VISITE AU PACHA
selon les mérites qu'on nous attribue. C'est un bel homme de soixante ans environ. Il nous fait dire par interprète des choses aimables. L'assemblée est convaincue que nous avons toutes ses faveurs. On nous offre des rafraîchissements. Nous nous levons peu après, emportant ses meilleurs souhaits de voyage, mais sans attendre le café. C'est une impolitesse qu'on nous reprochera demain. Décidément nous ne devenons pas Orientaux.
La soirée se passe sur les bords du Sarus, dont les eaux, gonflées par les derniers orages, s'engouffrent en tourbillonnant à travers les seize arches du pont reconstruit par Justinien. Quelques moulins sur des pontons font à nos pieds un bruit monotone. Un paysan maudit son âne. Sur l'autre rive, des Bédouins campent dans un cimetière.
Samedi 28 avril.
Il est temps de repartir. Je me sens un peu de fièvre. Tous ces bords du golfe d'Issus sont malsains. Le bon P. Chartron nous accompagne jusqu'à la gare sur son petit cheval alezan et nous serre la main une dernière fois. A neuf heures nous sommes à Tarsous. J'ai voulu me donner la consolation de dire la messe lu où naquit saint Paul, le grand apôtre, qui a toujours été un peu mon patron.
C'est chez les Maronites que tout a été préparé. Trouver un missel romain est ici très difficile.