‹ Notre voyage aux pays bibliquesChapitre 14 sur 334 · H AI · texte numérisé non relu

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tapageur, afin de mieux déguiser sa marche. Les pauvres bêtes ne connaissent que leur quartier, d'où elles ne sortent ni jour ni nuit. Elles s'accouplent avec les chacals, ce qui ne rend la race ni plus belle, ni mieux civilisée.

Nous trouvons au presbytère une confortable hospitalité. Notre journée a été bien remplie. Les seules ruines que nous ayons laissées derrière nous sans les visiter sont celles de Haï et de Michmas. Situées trop à l'orient, elles nous eussent ramenés vers Jéricho. Haï ne fut pas loin de Béthel. Les récits bibliques la placent au levant et à peu de distance de cette ville. On ne comprend pas qu'Eusèbe et saint Jérôme la supposent à l'occident. Ce fut la première conquête des Israélites après Jéricho, et c'est en remontant l'un des ouadys aboutissant au Jourdain qu'il faut chercher le souvenir de cette malheureuse ville. On sait comment Josué s'en empara par une ruse de guerre à laquelle les Cananéens se laissèrent prendre plus d'une fois. Haï fut brûlé, la population massacrée, le butin partagé et le roi pendu à un arbre, en attendant qu'on l'ensevelit le soir, sous un mont de pierres, aux portes de la ville. A tout jamais Haï demeura un tombeau, dit l'historien sacré. Et, de fait, il n'en est plus question dans l'histoire du peuple de Dieu. Après cela, je me demande ce que valent les diverses hypothèses émises pour préciser son site. Les citernes, les piscines, les tombeaux, les ruines que l'on trouve à El-Koudeireh pourraient marquer la place de la vieille

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cité cananéenne. Mais pourquoi y trouve- 1- on des restes de mosaïques ?

Machinas semble vivre encore dans le nom de Moukmas, que porte un village plus au sud, sur une colline, entre l'Ouady-el-IIayeh et l'Ouady- Souenit. On y voit les rochers à pic qu'escalada Jonathas avec son écuyer pour tomber à l'iinproviste sur les Philistins et les mettre en fuit*'. Malheureusement, lorsque, voyageant au pays des ruines, on ne veut pas coucher sous la tente, il faut l'aire la part du l'eu. Cette fois, elle n'e-fc pas trop grande. Dormons heureux.

Mercredi, 28 mars.

A quatre heures, nous sommes sur pied. Autrefois, le plus difficile était de me réveiller moimême; aujourd'hui, c'est de réveiller les autres et de les déterminer à se mettre en marche. Gif né, l'ancienne Gophna, n'a pas eu de rôle dans l'histoire d'Israël. Comme chef-lieu de toparchie, nous la trouvons mentionnée dans les guerres des Romains contre les Juifs. <)n n'y visite guère que les restes d'une église byzantine datant, connue le vieux château, de l'époque des Croisades. Le curé est très convenablement logé.

Notre chemin suit d'abord une vallée fertile, à travers des bosquets d'oliviers et de figuiers. Les vignes sont belles et bien tenues Des champs de blé font plaisir à voir. Au bout d'une demi-

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heure, nous atteignons le pied d'une montagne, qu'il faut gravir à peu près à pic. C'est de son sommet que nous pouvons voir, vers le sudouest, les rochers de Ilimmon sous les rayons du soleil levant. C'est là que se réfugièrent les six cents Benjamites échappés au massacre général de leur tribu après le crime odieux dont la femme du lévite d'Éphraïm avait été victime. On comprend que, du haut de ces rochers, percés do grottes naturelles, ils aient pu défier la colère de leurs impitoyables ennemis. Ils n'en descendirent que quand on leur eut accordé la vie sauve et le droit de prendre quatre cents filles de Galaad et deux cents de Silo pour reconstituer leur tribu à peu près éteinte.

Plus au nord, sur une hauteur que couronnent une petite tour et des restes de vieux remparts, c'est Tayibeh. Le village descend le long de la colline et domine une jolie vallée. De là son nom Tayibeh, la bonne, qui semble correspondre, quant au sens, à l'ancien nom hébreu Éphraïm. Est-ce une raison suffisante pour y retrouver l'ancienne Éphrem, où Jésus se retira quelque temps après la résurrection de Lazare et avant son dernier voyage à Jérusalem? Saint Jérôme, traduisant Eusèbe, dit qu'Éphrem était à cinq milles à l'orient de Béthel. Or Tayibeh est surtout au nord et à moins de cinq milles. Ne vaudrait-il pas mieux chercher Éphrem plus au sud et peut-être à ces ruines que l'on trouve dans les ouadys avoisinant Machmas, à El-Koudeireh, par exemple?

