œil chez nous. Ils paraissent être des hommes d'action. Un jeune supérieur de collège, Simon Mourad, l'émissaire du patriarche qui est venu nous prendre à Beyrout, me frappe par son ardeur, sa générosité et son énergie. Les Maccabées devaient être de cette trempe. Le secrétaire du vénérable vieillard est un jeune homme distingué, et Mgr Massada un saint prélat.
En rentrant à Beyrout nous apprenons qu'il plait au bateau français de partir ce soir, et non plus demain matin. En hâte nous prenons congé des Révérends Pères, qui nous ont donné l'hospitalité la plus large, la plus prévenante et la plus cordiale. Nous ne perdrons jamais le souvenir
DÉPART DE HFA'UOUT. — TUIl'OLI
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des hommes d'élite que nous avons rencontrés là.
Le soleil se couche au moment où nous arrivons à bord de l'Amazone. Les flots prennent une teinte plus azurée; les sommets des montagnes sont encore éclairés par les rayons d'une lumière incertaine, et la ville, au milieu de ses bouquets de mûriers, de sycomores, de Lilas, audessus desquels se balancent quelques palmiers, semble nager dans un nuage d'or et de pourpre qui multiplie la vie en paraissant la voiler. Peu à peu le soleil s'éteint à l'horizon. Les étoiles 8e montrent dans le ciel bleu. Demain nous nous réveillerons à Tripoli.
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l'as plua ici qu'à Beyrout, il ne tant chercher des souvenirs bibliques. Ce n'esl pas que La côte phénicienne ait échappé, des L'origine, à L'action des hommes apostoliques. Nous savons, au contraire, qu'après le meurtre d'Étiejane, Les disciples, persécutés à Jérusalem, se répandirent hors du pays et prêchèrent en Phéniqie, à Chypre et à Antioche. Seulement les détails sur l'évangélisation de ces villes maritimes, toutes à leur commerce et à leurs voyages, quand elles n'étaient pas à de; criminels plaisirs, nous font défaut. On sait néanmoins que Lorsque Paul, allant de Milet à Jérusalem, descendit à Tyr, où le vaisseau laissait des marchandises, il y trouva un groupe de disciples. Au nom de l'Esprit-
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Saint, ceux-ci le prièrent de ne pas monter à la Ville Sainte, et, après sept jours de pieux entretiens, ils l'accompagnèrent au navire. Leurs femmes et leurs enfants s'unirent à cette démonstration de respectueuse tendresse. Ensemble ils s'agenouillèrent sur le rivage, et, dans une fraternelle prière, ils se dirent un cordial adieu. Plus tard, Paul, conduit à Rome pour y être jugé, obtint du centurion Julius la permission de débarquer à Sidon pour y voir des amis qui constituaient déjà une Église. On peut en conclure qu'il y eut aussi des communautés chrétiennes dans les autres villes de la côte, à Béryte, à Byblos, à Tripoli, à Arad, mais de leur histoire il ne nous est rien parvenu.
Au reste, Tripoli ne fut autrefois qu'une sorte de marché phénicien où trois villes, — de là vient son nom, — Tyr, Sidon et Arad avaient chacune son comptoir, situé à un stade l'un de l'autre, et entouré d'une enceinte fortifiée. Ces établissements occupaient la presqu'île nommée aujourd'hui El-Mîna, le Port ou la Marine. Il en reste encore des débris visibles au milieu des champs, dans les murs des maisons modernes et sur la plage de l'anse allant d'El- Mina à l'embouchure du Kadicha, où des colonnes de granit vert gisent, à demi enfouies, au pied de six vieilles tours à peu près détruites.
La nouvelle ville s'est bâtie à trois kilomètres plus avant dans les terres, autour d'un château monumental élevé, au douzième siècle, par Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, sur