SMYRNE
comme le Don-Marché, à côté d'autres absolument grecs, tels que l'IIomérium, rappelant soit le temple consacré à l'illustre poète, soit la monnaie de cuivre frappée à son effigie, s'appelle la rue des Francs.
Les Turcs ont été refoulés peu à peu vers le mont Pagus. Leur quartier est spécialement sale et dangereux. C'est là pourtant qu'il faudrait chercher les souvenirs de l'ancienne cité, car il s'étend par étages superposés jusqu'aux ruines du théâtre et du stade. Très certainement ses maisons couvrent l'Agora où Polycarpe fut brûlé. Par l'arc de cercle qui va du Pagus à la mer, il atteint les débris d'un vieux temple, celui d'Esculape et de Vesta, ou peut-être celui de Cybèle, car Strabon dit que le Métrôon était près du port. Le superbe massif de cyprès qui so dresse au sud plonge donc ses racines dans les ruines de l'antique cité d'Antigonc et de Lysimaque. A côté du théâtre on remarque des murs cyclopéens dont les énormes blocs, polyèdres superposés sans ciment, se sont maintenus en place malgré le long effort des siècles. In grand cyprès, au-delà du cimetière turc, indique sur le Pagus le lieu où les ossements de saint Polycarpe auraient été déposés.
Nous traversons ensuite le quartier des Juifs. C'est le samedi qu'il faudrait y venir admirer de riches et pittoresques costumes. La rue des Arméniens est très commerçante. Nous visitons leur cathédrale, le cimetière qui l'avoisine et le collège où ils ont créé un petit musée intéres-
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SMYRNE — ROUTE DEPIIESE
sant. Aux bazars, la foule devient impénétrable. Il faut renoncer à notre voiture et aller à pied. Gare à nos poches! Smyrne est toujours un pays de voleurs, quelquefois même d'assassins. Pour prouver que la justice ne dort pas toujours, on vient d'y exécuter trois brigands, et leur tête est demeurée une semaine exposée derrière des grilles, afin d'inspirer à tous une salutaire terreur. Un photographe s'est même chargé de perpétuer, en reproduisant ces trois têtes hideuses, la sanglante et utile leçon. La consul français auquel nous faisons visite nous raconte une nouvelle histoire de bandits qu'il vient de faire arrêter sur l'heure. Avec beaucoup d'obligeance il nous offre ses journaux et sa protection, s'il en est besoin. Nous devons demain visiter Éphèse. Espérons que ce sera sans danger.
Éphèse, jeudi 3 mai.
La voie ferrée qui mène à Ayasolouk, l'ancienne Éphèse, quitte Smyrne à travers de gracieux bosquets de mûriers et d'orangers, franchit le Mélès, passe entre des cimetières turcs et chrétiens, s'arrête à la station du Pont des Caravanes et pénètre dans la jolie vallée de Sainte Anne, au-dessous du Pagus.
Ici le cours du Mélès se dessine si bien, qu'il n'y a plus, selon moi, à l'aller chercher vers les Bains de Diane. En tout cas, c'est dans les rochers avoisinants qu'on montre la grotte tradi-