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Une descente plus détestable encore que la montée, à travers des oliviers où nos palanquins risquent vingt fois de rester suspendus, comme Absalom au térébinthe fatal, nous conduit dans un torrent qui sert île chemin. La vallée clés Voleurs et leur fontaine Aïn-Haramieh ne nous causent aucun effroi. Les gens du pays semblent très laborieux. Les pioches dont ils se servent se terminent d'un côté par un fer de houe et de l'autre par un tailloir de hache. I>es femmes \igourcuses portent souvent deux outres à la !'"i--, ou même un jeune veau sur leurs épaules. Leurs bras nerveux sont ornés de bracelets de verre; leurs jambes sont nues, et i\c> pièces d'argent forment un diadème autour de leur front. Elles semblent avoir peur du mauvais œil. L'une d'elles interrompt son travail pour me faire des signes étranges avec une ardeur superflue. Sa face me paraît hideuse de laideur et de stupidité; sa coiffure noire se termine par uiw double corne au sommet de l'affreuse vi

Les moul se croyant très sûrs du chemin, s'égarent à travers la montagne. J'arrive à Silo une heure axant eux.

Le livre des Juges a très exactement précisé la place de l'antique Silo, au nord île Béthel, à droite du chemin qui va à Sichem et au midi de Lebona. En outre, le nom de l'antique Silo s'est très exactement conservé. Le Scfdloli des Hébreux, en effet, aussi bien (pie £i)>i&p des Grecs, est

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tout entier dans le Siloun actuel. A part cela, que reste-t-il de la vieille ville israélite? De bien insignifiantes ruines.

La principale, où je vais tout d'abord, est à environ cinq cents mètres des débris épars qui couvrent le versant de la colline. C'est une construction carrée bâtie en fort belles pierres sans ciment et sur un point un peu élevé. Le mur en talus qui l'environne a été ajouté plus tard. Il est d'un travail très différent et médiocre. Des hommes de guerre ont voulu sans doute transformer en fortin le petit édifice, d'origine grecque ou juive. Des chèvres y broutent l'herbe sous un soleil de feu, et un berger les distrait en jouant de la flûte. C'est à travers ces bêtes, sans parler des lézards gris et des couleuvres étendues au soleil, que j'inspecte la mystérieuse ruine.

L'édifice, mesurant dix mètres sur chaque côté, était orné de quatre colonnes corinthiennes. Il avait deux portes, dont l'une est murée, et l'autre a vu tomber récemment son magnifique linteau, sur lequel une vache accroupie rumine à l'aise. Je dois la faire lever pour admirer les sculptures du superbe monolithe et en prendre le croquis. Son ornementation consiste en un vase à deux anses, entre deux couronnes de fleurs entourant chacune un disque bombé. Aux extrémités, deux autels ornés de cornes sont à peine reconnaissables. Les pieds-droits de cette porte rectangulaire ont été bâtis avec des blocs superbes. Faut-il reconnaître ici un édifice juif perpétuant le souvenir du séjour de l'arche à

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Silo? Pourquoi n'a-t-il pas au moins la forme, sinon les proportions du tabernacle qui abritait l'arche? Est-ce un sanctuaire chrétien? Il n'y a ni abside, ni forme de croix, ni siyne religieux d'aucune sorte. Une mosquée? Elle n'aurait pas eu de mihrab, et d'ailleurs on n'en bâtissait guère dans les lieux déserts, à moins d'y mettre à profit des constructions déjà existantes, comme noua allons le voir tout à l'heure. La coupe des pierres et le caractère de l'édifice obligent d'ailleurs à y reconnaître une œuvre antérieure à l'islamisme. Est-ce une synagogue? Elle aurait été insuffisante à recevoir même une petite assemblée autour d'un sanctuaire et d'un ambon, deux parties essentielles de tout oratoire juif. Re donc l'hypothèse d'un temple païen. L'édifice en a toutes les proportions, el les chapiteaux corinthiens des colonnes, l'amphore, les couronnes et les formes d'au tels que nous observons dans les sculptures du linteau de la porte sont loin de contredire l'hypothèse. Mais de quelle date errait ce temple païen? Du temps d'Antiochus? 11 est dit, en effet, que ce roi en lit ('lever plusieurs dans Israël, probablement aux lieux que le peuple se plaisait à vénérer. Mais sous les Ma-

chabées l'indignation populaire n'a-t-elle pas du les détruire? Serait-ce ici une œuvre romaine d'Adrien, qui détestait les Juifs, ou de Julien l'Apostat, qui rêvait la résurrection du polythéisme ?

Pendant (pie je me pose toutes ces questions, M. Vigouroux arrive fort mé<

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tour à travers monts et vallées, mais résolu à rattraper le temps perdu en abrégeant son déjeuner.

