LA RUE D'HÉRODE
pas nos hôtes au niveau du culte enthousiaste que nous professons pour les vieilles ruines. A toutes nos questions ils font la même réponse : « E niente da. vedere! Nos pauvres Messieurs, vous n'avez rien à voir ici! — Comment! rien? Pas une ruine? Une pierre? — Niente, niente! — Nous savons par cœur notre Millier Antiquitates Anliochenœ. — Niente! niente! » Et sur ce glacial encouragement nous demandons quand même à sortir et, sinon à voir, du moins à chercher.
Eh bien, « E niente! » C'est vrai et c'est faux. De visible, il n'y a rien. Sous terre, à un ou deux mètres de profondeur, il y a tout. A peine sortis de la ville, vers le levant, aux premiers jardins que nous rencontrons, des ouvriers cherchent des pierres pour construire, et ils trouvent des chapiteaux sculptés, des colonnes, des frises, et, les malheureux! ils les brisent pour édifier de mauvaises maisons. Ce sont là très probablement des restes de la magnifique colonnade qu'IIérode avait l'ait édifier le long de la grande voie qui traversait la ville, sur un espace de vingt stades, près de quatre kilomètres. ( îette immense rue, défoncée par les chars, était boueuse et détestable pour les piétons. Leroijuifla lit paver en marbre et orner d'une double galerie qui, de chaque côté, mettait les promeneurs à l'abri du soleil et de la pluie. La direction de la rue vers la porte Saint-Paul est restée la même. De grandes pierres blanches s'y retrouvent encore par intervalles. Les colonnes que l'on exhume sous nos yeux sont bien à peu près là où elles
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CIMETIÈRE D'ANTIOCIIE
durent tomber sous la secousse de quelque tremblement de terre. Parmi ces débris on ramasse des monnaies qu'on veut nous vendre. L'une d'elles est un as, à l'effigie et au nom de Tibère César Auguste, et avec S. C. au revers. Peut-être est-elle passée jadis dans les mains des apôtres ou de leurs disciples. Dire notre stupéfaction, nos paroles indignées en voyant déterrer ainsi le passé pour l'exterminer à tout jamais, est inutile. Faute d'autres plus compétents, nos religieux d'Orient ne pourraient-ils pas s'instituer conservateurs, sinon des pierres, ce qui ne serait pas toujours possible, du moins des indications et des souvenirs archéologiques que soulève la pioche de ces ineptes travailleurs?
Nous montons vers le cimetière latin, à travers des jardins fort mal tenus. Malgré l'absence de tout travail, des fleurs éblouissantes croissent partout. Les arbres sont couverts de fruits. Des pillards, non pas enfants, mais barbons plus que mûrs, dévalisent des amandiers et se gorgent de leurs fruits verts. Le site des vieilles villes, soit que les morts y aient engraissé le sol, soit que les vivants aient longtemps négligé d'y rien cultiver, est d'ordinaire très fécond. Les orties montent ici au-dessus de nos têtes, et les lauriers atteignent de colossales proportions.
C'est à l'aide d'une échelle qu'il faut aborder la plate-forme donnant accès au petit sanctuaire, seule relique vénérée à Antioche par les religieux latins. Quand on s'en va, on enlève l'échelle pour rendre moins facile la dévastation du pieux par-
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