CHIO
« Que veux-tu? bel enfant, que faut-il te donner? — Je veux de la poudre et des balles. »
Les Chiotes ont peu à peu repeuplé leur patrie, Plusieurs supposent qu'ils sont de race sémitique. Leur type est très beau, et plus encore que les Juifs, ils ont le goût du commerce. L'esprit souple, vif, industrieux qu'ils y déploient, explique suffisamment la rapide prospérité qu'ils ont toujours su ramener dans L'île.
On ne passe pas sans émotion dans ces parages où les galères turques, promenant pendus à leurs mâts, comme de glorieux trophées, les cadavres de l'archevêque, des prêtres et des principaux bourgeois de Chio indignement mutilés, se plurent à célébrer leur victoire durant plusieurs jours au milieu des innombrables victimes que poussaient autour d'elles les vagues sanglantes, tandis que dans l'île le glaive et le feu achevaient l'œuvre d'extermination. Ce fut horrible. J'aime mieux arrêter mon regard à droite sur cette haie de Tchesmchoù Constantin Canaris, avec trentetrois braves, à la faveur des ténèbres, incendia la flotte turque et le navire du capitan-pacha. Ils. criaient : « Victoire à la Croix! » et, sans perdre un seul homme, ils rentrèrent à Psyra, qui devait elle-même subir la peine d'un si beau coup de main.
La mer devient très agitée à mesure que la nuit approche. Nous doublons le cap de Karabournou. A onze heures du soir nous sommes à Smyrne.