PORT DE SÉLEUCIE
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considérable pour nous, s'il était authentique. C'est celui de sainte Thècle, cette vierge célèbre dont la légende ne s'est tant préoccupée que parce qu'elle joua un rôle important dans l'Église primitive. Disciple de Paul et douée d'une intelligence et d'une énergie peu communes, elle dut aider l'Apôtre dans quelques-unes de ses missions. La condamnation par le pape Gélase des actes de Paul et de Thècle n'enlèvent pas à cette illustre chrétienne les mérites que les premiers Pères de l'Église lui ont authentiquement attribués. Mais son tombeau fut à Sélcucie-Trachée, aujourd'hui Sclefkeh, sur les bords de la mer de Cilicie. Peut-être est-ce un souvenir de la vie et non de la mort de Thècle qui se rattache à l'hypogée de Màr-Touklèh. Ce serait à voir de plus près. Nous avons cl i t que toute la côte syrienne fut évangélisée par la première génération apostolique. Laodicee était une de ses villes les plus importantes, et peutêtre la plus peuplée des Juifs. Pour faire mieux accepter ses nationaux, Hérode le Grand y avait édifié un bel aqueduc dont nous aurions été heureux de voir les ruines.
Des massifs de verdure encadrent agréablement la ville, appuyée sur la colline qui l'abrite vers l'Orient, et où nous distinguons une belle mosquée avec son minaret. La plaine est 1res fertile. Jadis on y cultivait la vigne avec auccès. Aujourd'hui c'est à la culture du tabac quo l'on s'est adonné, et l'excellente qualité de celui-ci y fait oublier la réputation du vin d'autrefois.
PORT DE BÉLEUCIE
Vers onze heures nous passons en vue de Sëleucic, l'antique port d'Antioche. La mer s'est calmée. Sous le ciel pur, le Casius dresse son sommet dénudé. Ammien raconte que le paganisme y offrit à Jupiter, par la main de Julien l'Apostat, un de ses derniers sacrifices. Plus au nord le Coryphée, dernière ramification de lAmanus, abaisse ses flancs rocheux, qui servirent jadis de nécropole à la ville de Séleucus. Entre les deux montagnes coule l'Oronte, venant d'Antioche, mais la route qui traverse la partie inférieure du Coryphée a toujours été le chemin le plus direct qui reliait ces deux villes. C'est par ce chemin que descendirent Paul et Barnabe, allant officiellement prêcher l'Évangile hors de la Terre Sainte. C'est du port ensablé au fond de cette anse, près de Souedyeh, l'ancienne Séleucie, qu'ils partirent, la foi et l'enthousiasme au cœur, prêts à semer partout ce feu apporté par Jésus au monde, et qui devait se transformer en un si vaste et si salutaire incendie. A ces hommes apostoliques, les préoccupations personnelles, les soucis de la vie physique, les agitations extérieures, la politique, les guerres, la paix, les puissances de la terre n'étaient rien, et sous le souffle de l'Esprit ils faisaient beaucoup. Leur religion ne s'occupait que des âmes et ne voulait voir rien en dehors du monde supérieur où elle établissait son action et préparait son triomphe. Là était peut-être le secret de son action rapide et irrésistible. Je regarde tristement ces flots qui portèrent ces grands prédicateurs, et je rap-
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D AEEXA.NDRETTE A BEYLAN
proche notre impuissance d'aujourd'hui de la puissante activité d'autrefois. Mon Dieu, plus aucun souffle de vous ne passcra-t-il donc sur nos prêtres, sur l'Église, pour y ramener l'antique sève évangélique? Les siècles ne se ressemblent pas, les conditions de vie ne sont pas les mêmes, les relations sociales ont été absolument transformées; mais le véritable esprit chrétien peut-il être différent de celui de l'Évangile, qui l'ut l'arme unique des apôtres de Jésus- Christ? Une misérable felouque, comme celle que je vois flotter sur la côte, les emporta vers Chypre, et l'œuvre de la transformation morale du monde romain commença. Contrastes singuliers dans l'histoire et étrange équilibre des lois de compensation! d'ici étaient partis jusqu'alors et devaient partir plus d'une fois encore, allant de l'Orontc au Tibre, ces semeurs de corruption qui excitaient la verve indignée de Juvénal :
Jampridem Syrua in Tiberim defluxit Orontcs.
Alors c'était le vaisseau de salut qui avait mis à la voile. Qui pourrait dire si, dans les nombreux voyages qu'il entreprit, Paul quittant ce rivage ne se trouva jamais mêlé à l'infâme cargaison des louves mitrées qui portaient à Rome et ailleurs l'immoralité dont parle le satirique romain?
Nous tournons le cap El-Khanzir [la Tête de porc), et nous voilà dans le golfe d'Aloxandretto ou d'Issus. La mer n'a plus une seule vague. A trois heures nous débarquons à Alexandre! te, où le consul français, M. Garelli, a eu la bonté
de nous faire préparer une voiture pour arriver ce soir à Bcylan et demain avant midi à Antioche. La voiture est un vieux coupé fabriqué jadis à Lyon, et qui, je ne sais par quelle série d'aventures, est venu échouer sur la côte de Syrie. Le zaptié, qui nous protège, le cocher qui nous conduit et les trois chevaux qui nous emportent sont ce qu'il y a de plus turc au monde. Nous observons au consul que nous sommes incapables de nous faire entendre de ces gens-là et de quiconque leur ressemble. Il nous donne pour Beylan le nom d'un interprète, et nous partons à peu près rassurés. Le voyage doit durer à peine trois jours. Nos bagages se réduisent à notre gibecière, le bréviaire, le guide, la lunette, et un vif désir d'étudier les ruines d' Antioche.
En deux heures, par la belle route d'Alep, nous sommes à Beylan. Le soleil se couche. Trouverons-nous un gîte pour en faire autant? La foule, empressée derrière notre voiture, donne à notre entrée dans la ville un aspect de triomphe. C'est bien, mais les triomphateurs ne savent pas dire un mot à ceux qui les escortent. Cependant il faut demander un hôtel, un souper et un lit. Nos signes n'ont d'autre résultat que de réjouir visiblement l'assistance, et notre mimique, si éloquente soit-elle, demeure parfaitement incomprise. A trois, nous reconstituons enfin le nom que le consul nous a donné comme moyen de salut au moment du départ, et nous jetons à la foule le nom fabriqué de Gar-bî. Il n'eut vraiment pas plus de chance que nous
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