ASS
par mer en doublant le cap Lectum, où nous serons bientôt. Il est difficile de dire à quel sentiment obéit Paul en prenant seul la route de terre, qui, à vrai dire, était la plus courte, puisqu'elle se trouve en ligne droite, mais aussi la plus fatigante, puisqu'il fallait la faire à pied. Voulut-il permettre à quelques amis de l'accompagner? Désira-t-il être seul un moment? Espérat-il avoir l'occasion de jeter ou de raviver la bonne semence sur sa route? C'est possible. Après lui que de pèlerins ont voulu suivre pieusement à travers les collines de la Troade le chemin qu'il avait parcouru! Six heures suffisent pour cela.
Les ruines d'Assos sont remarquables. De nombreuses colonnes finement sculptées et de la plus belle époque, une rue des Tombeaux, des remparts en blocs de granit liés sans ciment, y intéressent les touristes. La porte par laquelle Paul entra dans la ville est toujours debout. Sa construction semble antérieure à l'introduction de l'arceau dans l'architecture grecque, et elle pourrait bien remonter à plus de cinq cents ans avant Jésus-Christ. De la mer on voit l'acropole, autour de laquelle la ville était bâtie. Dans le lointain, l'Ida élève sa cime sombre et boisée. C'est sous ses ombrages que Paris aurait rendu le jugement dont Minerve et Junon furent si vivement irritées. On sait que le pâtre royal, en donnant à Vénus la pomme d'or destinée à la plus belle, assura la ruine de sa famille et de son pays. Quelques religieux vivent dans des cellules au