‹ Notre voyage aux pays bibliquesChapitre 123 sur 334 · L'ILE DE CHYPRE · texte numérisé non relu

L'ILE DE CHYPRE

arrosée par quelques cours d'eau dont le plus important est le Pédiœos, qui se jette dans la mer près de Salaminc. Comme le Nil, le Pédiœos a ses crues périodiques, mais, dépourvu de barrages et de canaux, à l'époque des pluies, il se précipite comme un torrent dévastateur, et quand les chaleurs arrivent, la sécheresse devient désastreuse.

Les ports de Chypre étant naturellement tournés vers la Syrie, et le peuple, par ses origines, ses relations, son caractère, se rattachant à la côte phénicienne, on peut trouver naturel que l'île ait été évangélisée sitôt que des prédicateurs jugèrent à propos de rayonner hors de la Palestine. Les Juifs étaient d'ailleurs fort nombreux en Chypre, comme dans la plupart des îles commerçantes. En outre ils avaient demandé ici leur part à la vaste exploitation des mines de cuivre qu'Hérode avait entreprise du consentement d'Auguste. Un des plus vaillants messagers de la bonne nouvelle, Barnabe, ce Fils de consolation ou de prédication, qui vendit ses terres pour en donner le produit à la communauté chrétienne, fut un Cypriote. Il devint le protecteur et le compagnon de Paul dans l'apostolat. Mnason, l'ami chez lequel l'Apôtre devait recevoir l'hospitalité à son dernier voyage à Jérusalem, était encore de Chypre, et comme l'historien sacré le qualifie d'ancien disciple, on peut croire qu'il avait été un converti de l'île.

C'est à Salamine, derrière ce cap Pédalion, au fond du golfe, à notre droite, que débarquèrent

LARNAKA

Paul et Barnabe, envoyés par la communauté d'Antioche. Là, ils inaugurèrent leur apostolat officiel en dehors d'Israël, à travers les plus vives émotions. Jean-Marc les accompagnait. C'est dans les synagogues juives qu'ils cherchèrent leurs premiers auditoires. Sauf une sorte de crypte de onze mètres de long, avec une fontaine au milieu et qui fut peut-être un temple, il n'est pas resté pierre sur pierre de cette ville, bâtie, dit-on, par une colonie de Salamine, près d'Athènes, et devenue la seconde capitale de Chypre à l'époque apostolique. Des buissons touffus couvrent ce site désolé, et le port luimême est depuis longtemps envahi par les sables. Cependant, nous entrons dans la rade de Larnaka, qui fut l'antique ( 'itium, Kettim de la Bible. Le nom actuel de cette ville est un mol grec qui signifie les coffre?, ou les sarcophages, el fait allusion au grand nombre de tombeaux répandus sur la plage. Plusieurs étaient à fleur de terre, et les marins désignèrenl ce lieu sous le nom de Larnaka. Le consul américain, M. de Cesnola, en a fouillé plus de deux mille, qui dataient des quatre premiers siècles axant l'ère chrétienne. L'un d'eux contenait dans une urne do bronze six cents statères d'or à l'effigie de Philippe et d'Alexandre. Encouragé par ce résultat, il entreprit, au compte des États-Unis, mais avec une précipitation regrettable, des fouilles à l'ancienne Idalie, située plus avant dans les terres. Il y fil ouvrir quinze mille tombes phéniciennes. A Golgos, non loin d Idalie,

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il recueillit, dans les ruines de deux temples, une riche moisson de statues égyptiennes et des sculptures romaines, grecques et même assyriennes. Ayant moins bien réussi à Salamine, il se rejeta vers Leucolla, Pissouri, Paphos, Amathonte, sur la côte méridionale, et couronna ses fécondes recherches en mettant la main sur le trésor de Curium. Dans le souterrain d'un vieux temple, il découvrit la plus belle collection de vases d'or, de cristal ou de bronze, et de pierres gravées que pût rêver le plus ambitieux des archéologues. Tout n'a pas été encore exhumé, car la grande île était un des points du vieux monde où le passé avait le plus enfoui de richesses et où les hommes modernes en avaient le moins cherché. Depuis qu'il y règne en maitre, le gouvernement anglais a interdit toutes les fouilles.

En mettant pied à terre, nous constatons ce que, sur ce sol poudreux, le soleil bridant a de désagréable. Le monument le plus ancien qui soit ici est une sorte de chapelle presque enfouie sous terre et qui fut primitivement un temple phénicien. La cella, couverte par deux larges quartiers de roc taillés en cintre surbaissé, est précédée d'un vestibule. Au milieu, et probablement devant l'autel de la déesse, il y eut une fontaine sacrée. L'oratoire est aujourd'hui consacré à la sainte Vierge, sous le nom de Panaghia Phanéroumeni. Une lampe pleine d'huile se trouve au milieu de la petite chapelle, et, lorsqu'un cœur inquiet veut savoir si son affection

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TEMPLE D'ASTAK'l h

est payée de retour, il l'allume à l'approche de la nuit. Si, au soleil levant, la fatidique lumière brûle encore, c'est bon signe; si elle est éteinte, le pèlerin désespéré s'en va en se frappant le front; c'est signe qu'il n'est pas aimé. Ainsi, jusque dans leurs pratiques chrétiennes, peuples sensuels et grossiers mêlent à l'expression de leur foi quelques restes de souvenirs païens. On dit qu'aux fêtes de la Pentecôte ils arrivent processionnellement sur la plage et jettent à la mer par centaines, comme, d'après Hérodote, leurs aïeux s'y jetaient autrefois pour célébrer la première visite des anciens Cypriotes à Vénus fraîchement éclosc au milieu des II Les filles du peuple croient que se rendre à cette manifestation religieuse est le meilleur moyen de se marier, et les jeunes gens, partageant cette conviction, s'empressent d'y aller choisir leurs épouses. A voir le type de la population actuelle, nous demeurons convaincus qu'il a été aussi modifié que l'aspecl de l'île, autrement il faudrait convenir que la déesse de Paphos et son culte ne profitaient guère au développement de la beauté des formes plastiques chez fanatiques adorateurs.

Sur une butte appelée Bamboula, que les Anglais viennent de faire niveler [mur combler le marais où fut l'ancien port, s'éleva jadis un temple d'Astarté. Dans les substructions, on a trouve, avec de nombreuses statuettes en terre cuite, des tablettes de marbre OÙ ('(aient gravés les salaires dus aux divers employés du temple.

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