SOUVENIRS
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dépendances obligatoires, que Paul enfant a vu courir et lutter ces athlètes dont il nous parle dans ses épîtres, et parmi lesquels un seul reçoit la couronne triomphale? Est-ce sous les portiques disposés autour de la masse centrale, et où étaient des chaires pour quiconque voulait enseigner, qu'il a entendu discourir les rhéteurs et les philosophes? C'est probable, car il y avait à Tarse un courant intellectuel auquel le jeune et ardent pharisien ne dut pas se soustraire. Cette population, dit encore Strabon, était passionnée pour la philosophie. Elle avait l'esprit si encyclopédique, qu'elle finit par éclipser Athènes et Alexandrie, comme centre universitaire, au temps des premiers Césars. Toute la jeunesse indigène aimait à s'y occuper de littérature et de sciences, et quand on avait complété son bagage de rhéteur ou de philosophe, l'usage était d'aller porter ailleurs le résultat de son travail. C'est ainsi que Rome fut envahie par les savants de Tarse. Bien que Paul ait reçu son éducation rabbinique à Jérusalem, tout porte à croire qu'il fut initié ici à la philosophie et à la littérature de la Grèce.
L'Agora fut aussi de ce côté et près du fleuve, puisque le peuple laissa Marc-Antoine siéger seul sur son tribunal, pour courir au-devant de Cléopâtre, qu'on voyait arriver en costume de Vénus dans une galère d'ivoire et d'or, dirigée par de petits amours qui ramaient sur le Cydnus, tandis que les zéphyrs soufflaient dans la voile de pourpre. On sait avec quelle légèreté cette
UNE iNOCE
malheureuse ville passa, durant les guerres civiles, du parti des conjurés à celui d'Octave, et réciproquement, subissant tour à tour la sévérité des uns ou des autres, sans que ses malheurs aient jamais servi à lui donner ni plus de sagesse dans ses résolutions, ni plus de réserve dans ses mœurs. Nous foulons la terre où fut inaugurée par Antoine et Cléopâtre cette vie inimitable que la multitude s'appliqua quand même à imiter. S'il est vrai que Sardanapalc, avant Triptolèmc, ait fondé Tarse, il faut convenir que aea descendants restèrent à la hauteur de sa morale et de sa philosophie. On dit au reste que ses cendres ont reposé sous les ruines de Dounouk-Taseh. Allons les visiter.
Une noce est sur notre passage; on y danse gracieusement au son du tambourin, de la flûte et d'une sorte de basson nommé darabouAa. Un homme marque le rythme et le pas. en agitant dans l'air un foulard rouge qui est le signe du ralliement. Les danseurs sont heureux de se voir regardés. Ils ne soupçonnent pas que leurs jeux ont pour nous un sérieux intérêt, H que non-, y retrouvons tout le passé avec ses pins vivants souvenirs. Une des danseuses se détache du groupe, et, s'approchant de notre voiture, rient nous offrir de nous joindre à la note. Les Talmudistes racontent bien que les hommes Les plus graves de l'Ancien Testament ne crurent pas se déshonorer en allant faire leurs compliments aux nouvelles mariées et en dansant avec elles. Nous ne nous sentons aucune envie de les imiter.
LE DOUNOUK-TASCH
Peut-être proposera-t-on des énigmes comme à la dangereuse noce de Samson. M. Vigouroux voudrait les entendre, mais sans parier les trente vêtements de rechange qui causèrent le malheur de la jeune philistine, de sa famille et de son pays. Nous prions notre interprête de refuser l'invitation et le cocher d'enlever ses chevaux.
Au bout d'un vaste verger planté de citronniers, de mûriers et d'amandiers, nous atteignons une grande ruine rectangulaire : c'est le Dounouk-Tasch. Le revêtement de marbre qui orna jadis cette étrange construction a complètement disparu. A peine si quelques rares fragments gisent à terre. L'un d'eux porte la trace d'une grande circonférence qui fut peut-être un signe symbolique. Pour relever à notre aise le plan du curieux et indéchiffrable monument, nous escaladons ses murs de cailloux fortement cimentés par un béton qui défie les siècles. Au nord, une sorte de galerie construite en voûte desservait l'édifice. Une large fissure constituait plus bas un second passage parallèle au premier. Là dorment au soleil de hideux lézards, et quelques grands figuiers étendent sur les ruines leurs bras maigres et noueux. Après cette double tranchée, et avec l'apparence d'une forteresse rectangulaire dont les murs auraient cinq mètres d'épaisseur, le vaste monument se développe à une hauteur de sept mètres sur une longueur de quatre-vingt-dix et une largeur de quarante-cinq. Son intérieur présente un carré vide, sauf au nord et au sud, où s'avancent, hors de la masse
LE DOUNOUK-TASCH
murale, deux grands blocs coniques. L'un d'eux, celui du nord, a été fouillé, mais on n'y a trouvé que des débris de poterie rouge et un doigt en marbre blanc qui lit partie de quelque statue colossale, dressée sans doute sur le cône qui servait de piédestal. M. Langlois a suppose' (pie ce fut ici le tombeau de Sardanapale. Mais Arisj tobule prétend l'avoir vu de son temps à Anchiale, non loin de Mersina. 11 était surmonté d'une statue de marbre représentant le monarque sceptique et voluptueux qui, des doigts de main droite, semblait l'aire un claquement dédaigneux. Au bas de la statue on avaii écril en caractères assyriens : « Sardanapale, fils d'Anakyndaraxès, bâtit Anchiale et Tarse en un jour. Passant, mange, bois, joue, le reste ne vaut pas ce claquement de doigt. • M. Garrelli d'Alexandrette nous suggérait l'idée qu'il y avait eu là deux tombeaux, l'un de Julien L Apostat et l'autre d'Anatole, son maître des offices, tué avec lui. L'histoire nous apprend, en effet, que cet en reur fut enseveli à Tarse, hors îles murs de la ville, sur le chemin qui mené aux défilés du Taurus, dans un modeste tombeau dont Jovien, son successeur, lit ensuite un superbe mausolée. Aujourd'hui la cour intérieure a été transformée en cimetière, et à cote de Sardanapale ou de Julien l'Apostat, dans leur propre tombe ,| BOus de modestes croix, dorment pieusement quelques Arméniens sans m mi.
Nous reprenons le chemin du Cydnus. Celui-ci a des souvenirs profanes qui ne nous laissent
salit*