DERNIERE VUE DE SMYRNE
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littéralement envahie par la foule. Il est impossible d'y pénétrer. Tout le monde se tient debout et chante. Ce chœur de voix viriles, enfantines, discordantes, mais toutes pleines d'enthousiasme, a quelque chose d'émouvant. La liturgie grecque abuse des illuminations. C'est moins grave, mais plus populaire que chez nous. L'assistance parlant la langue de l'Église prend une part très active à ce qui se dit et presque à ce qui se fait. Dans les rues on nettoie des armes à feu. Les riches achètent de la poudre. Dès cette nuit, et durant trois jours, depuis Smyrne jusqu'à Constantinople, dans les îles, sur le littoral, partout, nous entendrons les fusils et les pistolets crier aux quatre vents du ciel : « Le Christ est ressuscité! »
Nos dernières visites sont faites. Nous allons quitter Smyrne, ayant assez entrevu l'Asie Mineure pour désirer d'y revenir. Que de grandes et belles ruines à exhumer ici. Les savants peuvent se donner rendez-vous sur tant de sites encore inexplorés sur la côte et dans l'intérieur des terres. Avec de l'argent et du courage, ils n'auront pas de déceptions.
Le P. Bernard nous a accompagnés à bord du bateau. De son caïque qui s'éloigne, il nous salue aussi longtemps qu'il peut nous voir. Braves cœurs, que tous ces missionnaires! Ils acceptent l'exil pour la cause de Dieu, mais n'en sentent pas moins le tourment de vivre loin de la patrie! A mesure que notre bateau s'éloigne, le panorama de Smyrne devient ravissant. Du
VA
MITYLENE
bord de la mer où elle s'étend, la grande cité se relève en pente douce vers le Pagus couronné de ruines. Le quartier turc, vu à distance, est superbe, avec ses coupoles, ses minarets et ses grands cyprès. Peu à peu tout cela disparait. Les grandes montagnes seules se dessinent au fond du paysage, c'est le Sipyle, le Trône de Pélops, le Tmolus et, plus près de nous, les Deux-Frères. Le soleil couchant dore leur cime. La mer est calme comme un vaste lac.
Dimanche 6 mai.
MM
Mitylène, l'ancienne Lcsbos, fameuse aujourd'hui par son vin, son blé et ses huîtres, autrefois par la corruption de ses mœurs et La splendeur de ses édiliecs, est derrière nous.
Laudabunt alii claram Rhodon aut Mitylenen.
La patrie de Sapho, d'Alcée, de Théophraste
et de tant d'autres célébrités dans la poésie, les lettres et les arts, avec sa gracieuse capitale échafaudée sur une hauteur, ses maisons peintes de couleurs variées, el ses fortifications du moyen âge, méritait d'être vue de plus près. Saint Paul y passa en venant d'Assos, ce petit port de l'Asie proconsulaire que nous pouvons entrevoir encore. On le nomme aujourd'hui Berahm. Nous lisons au livre des Actes que L'Apôtre alla à pied de Troadc à Assos, tandis que ses compagnons, partant en même temps que lui, s'y rendirent
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