DAPHNE
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de myrte et de laurier, asiles d'un culte immoral, où, au bruit des instruments de musique, enivrées de vins et de parfums, tant de générations s'amolliront honteusement.
Le temple célèbre où le dieu rendait ses oracles avait deux portiques, l'un en avant, l'autre en arrière de la cella. Dans celle-ci, ornée de marbres précieux et de bois rares, que la main des artistes avait habilement fouillés, la statue du fils de Jupiter et de Latonc s'élevait, colossale de proportions, et chef-d'œuvre de Bryaxia d'Athènes. On sait comment elle fut brûlée, d'après les uns, parla foudre; d'après les auttf par l'imprudence du philosophe Asclépiadc, qui avait déposé auprès d'elle une figurine en argent de la Déesse Céleste, dont il ne se séparait jamais dans ses pérégrinations et qu'il aimait à entourer de cierges allumés, rendant la nuit, des Qamn ches en voltigeant embrasèrent les ornements du dieu, et tout fut consumé. Julien accusa les chrétiens d'avoir eux-mêmes provoqué l'incendie, et pour les punir il fit clouer et sceller les portes de l'église principale d'Antioche. Au reste, c'est à Daphné que s'engagea la dernière lutte du paganisme contre les disciples de l'Évangile. L'empereur philosophe, « le petit homme à la barbe de boue, » comme on le désignait, aimait à conduire gravement, au milieu des quolibets de la foule qui l'appelait « Ccrcope, Ephialte aux grandes enjambées », des processions de dévotes ou de prêtres salariés qui allaient y offrir des hécatombes. Tous ses efforts ne ressuscitèrent
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pas le culte des faux dieux, à jamais condamné. Quand il n'était plus là pour y pourvoir lui-même, les victimes devenaient rares, et Ammien raconte qu'un jour de fête païenne, étant descendu à l'improviste du Casius à Daphné, pour constater les progrès du polythéisme renaissant, il s'y trouva seul avec un prêtre qui, pour toute victime, avait un oison.
Au reste, le dieu lui-même était découragé et ne voulait plus rendre d'oracles. 11 en donnait pour raison le voisinage des morts, qu'ici, comme à Délos, il abhorrait. C'était dénoncer à la haine des païens la tombe où reposait, encore chargé des chaines qu'il avait portées pour Jésus-Christ, l'illustre évêque martyr Babylas. Julien fit rapporter ses restes à Antioche, près de l'Oronte, dans un sanctuaire où ils avaient déjà reposé. Mais Apollon n'en parla pas mieux pour cela. Vainement, afin de lui ouvrir la bouche, l'empereur fit-il dégager l'orifice de la source de Castalie. Adrien, qui y avait reçu l'annonce de sa future élévation à l'empire, l'avait fait obstruer, « car, disait-il, après une si bonne parole, le dieu n'avait plus qu'à se taire. » Apollon s'obstina dans son mutisme. Quand Julien fut mort, l'Église jeta à terre les autels et les idoles, et, chantant avec enthousiasme les versets du Psalmiste : Aures habent et non audient, os habent et non loquentur, elle assura aux faux dieux le sort final qu'ils méritaient. Partout des sanctuaires chrétiens s'élevèrent à la place de leurs temples. Hélas! aujourd'hui ceux-là aussi ont disparu, et
DAPIINÉ
des moulins à moitié détruits marquent à peine leur site profané.
Deux petits cours d'eau, descendant parallèlement de la montagne, enserrent les ruines de Beït-el-Mû et vont rejoindre l'Oronte, qui multiplie sur ce point ses sinueux contours. De l'autre côté du fleuve est la route de Souedyeh, l'antique Séleucic. Là passèrent plus d'une fois les apôtres quand ils venaient à Antioche, ou quand ils en partaient par le chemin de la mer. Daphné était seulement à quarante stades ou à huit kilomèt: d' Antioche. Souedyeh en est à sept heures de marche à travers les montagnes. Quel que Boit notre désir d'y voir la porte encore debout par laquelle passèrent certainement Paul et Barnabe, nous n'y arriverons pas. Des curieux partent à l'heure même pour y aller reconnaître deux navires, l'un anglais, l'autre italien, échoués sur la côte pendant l'orage d'avant -hier.
En rentrant, nous admirons dans la cour du
Caïmacanliq, ancien palais d'Ibrahim- Pacha, deux sarcophages de marbre dont l'un vient justement de Séleucic, et l'autre a été trouvé
à Antioche même. L'Oronte, dans une de fortes crues, a si bien raviné les terres, qu'il l'a mis à jour pour la plus grande joie des amateurs d'antiquités. Au reste, tous deux sont de la belle époque de l'art. Le lion terrassant un taureau, des masques en relief, quelques guirlandes qui les entourent nous semblent admirablement traités. Des restes de dallage en porphyre, que nous remarquons en passant devant la caserne,
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