CHIO
cité il ne reste que les ruines d'un théâtre, quelques murs cyclopéens et une colonne du fameux temple de Héra (Junon), vénéré par toute l'Ionie. A mesure que nous approchons du grand Bogaz, ce passage qui sépare Samos d'Icaria, l'Ile où tomba Icare quand le soleil eut fondu ses ailes, le vent devient violent. Le Kerki est coiffé d'un grand nuage noir. Je ne m'étonne pas qu'on ait élevé sur ses rochers une chapelle à la Vierge du Mauvais-Passage. Nous sortons de ce dangereux courant pour marcher droit sur Chio.
Chio, l'île des vins, n'est plus qu'un sombre écueil.
Ses montagnes sont coupées d'innombrables ravins. De fréquents tremblements de terre, dont le dernier remonte à peine à sept ans, ont de tout temps bouleversé ce paradis de l'Archipel. Les Turcs, en 1822, aux premiers jours de la guerre de l'Indépendance, en massacrèrent tous les habitants, ou les vendirent comme esclaves à Smyrne et à Constantinople. A peine si vingt mille, réfugiés dans les îles, échappèrent à ce triste sort. En voyant les ruines que semèrent partout les farouches vainqueurs, ma pensée se reporte à une des belles inspirations de Victor Hugo :
Seul, près des murs noircis, Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,
Courbait sa tête humiliée.
Il avait pour asile, il avait pour appui Une blanche aubépine, une fleur, comme lui
Dans le grand ravage oubliée.
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