‹ Notre voyage aux pays bibliquesChapitre 124 sur 334 · ÉGLISE SAINT-LAZARE · texte numérisé non relu

ÉGLISE SAINT-LAZARE

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portiers, décorateurs, barbiers, chanteuses et personnages infâmes voués au culte de la déesse. On peut voir aussi des arasements d'un autre sanctuaire vers l'ouest. Deux piédestaux de marbre portaient le nom de Démêler, Protectrice des bords de la mer. A en juger par les misérables moissons nées dans ces champs, où l'acreté du sol arrête la végétation, il a dû être de tout temps utile d'implorer la protection de Cérés sur les sillons brûlés par le soleil et par la salure de la mer.

A l'intérieur, la ville est absolument morte. Tout le mouvement se concentre au faubourg qui longe la plage. Les PP. Franciscains nous font un excellent accueil. De belles roses et quelques fleurs que j'admire dans leur jardin m'expliquent la qualification de parfumée, ewoS»)?, que les Grecs donnaient à l'ile. A diner, on nous offre du vin de la Commanderie. Sans être séculaire, comme celui que l'on a adressé à Léon XIII pour ses noces d'or, il est assez vénérable pour paraître délicieux à ceux que n'épouvante pas son feu plus ardent encore que les rayons du soleil.

L'église byzantine de Saint-Lazare mérite d'être visitée. Les Grecs prétendent qu'elle est bâtie sur la tombe de l'heureux ressuscité de Béthanie que Jésus rendit à ses deux sœurs désolées, et qui, afin d'éviter la persécution, serait venu plus tard se réfugier à Citium pour y prêcher comme évoque et même y mourir martyr. Il est très surprenant que saint Épiphane, arche-

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vêque de Salamine, se contente de nous apprendre que Lazare mourut trente ans après Jésus-Christ, sans rien dire de son épiscopal en Chypre, surtout s'il avait réellement son tombeau à Citium, ville dont il était lui-même métropolitain. Cependant la croyance de ces bons prêtres grecs remonte à une haute antiquité, car l'histoire raconte que Citium fut le lieu où, au neuvième siècle, l'empereur Léon le Philosophe fit prendre les reliques de saint Lazare pour les transporter à Constantinople dans une belle église qu'il y avait bâtie en l'honneur de ce saint. Je ne sais comment ces prétentions des prêtres de Larnaka s'accommoderaient avec celles de nos amis de Provence et de Marseille.

Quoi qu'il en soit de Lazare, il est certain que Paul et Barnabe sont passés à Citium, car il est dit qu'après leur prédication à Salamine u ils traversèrent l'île d'un bout à l'autre jusqu'à Paphos ». La route de terre suivait à peu près la côte méridionale, touchant aux principales villes maritimes Citium, Amathonte <•! Curium. I

colonies juives étaient échelonnées dan- ces centres commerçants. Le nombre des Israélites y devint même si considérable qu'ils purent, vers la lin du règne de Trajan, se soulever contre les Cypriotes, et, sous la conduite d'un certain Ailémius, en l'aire un immense massacre. Adrien les châtia cruellement de cette sanglante équipée et les chassa de l'île. Au temps de saint Paul, leurs synagogues avaient singulièrement favorisé l'évangélisation mixte des deux apôtres, qui

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commençaient par s'adresser aux juifs pour étendre insensiblement leur action jusqu'aux familles païennes.

Il faut bien croire que l'amour de l'argent a poussé de tout temps les fils d'Israël à pactiser avec la conscience et la loi; car enfin comment pouvaient-ils s'acclimater dans un milieu aussi immoral que celui de Chypre, et comment eux, si jaloux d'éviter toute souillure, se résignaientils à vivre dans cette perpétuelle impureté? L'ile tout entière n'était que le vaste temple de cette Vénus Astarté, puissance génératrice dont le culte, licencieux jusqu'à l'infamie, résumait tout ce que les passions brutales de l'Orient et la volupté raffinée de la Grèce avaient imaginé de plus abominable. Le sanctuaire vénéré parmi tous était celui de Paphos où, sur une éminence, à deux kilomètres de la mer, dans un temple dont les murs, avec leurs énormes blocs de cinq mètres de long sur trois de haut, subsistent encore, la déesse était adorée. Sa statue n'avait rien de commun avec ces marbres célèbres que le génie grec nous a légués. Elle n'était sortie ni du ciseau de Praxitèle ni de celui de Phidias. On la disait tombée du ciel. Au-delà d'un parvis semi-circulaire où, près de l'autel toujours fumant, voltigeaient les colombes sacrées, entre les rideaux de pourpre suspendus à deux colonnes monolithes entourées de fraîches guirlandes, la cella laissait entrevoir dans ses profondeurs une pierre blanche en forme de cône tronqué. C'était le symbole inepte ou abomi-

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