LA. SŒUR RAMEL
légitimement aimé. Née à Ricux-Minervois, il y a quatre-vingts-ans de cela, elle m'a paru n'y plus connaître personne, et la grâce l'a si bien établie dans un monde nouveau, qu'elle a tout oublié de son pays natal. La sœur Ramel est célèbre dans la congrégation de la Charité par son abnégation, son esprit pratique, sa bonté et ses œuvres. Elle l'est restée parmi ses compatriotes par ses charmes de jeune fille et la générosité de sa vocation. Enfant, on la couchait dans le même berceau que mon père. Aujourd'hui notre tombeau de famille est à côté du tombeau des siens. C'est dire quels souvenirs nous unissent. Chez moi, ils se compliquent d'une tendre vénération pour la femme dont le nom, mêlé aux récits édifiants du foyer domestique, m'a toujours rappelé la suave énergie de la grâce modelant, à travers le jeu des passions humaines, l'âme des serviteurs de Dieu.
La voilà donc cette chère sœur encore pleine d'agréable vivacité, de séduisante bienveillance, de bonheur maternel, en nous accueillant. Les rides ont à peine effleuré son front, et ses grands yeux bleus reflètent toute la candeur de son âme. Le soleil d'Orient, depuis quarante-cinq ans qu'elle l'endure, n'a pas altéré la blancheur de son teint. Quelques-uns de ses blonds cheveux qui s'échappent de sa coiffure sans recherche grisonnent à peine. Elle est petite de corps et grande d'âme. Je la trouve telle que je l'avais rêvée. Ses filles l'aiment comme une mère et la vénèrent comme une sainte. Le sultan n'a plus
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LA SUE UIl RAMEL
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de volonté quand elle va à Constantinople le supplier pour ses œuvres, et nous verrons tout à l'heure comment elle fera agréer ses requêtes par M. Imbert, le délégué du gouvernement français, que nous avons rencontré ici.
Qui pourrait s'en plaindre? Cette femme n'a qu'une passion : la charité. Ce qu'elle veut, ce qu'elle obtient, ce qu'elle fait, est pour rendre les êtres malheureux plus rares, la vertu plus facile, Dieu plus connu, la France plus aimée. Elle nourrit deux cents orphelines, (''lève gratuitement quatre cents jeunes lilles, traite au dispensaire tous les malades qui se présentent. Quand je dis e^c, j'entends ces vingt religieuses qui, sous ses ordres, travaillent, enseignent, visitent, se multiplient et n'ont qu'un désir, celui d'être le bras de leur mère. C'est une très édifiante communauté. Les quelques Syriennes qui en font partie ne sont pas déplacées à côté des Parisiennes spirituelles, ou îles Anglaises distinguées qu'on y rencontre. Nous observons que ces bonnes filles de L'Orient portent à leurs mains où à leur front d^s tatouages qu'elles ont cruellement cherché à l'aire disparaître. Souve nirs de famille, symboles d'amitié, empreintes de la main d'un père ou d'une mère qui ont marqué leurs droits sur la frêle créature pour la retrouver s'ils venaient à la perdre, serieZ-VOUS donc un sacrilège? Dieu ne dit-il pas à Sion qu'il porte son image sur sa main?
Nous visitons les classes, La filature, la magnanerie, le vaste jardin où les orangers ploient
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