Notre repas est servi près d'une mosquée en ruines, à l'ombre du seul arbre qui subsiste dans ce vallon. Un autre, aussi vieux que lui, a été indignement brûlé par quelque bandit. L'édifice qu'ils couvraient tous deux de leur ombre s'appelle encore la mosquée de l'Éternel. Y a-t-il, dans cette dénomination, une allusion à la place sanctifiée jadis par la présence de Jéhovah? La mosquée a été bâtie avec des pierres de proportions diverses et ayant servi à quelque édifice plus ancien. Celles de la porte sont les plus belles. Dans cette petite construction, de quinze mètres sur chaque côté, on a ménagé un petit vestibule où se trouve l'escalier de la terrasse. La salle de prière a son mihrab orné de plaques de marbre. Deux colonnes avec chapiteaux pris au hasard on ne sait où soutiennent la voûte.

Les véritables restes de Silo sont à quelques pas d'ici, au flanc de la colline. Ils offrent le plus misérable aspect. On sent que la vieille ville d'Héli ne se releva jamais de sa ruine. Peu de blocs portent la trace du travail intelligent de l'homme. Il faut même croire qu'en ce temps-là on bâtissait avec la pierre fruste la plupart des maisons. De gros cailloux étaient roulés dans une sorte de ciment très dur et formaient des masses compactes. Il y a quelque analogie entre les ruines que nous voyons ici et celles de la Jéricho primitive, qui se retrouvent près de la

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SOUVENIRS BIBLIQUES

fontaine d'Éliscc. Les paysans ont transformé l'antique cité en une série de petits champs que délimitent le plus souvent des substructions près de trente-quatre fois séculaires.

Le blé, l'orge, le sésame, poussent de tous côtés; mais sous la couche végétale, à trois pieds de profondeur, il est aisé de retrouver les citernes creusées par les Cananéens et par Israël. Les rues étaient très étroites. On pourrait presque en suivre les capricieuses inflexions. Au sommet de la colline on distingue un assez vaste espace où le roc a été aplani. C'est une sorte de rectangle irrégulier de cent trente pas de long. Ne serait-ce pas ici le lieu du Tabernacle? Il dominait la ville entière, et aux jours de grande fête l'immense foule du fond de' la vallée pouvait le voir et le vénérer. A Silo, Josué jeta le sort devant l'Éternel pour partager Le pays aux sept tribus qui n'avaient pas encore reçu leur héritage.

C'est ici que, près d'un des poteaux fixant au rocher le tabernacle, le grand prêtre Ib'li observait la femme d'Elcana demandant à L'Éternel de lui donner un fils. Elle remuait à peine les lèvres, lanl sa prière •'■tait intérieure et fervente. Le grand prêtre la prit pour une femme ivre et la méprisa. « Non, dit-elle, je suis une femme qui souffre dans son cœur, .le n'ai bu ni vin ni boisson enivrante, et je répandais mon âme devant l'Éternel. » Le grand prêtre regretta son erreur et la bénit. Et lorsqu'elle eut un fils et qu'elle l'eut sevré, Anne l'amena ici en disant à

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Héli : « Voici l'enfant quo je demandais. Dieu me l'a accordé; je viens le prêter à Jéhovah. »

Sur cette colline le jeune Samuel grandit, portant l'éphod de lin. Il était agréable à Dieu et aux hommes, tandis que les fils du grand prêtre faisaient pécher le peuple et irritaient l'Éternel en méprisant ses sacrifices. Un homme de Dieu vint signifier à Héli le courroux du ciel contre ses fils et sa famille, et Jéhovah, pendant la nuit, appela Samuel pour lui annoncer sa mission future.

D'ici l'arche s'en alla soutenir Israël dans la lutte contre les Philistins, et elle ne revint plus. Là-bas, près de la route où dorment nos moukres, Héli assis attendait des nouvelles de la bataille. Il avait quatre-vingt-dix-huit ans, dit l'Écriture; ses yeux étaient troubles, il n'y voyait plus. Or voici qu'un homme de Benjamin, les vêtements déchirés, la tête couverte de poussière, arriva hors d'haleine criant qu'Israël était battu, les deux fils d'Héli morts, l'arche prise. Ce dernier mot acheva de briser le cœur du juge d'Israël, qui tomba de son siège à côté de la porte, se rompit le cou et mourut, car il était vieux et pesant.

Les habitants du pays prétendent nous montrer le tombeau d'Ophni et de Phinéès du côté de la fontaine, entre les deux collines. Mais rien n'appuie leurs assertions, et les grottes funéraires y sont à peu près toutes pareilles. Un vestibule cintré les précède, et l'entrée de la chambre mortuaire est régulièrement très basse et carrée.

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