TRIPOLI. — CHYPRE
et la malice des hommes n'épuiseront jamais.
Les PP. Lazaristes sont arrivés de leur campagne pour diner avec nous. Les bonnes religieuses nous offrent chacune un plat de son pays. Notre meilleur régal est le parfum de simplicité, de sympathie, de sainteté, qu'elles répandent sur la petite fête. Nous les quittons avec un vrai serrement de cœur, chargés de souvenirs que leur inépuisable bienveillance nous force d'accepter. Les âmes chrétiennes ont l'espoir de se retrouver devant Dieu.
A six heures, le navire cingle vers l'île de Chypre, pays d'infâmes souvenirs, et antipodes de l'atmosphère où estéclose la sœur de Charité.
Ile de Chypre, II avril.
J'assiste au lever du soleil sur le pont. La mer est belle à voir. Ses vagues passent subitement du vert le plus tendre au bleu le plus pur, selon le jeu varié de la lumière qui les pénètre. La blanche écume qui couronne leur crête mobile forme encore, coup sur coup, le berceau vaporeux où la poésie antique avait fait naitre Vénus. A part ce ravissant spectacle de la mer qui l'entoure, l'île où nous allons aborder est indigne de son antique réputation. Râpée, brûlée, sans \3gétation, hérissée de montagnes abruptes, il n'est pas possible de ne pas demeurer interdit devant sa décevante laideur.
On l'appelait jadis la Bienheureuse. En ce