MÛRIER
MONTAGNES DE 8AMARIE
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MELONS . PISTACH £, CAROUBE, Nl&ELLE DE CRÊTE
trouvons sur nos pas, ne s'effarouche point et nous regarde fièrement du milieu de sa jeune famille. Au-delà de ces montagnes, vers l'orient, il y eut jadis des forêts. Dans l'une d'elles Absalon périt misérablement.
Notre course par monts et par vaux a des moments critiques. Il faut être passé ici pour comprendre tout ce que contiennent d'amèrement dérisoire ces mots communément employés dans les guides : Route de Samarie. Enfin nous avons gravi un dernier plateau. Un troupeau d'ânes s'y divertit à l'aise, mais le nouveau Saûl qui les garde, plus prudent que l'ancien, ne les livre guère à eux-mêmes. Il n'aura pas, comme le fils de Cis, la chance, en les perdant, de trouver une couronne. Toutefois il convoite un baghchich et vient nous offrir quelques fleurs. Vers trois heures nous descendons dans la grande vallée de Makna. Les sites ont commencé à devenir plus frais. Enfin nous arrivons à la franche verdure, et la plaine qui se déroule à nos pieds est fort belle. Des troupeaux paissent çà et là sur les collines, dont le Garizim, avec un blanc ouely, marque à notre gauche le point culminant. Quelques bergers armés de fusils et de casse-tête les surveillent et nous offrent du lait. L'un d'eux joue sur le nay un air d'une simplicité extrême, mais si pénétrant que je m'amuse à l'analyser. Quatre notes revenant sans cesse, avec quelques inversions, en font tous les frais et suffisent à dire quelque chose d'étrangement mélancolique. Ces mélodies por-
PUITS DE JACOB
tent à rêver et sont en harmonie avec la tristesse de nos âmes, poursuivant à travers des ruines muettes les grands souvenirs évanouis.
Nous laissons à notre droite Aouertah, où une tradition rabbinique place les tombeaux du grand prêtre Éléazar, de Planées son fila et des soixante et dix vieillards; à notre gauche, sur la chaîne du Garizim, Ahouara, Makna, El-Kaline, gracieux petits villages dans la verdure et nous arrivons au tournant du chemin qui se dirige vers Naplouse. C'esl ici qu'il faut descendre pour aller voir le Puits de Jacob.
L'existence d'un puits se rattachant à l'histoire du grand patriarche et portant son nom est affirmée dans l'Évangile de saint Jean. C'est sur la margelle de ce puits, et probablement à l'ombre des arbres qui l'entouraient, que Jésus s'arrêta un jour, tandis que les apôtres allaient chercher des vivres à la ville voisine. Il n'y a pas d'autre puits dans la vallée, et la tradition samaritaine, juive, chrétienne el musulmane a toujours vénéré celui ci comme l'œuvre du patriarche. Si la Genèse, qui parle des puits creusés par Abraham et isaac, ne dit rien de ceux de Jacob, ce silence est largement compensé par les détails que L'Évangile nous donne Bur celui qui nous intéresse. Il était près du champ que Jacob donna à son fils Joseph. Or ce champ, d'après l'Écriture, se trouvait non loin de Sichem, là même où les restes de Joseph furent ensevelis au retour de l'Egypte. Puisque Jésus et les apôtres allant de Jérusalem en Galilée s'y
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PUITS DE JACOB
arrêtent, comme à une halte naturelle, c'est qu'il devait être sur la route. Enfin sa situation au pied du Garizim est indiquée par le geste que supposent ces paroles de la Samaritaine : « Nos pères ont adoré sur celte montagne. » En outre, ce n'était ni une citerne ni une fontaine, mais une source dans un puits très profond. Tout cela concorde très exactement avec ce que l'on nous montre ici.
Sous une sorte de voûte à moitié détruite, dans la crypte d'un antique sanctuaire, le puits s'ouvre par un orifice très étroit. Le capitaine Anderson est, je crois, le dernier explorateur qui l'ait visité à fond. Très agréablement il nous raconte comment, après avoir franchi l'insuffisante ouverture, il fut descendu avec une rapidité vertigineuse à vingt-cinq mètres de profondeur. Heureusement qu'il avait été solidement attaché par les pieds et par les reins à la corde, dont les mouvements saccadés le rejetant sans cesse contre les parois du puits, large cependant de plus de sept pieds, l'exposaient à de douloureuses contusions et à perdre l'équilibre. Lorsque, arrivé au fond, il regarda au-dessus de sa tête, le jour venant par le petit orifice lui produisait l'effet d'une étoile scintillante, et le puits celui d'un canon de fusil. C'était au mois de mai; il n'y trouva pas une goutte d'eau, mais une petite cruche intacte prouvait qu'il y en avait quelquefois, autrement on n'y serait pas venu puiser, et en tout cas la cruche se serait brisée si, au lieu de descendre dans l'eau, elle était tombée sur les cailloux.'
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PUITS DE JACOB
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Ceux-ci abondent, et il n'est pas de jour où tout voyageur qui passe ne se croie en droit d'y en ajouter un de plus pour interroger le puits et savoir ce qu'il contient dans ses profondeurs. Nous nous permettons nous-mêmes cette curiosité, et, penchés sur l'abime, nous écoutons sa réponse. Il nous semble entendre le bruit lointain d'une nappe d'eau. Il est évident que les décombres entassés au fond empêchent la source, si abondante soit-clle, de jaillir suffisamment pour atteindre un niveau plus élevé. Le puits n'est pas creusé dans le roc, mais bâti avec des pierres frustes, soigneusement ajustées l'une à l'autre, fort inférieures toutefois à celles du puits d'Abraham, à Ramat-el-Khalil.
De bonne heure les chrétiens témoignèrent une pieuse vénération pour ce lieu, où le Maître avait prononcé un de ses plus importants discours et fait une de ses premières conquêtes. Dès le commencement du quatrième siècle, le Pèlerin de Bordeaux visita le puits de Jacob ou de la Samaritaine. Eusébe en parle quelque temps après, et saint Jérôme constate qu'on y avait bâti une église. D'après Arculfc, elle était en forme de croix, et le puits se trouvait à l'intersection de la nef et du transept, devant la balustrade de l'autel. Un petit seau permettait aux pèlerins d'y boire. Les tronçons de colonne sur lesquels nous nous asseyons ont appartenu à L'église qui remplaça, au moyen âge, le sanctuaire du quatrième siècle tombant en ruines.
D'où venait la femme avec qui Jésus entra en
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